Les pesticides bio sont-ils efficaces… et inoffensifs?

Par · 29 mar 2010

2-14-2010_044La Semaine sans pesticides touche à sa fin, mais la saison du jardinage s’ouvre à peine. Ce lundi dans Nuwa (La Première, RTBF) nous faisions le point sur les solutions naturelles au jardin: granules écologiques contre les limaces, purin d’ortie, pyrèthre, bouillie bordelaise et autres remèdes naturels sont-ils réellement efficaces et inoffensifs? Avant de vous ruer sur vos grelinettes, brouettes et semences, faites donc un petit (dé)tour par le site de La Première pour podcaster l’émission Nuwa du jour!

En matière de jardinage comme dans tout, attention aux gourous et à leurs dogmes… On connaît tous dans notre entourage des jardiniers passionnés, qui se répartissent en plusieurs écoles : il y a ceux qui ne jurent que par le bio, et d’autres qui pensent qu’on ne peut se passer de la chimie pour obtenir de belles fleurs et de beaux légumes. Ce qui est sûr, c’est qu’en matière de produits phyto-sanitaires, la prudence reste de mise, que l’on utilise des produits synthétiques ou naturels !

 Les insecticides et autres remèdes estampillés bio au jardin, y compris les remèdes fabriqués maison nous font parfois oublier qu’ils font appel eux aussi à des principes actifs. Et si ceux-ci sont tirés de la nature, ils ne sont pas pour autant inoffensifs… Dans son livre « La vérité sur le jardinage biologique » (Ed. du Rouergue, 2009), Jeff Gillman professeur d’horticulture à l’université du Minnesota, utilise cette image parlante du venin de serpent : celui-ci est naturel et peut pour tant nous être fatal ! 

 La_verite_sur_le_jardinage_biologique_couverture_Jeff Gillman fait des recherches depuis des années sur l’usage des pesticides au sens large : il a étudié et expérimenté l’efficacité et la toxicité des insecticides, des fongicides, des herbicides… et même du compost ! Oui , le compost, c’est ce mélange de matières organiques décomposées par des micro-organismes…  Un basique de la fertilisation du sol au naturel : on conseille souvent de le préférer aux engrais de synthèse pour enrichir le sol. Il est vrai que les engrais synthétiques proviennent parfois de mines qui ont un impact destructeur sur la planète, et que leur fabrication demande beaucoup d’énergie. Enrichir son sol d’un peu de compost maison est donc une bonne idée : cela permet en outre de diminuer le volume de vos déchets. On peut être tenté d’y ajouter du  fumier animal mais attention, celui-ci peut relâcher de l’ammoniaque, fortement nuisible pour les plantes !  Il faut donc toujours composter le fumier avant de l’utiliser : ce compostage détruira aussi beaucoup des pathogènes humains. L’Escherichia coli est une bactérie qui provoque des gastro-entérites, et qui peut vivre dans du fumier non composté jusqu’à 21 mois !

La grande hantise des jardiniers, ce sont ces fameuses mauvais herbes ! Quelle est la meilleure façon naturelle de s’en débarrasser ? Attention aux remèdes de grands-mères, qui ne sont pas tous bons ! Les préparations au sel peuvent endommager l’écosystème habituel du sol et les futures plantations.  Le vinaigre peut quant à lui être efficace, si son taux d’acide acétique dépasse les 5%. Si la concentration est plus faible, il faudra répéter les applications. Il existe des préparations à base d’huile essentielle de clou de girofle par exemple, mais leur efficacité n’a pas été clairement démontrée. Certains conseillent d’utiliser le feu : il est vrai que le flambage permet d’éradiquer les mauvaises herbes à 100% quatre jours après le traitement et à 80% 21 jours après celui-ci… Mais c’est un outil à manipuler avec précaution pour ne pas se brûler ! Finalement, tous les jardiniers les plus expérimentés vous le diront : le plus efficace reste le désherbage manuel !   La plupart des jardins ne requièrent qu’une heure de désherbage par semaine. Voilà donc une activité physique doublement utile !

 

Les insecticides bio sont réellement moins nocifs que ceux de synthèse,  mais ils donnent au grand public l’idée que le bio est sans dangers. Un exemple :  on conseille encore sur certains sites de jardinage biologique d’utiliser du sulfate de nicotine alors que l’on sait aujourd’hui que la nicotine est une toxine du système nerveux qui agit rapidement et est dangereuse pour de nombreux animaux. La pyréthrine quant à elle, obtenue à partir d’une variété de chrysanthème qui pousse principalement en Afrique agit d’une façon similaire à de nombreux pesticides de synthèse : elle affecte la transmission des impulsions nerveuses vers et à partir du cerveau. L’homme sécrète un enzyme qui la détoxifie avant qu’elle n’atteigne les nerfs, mais elle reste à utiliser avec une grande prudence !  La roténone quant à elle est un des insecticides bio les plus dangereux : elle est utilisée dans certains pays depuis très longtemps comme poison pour les poissons… Voilà qui devrait nous mettre la puce à l’oreille si j’ose dire !  Des études sur  la roténone ont montré qu’elle induit des symptômes proches de la maladie de Parkinson lorsqu’elle était injectée à des doses infimes chez les rats. Et pourtant, la roténone est fabriquée à base de plantes !

 

Qu’ils soient synthétiques ou bio, les pesticides peuvent donc représenter un danger si on ne s’est pas documenté sur ceux-ci…  De plus, les insecticides à large spectre, bio ou non, conduisent à l’éradication d’insectes bénéfiques. Or, ceux-ci sont de précieux alliés au jardin : lorsqu’ils ont disparu, plus rien n’empêche les mauvais insectes de nuire… mieux vaut donc éviter les insecticides à large spectre, et préférer attirer les insectes bénéfiques au jardin, en plaçant pour eux des abris spécifiques (tas de bois, fagots de brindilles creuses, briques et bûches percées, murets de pierres sèches…) et en plantant des fleurs qui les attireront, comme des ombellifères…

C compagnons tagètes tomates Isa MassonAu rayon des bonnes nouvelles, retenez que les associations de plantes permettent vraiment de lutter contre les nuisibles: ces mariages heureux ne sont pas des légendes ! Dans un petit jardin, le seul fait de mélanger les plantations aide à lutter contre les nuisibles. Mais là, on sait aujourd’hui que ce ne sont pas nécessairement les plantes parfumées que l’on a longtemps conseillées qui sont les plus efficaces… Pour empêcher les insectes d’atteindre les cultures en les déboussolant dans leur recherche de plantes nourricières, le leurre le plus efficace n’est pas l’odeur mais la couleur ! Voilà qui explique pourquoi les tomates apprécient la compagnie des tagètes ! Les mouches sont souvent spécialisées par rapport à certaines plantes : si on les trompe, elles ne sont pas contentes de se poser sur la mauvaise cible et elles repartent.

 

Et puisqu’on parle de tomates, profitons-en pour analyser le cas de la bouillie bordelaise utilisée pour lutter contre le mildiou…Ce remède pourrait être qualifié d’historique: au départ, on pulvérisait les raisins des bords de vignes du bordelais de vert de gris, pour empêcher les chapardages… Comme celui-ci était coûteux, on l’a remplacé par un mélange de chaux, d’eau et de sulfate de cuivre : la bouillie bordelaise était née, mais on ne connaissait pas encore ses propriétés les plus intéressantes. Ce n’est qu’à la fin du XIXe siècle, lors d’une terrible épidémie de mildiou sur les vignes que l’on constata que les raisins pulvérisés de cette mixture le long des routes avaient survécu ! La bouillie bordelaise est efficace contre les bactéries, moisissures, champignons… Mais attention, elle  n’est pas inoffensive.  Le sulfate de cuivre peut être toxique pour l’homme comme pour les mammifères et créatures aquatiques. L’accumulation  du cuivre dans le sol peut nuire aux plantes.  C’est un produit à réserver à des usages ponctuels, et pas au quotidien.

Impossible de terminer cette chronique sans aborder la question des limaces… et des pièges à bière. Ces derniers sont utiles et efficaces pour certaines espèces de limaces uniquement à condition de bien les poser : il faut placer le récipient dans le sol, en faisant en sorte que le rebord affleure à peine, et le remplir jusqu’à 2 cm environ du haut, pour que la limace soit obligée de se pencher pour venir y boire. Elle y tombe et se noie… Si le piège n’est pas bien posé, elle risque de ne pas y venir, où de juste venir se saoûler dans votre « mini-bar » puis de repartir ! Ces petites bêtes voraces ont suscité l’invention de mille moyens de lutte… Les nouvelles granules dites « écologiques », à base de phosphate ferrique, sont à conseiller pour remplacer celles de métaldéhyde. Elles sont un peu moins efficaces, mais nettement moins dangereuses pour les petits animaux et les enfants !

On aurait encore pu parler des purins et autres décoctions de plantes qui peuvent être efficaces.  Je vous concocte pour bientôt une chronique spéciale « ortie » qui promet d’être passionnante. Mais pour clôturer cette chronique-ci, je rappellerais simplement que les méthodes les plus intéressantes sont celles qui renforcent l’équilibre naturel de votre jardin…  La plupart des plantes peuvent gérer une déperdition d’environ 1/3 de leur feuillage avant de souffrir d’une réduction significative de croissance ou de production. Jardiner au naturel, c’est donc aussi avant tout se mettre dans un certain esprit, et savoir se dire qu’il n’est pas grave de perdre quelques feuilles de salade !

Trois petits bonus:

-le lien vers une formation « Mon jardin en santé… sans pesticides! » : une journée qui se donne dès le mois de mai dans 3 communes de Wallonie;

-une petite liste de « mauvaises herbes » goûteuses et à goûter: et oui, certaines d’entre elles sont comestibles! Il y a bien sûr l’ortie et le chénopode, mais dans son livre « Jardiner durablement » (autre référence que je vous conseille vivement!), Jean-Michel Groult complète la liste en y ajoutant la cardamine hirsute, la capselle, le mouron blanc (attention, pas le rouge ni le bleu qui sont toxiques), les plantains et la mâche sauvage ainsi que les pissenlits! Bon appétit!

-une série d’articles très intéressants sur ce thème sur le site http://www.sante-environnement.be/spip.php?article368;

-enfin, la page du Réseau Nature de Natagora, un réseau de jardins dont les propriétaires s’engagent à un entretien favorisant au maximum la biodiversité!

 

Bonnes lectures, et beaucoup de plaisir au contact de la terre tout au long de ce printemps!

Commentaires4 Comments

  1. Marina dit :

    C’est vrai qu’avec la vague du bio, finalement on ne se pose plus de question et on fait confiance aux étiquettes, alors que, comme dans toute chose, il vaut mieux se documenter avant, et ne pas avoir une confiance aveugle en les industriels. Après tout, ce sont eux qui ont d’abord prôné les engrais chimiques, et maintenant que l’on revient à quelque chose de plus naturel, on met du bio à tout va sur les étiquettes !!!

    Il ne faut jamais oublier qu’en tant qu’acheteurs, nous avons le « pouvoir » de faire bouger les choses, et si le produit ne nous convient pas, on s’en passe !

    En tout cas merci pour ce billet très instructif, c’est toujours un réel plaisir de te lire !

  2. SecretFanfan dit :

    Captivant, ce billet. Ouf, un de mes préceptes tient donc la route: les associations de plantes. Pour le reste, je vais tenter de revoir ma copie!

  3. Chrisrtian dit :

    Je fais partie des jardiniers « bio-bio » mais j’aime aussi le sens de la nuance. L’excès nuit en tout. Vive l’intelligence et le sens de la mesure.

    Bonne continuation, ce blog est passionnant !

  4. celinehelene dit :

    eh oui on oublie souvent le danger avec un bio, bonne annee et merci pour cet article

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