Tourisme durable: une utopie?

Par · 4 juil 2012

Les premiers grands départs sont passés, mais certains en sont encore au choix de leurs vacances… On entend beaucoup parler de tourisme durable en ce moment, mais que recouvre exactement ce mot, et le concept tient-il vraiment ses promesses ? Les mots éco-tourisme, tourisme durable, tourisme responsable sont omniprésents en ce moment dans les magazines ou les vitrines des agences de voyage. C’est un concept très à la mode qui a pour une fois une définition relativement précise : le tourisme durable ou responsable est fondé sur 3 piliers : la préservation des ressources naturelles, la répartition équitable des recettes entre les voyagistes et les destinations, et enfin, le respect des valeurs et de la culture des communautés d’accueil.

Dans le fond, c’est une évolution positive, mais il existe parfois un fossé entre les discours et la réalité… Une réalité qui reste celle du tourisme de masse, difficilement compatible avec la durabilité. Selon le CETRi (Centre tricontinental), une organisation non gouvernementale qui oeuvre, notamment en tant que centre d’études dans le domaine du développement et des rapports Nord-Sud, le secteur du tourisme est le premier poste du commerce international, il fournit un emploi sur douze à l’échelle planétaire, représente un dixième du produit mondial brut, un tiers des exportations de services (45 % pour les pays en développement), près d’un milliard de déplacements touristiques hors des frontières nationales en 2011 (pour 200 millions en 1975), quelque 750 milliards d’euros de recettes la même année (pour 200 milliards en 1990), et toujours, pour les six dernières décennies, un taux de croissance annuel moyen qui dépasse les 5 %.

Allier économie et tourisme de façon durable, c’est tentant : vu le poids économique du tourisme, ce serait un vrai levier de changement. C’est en tout cas comme ça que l’Organisation mondiale du tourisme (OMT) présente les choses en effet. Le secrétaire de l’OMT s’est engagé, avec son organisation, « à apporter une réponse cohérente aux impératifs du climat et du développement, en plaçant le tourisme au cœur de la transformation vers la Green Economy ». Des objectifs louables mais qui laissent par exemple le directeur du CETRI sceptique. Dans une carte blanche publiée dans La Libre et le Soir, Bernard Duterme a expliqué ses doutes. Pour lui, il y aurait un paradoxe dans le fait de parler « tourisme durable » et « économie verte », lorsque ces deux notions reposent sur une expansion qui passe par la marchandisation des lieux et des comportements, l’appropriation privative du patrimoine et des biens publics, et dérégulation…

Le tourisme durable serait-il donc de la poudre aux yeux, une sorte de greenwashing ? On n’en n’est pas loin en effet, pour le directeur du CETRI, qui dénonce notamment le fait que le tourisme durable est plus un instrument de croissance aveugle que de régulation publique de ce pan de l’économie mondiale. Selon lui, alors que la plupart des déclarations officielles de l’OMT (un organe de l’ONU) juxtaposent les généreuses injonctions pour des formes de tourisme plus responsables, les Etats du Sud seraient régulièrement et explicitement invités par l’OMT à « éliminer ou corriger les entraves, impôts et charges spécifiques pénalisant l’industrie touristique et portant atteinte à sa compétitivité », de façon à « assurer pleinement aux entreprises multinationales du secteur la liberté d’investir et d’opérer commercialement », pour « stimuler la croissance économique ».

En clair, les bénéfices du tourisme durable vont plus aux grands tours opérateurs que dans le développement des pays fréquentés : 55 à 95% des profits selon les destinations resteraient dans les mains des opérateurs privés transnationaux, tandis que dans les régions hôtes, en particulier dans les pays du Sud, les salaires précaires de la main-d’œuvre hôtelière et la prolifération des petits boulots informels ne suffisent pas à compenser les effets collatéraux de l’implantation touristique : les poussées inflationnistes, la folklorisation des cultures, la consommation des mœurs, les pressions accrues sur le logement, l’alimentation, la terre, l’eau dans des écosystèmes déjà saturés ou vulnérables. Pour Bernard Duterme, le tourisme durable tel qu’il est conçu aujourd’hui ne permettra pas de renverser l’actuel rapport coûts/bénéfices de « l’ordre touristique » dominant…

Partir en touriste durable serait-il pour autant utopique, irréalisable? Heureusement non:  il y a tout de même des choses à faire à notre niveau de consommateur. C’est en tout cas ce que dit l’UFC Que Choisir qui publiait un dossier sur ce thème ce mois de juin, et explique en gros que le premier réflexe à avoir, c’est d’éviter tant que possible les offres de masse, même lorsqu’elle s’annonce comme durables ou écologiques… L’UFC Que Choisir met en garde aussi contre l’achat de voyages à prix cassé : on l’ignore souvent mais comme le voyagiste a des coûts incompressibles de transport aérien, les efforts réalisés pour ces offres sont demandés à la destination d’accueil. Pour voyager responsable,l’UFC Que choisir donne quelques règles simples à suivre, et qui, ô bonheur, ne vous couteront pas nécessairement plus cher : la base, c’est de séparer l’achat du billet d’avion et le choix de l’hébergement. Cela permet de préférer les hôtels locaux aux grandes chaînes hôtelières. On peut y ajouter d’autres réflexes à acquérir, comme le fait de préférer manger local pour soutenir l’agriculture et l’économie plutôt que s’en tenir aux buffets de cuisine internationale. Notez aussi qu’il vaut mieux faire ses achats sur les marchés et dans les échoppes plutôt que dans les halls d’hôtel ou à l’aéroport. Ce sont vraiment des comportements simples à adopter… Et puis, comme conclut l’UFC Que Choisir, le tourisme durable est aussi une question de bon sens : aller jouer au golf dans une région aride qui manque d’eau, c’est priver la population locale d’une ressource essentielle et tuer son agriculture, c’est mieux d’y réfléchir avant de partir.

Reste à savoir que penser des efforts réalisés par des hôtels pour réduire leur empreinte écologique… On a vu fleurir ces dernières années des labels appliqués à l’hébergement concernant la consommation d’eau, d’énergie, le traitement des déchets, parfois l’achat de produits bio ou locaux. Si ça se développe autant, c’est que les professionnels en tirent un double avantage. Ils réduisent leurs coûts en faisant des économies sur les consommations d’eau, d’énergie, et en plus c’est bon pour leur image de marque ! Mais même si ce n’est qu’un petit volet du tourisme durable, c’est un progrès réel par rapport à l’hébergement standard.

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Commentaires3 Comments

  1. Camille dit :

    tant que le « profit maximum » guidera notre société rien de durable ne changera …

  2. Camille dit :

    je milite également pour les cosmétiques maison plus respectueux de TOUT !!

    MyCosmetik

  3. D’autant plus que les sources d’informations sur le thème sont nombreuses pour informer le public sur ce thème : des portails de sensibilisation au tourisme responsable comme http://www.voyageons-autrement.com, http://www.echoway.org, http://www.ecotourisme-magazine.com, http://www.voyagespourlaplanete.com aux voyagistes adhérents d’associations nationales comme l’ATES (www.tourismesolidaire.org), Voyageurs et Voyagistes eco-Responsables (http://blog.voyages-eco-responsables.org), ATR, en passant par les festivals dédiés aux voyages responsables comme le Festival Partir Autrement (www.abm.fr) ou le Festival d’Icare (http://www.festival-icare.com) et les nombreux guides sur le tourisme durable comme les guides TAO (www.viatao.com)…Même la ville de Paris s’y est mise sur son portail ! http://www.parisinfo.com/tourisme-durable/paris-destination-touristique-durable
    Amis voyageurs, renseignez-vous et faîtes un choix éco-citoyen pour vos prochaines vacances, notre planète vous en sera reconnaissante !

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