Mon herbier d’été/5: la rose trémière

Par · 5 août 2011

On l’appelle Passerose, Rose à bâton, Bâton de Jacob ou encore Primerose… C’est une fleur dont bon nombre d’entre nous ont déjà ramené des semences de leurs vacances que nous évoquons ce vendredi dans Nuwa (La Première, RTBF): la rose trémière ! Elle est originaire du Moyen-Orient, et ce sont les croisés qui ont rapporté cette plante en Europe aux 11ème et 12ème siècles. On sait qu’elle eut rapidement du succès dans les jardins depuis le Moyen-âge. C’est un peu l’emblème des jardins de grands-mères et de curés. Aujourd’hui, elle fait son grand retour grâce à son originalité, son effet naturel et sa culture facile, qui font qu’elle trouve sa place dans les jardins naturels et sauvages.

Est-ce vraiment une rose ? Malgré son nom vernaculaire la rose trémière n’a aucune appartenance à la famille des rosiers. Son aspect est d’ailleurs différent, avec de grandes hampes qui portent une série de fleurs jusqu’à 1,5 à 2 mètres de haut. La rose trémière est vivace, mais a une durée de vie courte : elle ne vit que trois ou quatre ans. Ce n’est pas grave car ses semis spontanés font que les touffes se renouvellent continuellement.

Mais elle ne pousse pas n’importe où… Enfin, si, justement ! La rose trémière a la particularité de pousser là où elle se plait :elle peut végéter en pleine terre et se complaire dans un sol caillouteux, et s’épanouir à merveille au pied d’un mur ou entre des dalles de pierre ou de béton. On la retrouve d’ailleurs à profusion dans les ruelles de certaines îles océaniques, comme Ré ou Oléron…

Et vous l’avez dit, c’est presque un jeu de ramener de ses semences de voyage… Un jeu, oui, mais qui montre à quel point l’homme a une influence sur la diffusion des espèces…Figurez-vous qu’il y a quelques temps, je me suis interrogée sur les trous dont se couvraient les feuilles des roses trémières de mon jardin. J’ai découvert qu’ils étaient l’oeuvre d’un petit coléoptère, le Rhopalapion longirostre, aussi appelé apion des roses trémières. L’insecte se développe sur les Malvacées, autrement dit les « Mauves » au sens large : les Roses Trémières (Althaea rosea) en font partie, et il en raffole particulièrement…Il y a un peu plus de 20 ans, l’insecte était encore inconnu en France… On l’aurait découvert en 1982 en Ardèche et Vaucluse, puis dans l’Hérault en 1983; dans les Alpes-de-Haute-Provence en 1984; ainsi de suite jusqu’à ce qu’à ce jour, le petit apion couvre la totalité de l’hexagone, et bien plus encore, car la bestiole ne connait bien évidemment pas les frontières politiques, on la trouve donc chez nous et sans doute de chaque côté des frontières linguistiques ! Même si cela n’explique pas entièrement le phénomène, il semble que la récolte de graines « contaminées » (à l’occasion d’un voyage, ou de vacances par exemple), et leur semis là où l’insecte n’existait pas, a censément favorisé sa propagation.

C’est une jolie fleur, mais si elle est relativement récente chez nous, lui connait-on d’autres qualités ?

Selon Pierrette Nardo dans son livre récent, « Cuisinons les fleurs » (aux Ed. Terre Vivante, 2011), les feuilles et fleurs de la rose trémière sont comestibles : on déguste le feuilles crues en salade ou cuites dans les soupes, les fleurs peuvent être garnies de préparations comme le taboulé ou du sorbet… Et enfin, riche en mucilage la fleur peut être consommée en infusion pour lutter contre la toux ou les irritations de la peau. Grâce à ses propriétés émollientes, elle favorise aussi un bon transit intestinal…

Voilà des utilisations insoupçonnées. A la semaine prochaine pour d’autres découvertes!

En savoir plus :

le Rhopalapion longirostre

Ajouter un commentaire

*