Le blues des déchets

Par · 21 avr 2013

Depuis le début de mes chroniques dans Imagine, je tente de livrer des pistes objectives pour rendre notre mode de vie plus durable. Aujourd’hui, je suis découragée. Ce n’est pas le syndrome de la page blanche. Non, des sujets, il y en a des tonnes : j’aurais pu vous parler de cette étude de l’UFC Que Choisir (équivalent français de Test Achats) sur les cosmétiques, de ces autres révélations sur la qualité des eaux en bouteille, ou encore de cet incroyable sachet de « conservateurs » qu’une grande marque de gâteaux industriels tente de vendre aujourd’hui à ceux qui font leurs gâteaux eux-même (véridique). Mais je suis aujourd’hui assaillie de doutes.

Ces réflexions critiques que je vous livre à vous, lecteurs concernés déjà par toutes ces thématiques, sont-elles vraiment utiles? En visite à Monaco en ce début du mois d’Avril, le secrétaire général des Nations Unie Ban Ki-moon déclarait : »Il sera bientôt trop tard. (…)Nous devons agir maintenant si nous voulons qu’en 2050, la planète soit vivable pour ses neuf milliards d’habitants ». Et certains journaux de titrer « Il sera bientôt trop tard pour sauver la planète ». Cette expression me fait bondir à chaque fois. La planète, elle, s’en sortira d’une manière ou d’une autre. C’est l’être humain qui se met en danger. Mais cette façon d’exprimer les choses n’est presque jamais utilisée. Parce qu’elle risquerait de réveiller les gens ? En juin dernier, déjà, à la veille du sommet de Rio +20, une vaste étude (dirigée par Anthony Barnosky, chercheur au département de biologie intégrative de l’université de Californie à Berkeley (Etats-Unis), et cosignée par une vingtaine de chercheurs issus d’une quinzaine d’institutions scientifiques internationales) publiée dans Nature concluait que la biosphère terrestre est à la veille d’une  »bascule abrupte et irréversible » du fait de l’ampleur des pressions exercées par l’homme sur la planète. Et pourtant, rien ne bouge. La grande majorité des citoyens sont devenus avant tout des consommateurs. Le rêve le plus partagé au monde est sans doute celui de pouvoir (continuer à) consommer sans limite. « Après nous, le déluge. » Les déchets ? On va bien inventer quelque chose qui nous en débarrassera ! Témoin du succès de cette façon de penser, la médiatisation du projet de Boyan Slat, un jeune Néerlandais de 19 ans : une plateforme capable de nettoyer les milliards de déchets qui encombrent les océans. Les éloges de cette invention « magique » ne se comptent plus, sur le web. Seul un article du Monde tempère l’enthousiasme général face à l’innovation technologique miraculeuse, en livrant le point de vue de François Galgani, océanographe à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) : « Ramasser les déchets sur les plages est moins spectaculaire mais plus facile à réaliser et tout aussi utile ». C’est évidemment moins glamour, et cela implique que tout le monde se mette, si pas à ramasser, au moins, à ne plus balancer ses crasses aux 4 vents. A l’heure où je vous écris, je suis face à la mer. Lors de ma promenade d’hier, je n’ai pas eu assez du sac plastique que j’avais emporté pour ramasser tous les déchets croisés sur la plage et les sentiers du littoral. Alors vous me pardonnerez, j’espère, ce moment de découragement.

En savoir plus

Commentaires1 Comment

  1. Elodie dit :

    Chère Madame Nature,
    Je comprends votre découragement face à la difficulté de faire passer un message important mais difficile à entendre. Toutefois, je voudrais essayer de vous redonner un peu de courage en vous disant que, s’il est vrai que vous touchez un public d’avertis via ce blog et le magazine Imagine, il en va autrement de ce que vous faites dans un émission comme Sans chichis et cet aspect d’éducation permanente est fondamental. Par ailleurs, même pour des avertis, vous êtes une source d’apprentissages et de remise en question. Rien de tout cela n’est négigeable, bien au contraire.
    En vous souhaitant de continuer votre chemin avec le plus de bonheur possible.

Ajouter un commentaire

*