Mon herbier d’été/1 Le coquelicot dans tous ses états!

Par · 1 juil 2011

Tournage Vincent Louwette 8 juin 20111Aujourd’hui, j’inaugure une série de chroniques estivales qui constituera un herbier original mélangeant histoire, botanique, cosmétique, et utilisations médicinales ou alimentaires des plantes. Ce vendredi, je vous parle d’une fleur des champs plutôt commune et connue, et pourtant dont on ignore souvent pas mal de choses. Une fleur rouge-sang, relativement éphémère…

Si je vous chante la comptine « J’ai descendu dans mon jardin », ce n’est pas pour vous parler du romarin de la chanson, mais plutôt, rappelez-vous, du gentil coquelicot mesdames, gentil coquelicot messieurs ! Le coquelicot (Papaver sp.) est une plante annuelle d’apparence fragile, avec une tige très fine et velue, et des fleurs à 4 pétales rouges, un peu froissés. Lorsqu’on la coupe, elle laisse échapper un suc laiteux, comme les autres pavots (on parlera prochainement de la chélidoine, qui fait partie de cette famille).

On a cru qu’il allait disparaître, ce fameux coquelicot, et cette année, il est pourtant à nouveau très présent dans les campagnes : comment cela se fait-il ?

C’est tout simplement que pendant longtemps, le coquelicot fut considéré comme une mauvaise herbe. C’est une espèce messicole, c’est à dire une plante qui pousse en compagnie du blé ou des céréales. Et comme d’autres messicoles connues, le bleuet, la matricaire, la nielle des blés, on a pendant tout un temps considéré qu’elles faisaient concurrence aux plants de blé lors de la levée de germination…On a donc fait la chasse aux fleurs des champs avec des herbicides sélectifs. Si le coquelicot revient en ce moment, notamment en bords de champs, c’est sans doute bon signe, celui du retour à agriculture plus raisonnée.

Mais on le voit aussi souvent sur des terrains vagues et des tas de terre dans les chantiers : qu’est-ce qui explique sa présence à ces endroits ?

Pour germer, la graine du coquelicot n’a que très peu d’exigences : elle a avant tout besoin d’une terre remuée. De grande longévité, car elle résiste bien au manque d’eau et à l’enfouissement, et peut donc rester dans le sol de longues années. Puis, dès que la terre est remuée et mise à nu, elle se met à germer. C’est ce qui explique aussi quelle se mit à pousser sur les terres dévastées par les obus et tranchées des combats de la première guerre mondiale…Dès les guerres napoléoniennes, un écrivain avait remarqué que les champs se couvraient de fleurs rouge-sang après la bataille. Puis, lors de la 1ere guerre mondiale, c’est le lieutenant colonel John McCrae, un médecin militaire canadien, qui établit le même rapport entre le coquelicot et les champs de batailles et écrivit son célèbre poème « In Flanders Fields » (« Au Champ d’Honneur »). Il y dit, « Au champ d’honneur, les coquelicots
Sont parsemés de lot en lot
Auprès des croix ».Le coquelicot, poppy en anglais, devint rapidement le symbole international à la mémoire de ceux qui sont morts à la guerre.

C’est une belle histoire !

Il faut dire que le coquelicot frappe les esprits, il est donc présent dans notre imaginaire depuis longtemps : sur le plan symbolique, il est même associé à Déméter, la déesse grecque de la fertilité, mère nourricière, qui a tout pouvoir sur les cycles de la nature. La légende raconte que sa fille Perséphone fut enlevée par Hadès, dieu des Enfers, alors qu’elle cueillait des coquelicots. Lorsque Déméter, inconsolable, menaça de détruire toutes les moissons, Zeus persuada Hadès de laisser Perséphone, devenue son épouse, vivre une partie de l’année auprès de sa mère.
Selon ce mythe ancien, c’est pour cela que le coquelicot allie le rouge de toute Vie (Déméter) aux tendres pétales fragiles (Perséphone) et qu’ils portent en leur centre la marque noire (Hadès).

Si on aime lecoquelicot, ce n’est pas uniquement pour ses légendes : c’est une plante qui a de véritables vertus !

Comme tous les pavots, le coquelicot a des effets narcotiques dus aux alcaloïdes qu’il contient. En phytothérapie, on utilise ses pétales séchés, dont on fait le plus souvent des tisanes. Ses effets apaisants se font sentir sur l’adulte, mais surtout sur les jeunes enfants (on mélangeait autrefois du coquelicot à la bouillie des enfants pour faciliter leur sommeil) : ils ont une action remarquable sur les troubles du sommeil et font disparaître la nervosité, l’anxiété et l’émotivité. Le coquelicot est également un calmant apprécié pour la toux et les maux de gorge.
Grâce à son action douce sans risque d’accoutumance, le coquelicot est recommandé pour tous, y compris les personnes âgées et les enfants.

Et puis, il y a les graines du coquelicot !

Chaque capsule en contient de 50 à 60 000 ! Elles sont utilisées comme les fleurs en pâtisserie ou pour confectionner des pains aromatisés. On peut aussi faire des bonbons aromatisés au coquelicot. Il parait que sa rosette (qui se récolte avant la floraison) est recherchée des gourmets. Ses feuilles découpées et velues seraient excellentes en salade.

Commentaires2 Comments

  1. Etienne dit :

    Sympa ce blog, c’est rafraîchissant !

  2. Michel dit :

    Voilà que je découvre ce site et dés le premier article je suis conquis.
    Merci de ce travail,à bientôt, je vais continuer mes lectures.

Ajouter un commentaire

*