Gare aux tiques!

Par · 27 avr 2012

La maladie de Lyme ou borréliose est causée par une bactérie, le Borrelia, transmise par les tiques. Le Borrelia a ceci de particulier qu’il peut subsister dans le corps humain pendant plusieurs années (voire toute une vie). Il est discret, et la maladie qu’il provoque peut n’apparaître qu’épisodiquement et après plusieurs mois ou années.

Quels sont les symptômes de cette maladie ?

Le patient souffrant de la maladie de Lyme peut ressentir un état grippal prolongé, accompagné éventuellement de maux de tête, de douleurs articulaires ou de névrites. Quelques personnes peuvent développer une paralysie transitoire du nerf facial ou une inflammation d’une articulation . On parle aussi, plus rarement de formes plus graves de la maladie, comme l’ encéphalomyélite (de minuscules lésions du cerveau provoquant des insomnies, un changement de caractère ou une perte de mémoire) ou encore la myélite (affection de la moelle épinière à l’origine d’une insensibilité au niveau des jambes).

Est-ce que c’est une maladie fréquente ?

Elle est de plus en plus fréquente. Alors que 42 cas de maladie de Lyme étaient recensés en Belgique en 1991 (première année pour laquelle la Belgique dispose de données), quelque 348 cas ont déjà été enregistrés en 2000. Et selon l’Etat de l’Environnement wallon rédigé en 2006-2007, analysant les liens entre environnement et santé, pas loin de 2000 cas sont dénombrés chaque année en Belgique.

Comment se fait-il que le nombre de cas augmente ?

Cette augmentation est sans doute due à plusieurs facteurs… Pour comprendre cela, il faut savoir que l’agent pathogène de la borréliose est transmis par l’intermédiaire d’un mammifère sur lequel une tique et sa larve doivent prendre leur repas en même temps. Parmi les mammifères, seuls certains petits rongeurs retransmettent la maladie aux tiques. De nombreuses autres espèces, telles que les cervidés, endiguent l’infection. Plus la biodiversité est élevée, plus on a des espèces cul de sac, plus la maladie est diluée dans la nature. Mais pour cela, un certain équilibre entre les espèces est nécessaire. Les cervidés, en nette augmentation de population depuis plusieurs années, contribuent à leur manière à amplifier la diffusion des maladies portées par les tiques. Un grand nombre de tiques se nourrissent sur cervidés , ce qui augmente la population totale de tiques…Elles sont en augmentation dans toutes les régions tempérées du monde.

On parle aussi du facteur climatique…

Le climat influence également le risque d’infection selon des processus complexes : plus que le réchauffement des températures, c’est la vitesse des transitions saisonnières qui est en cause. En cas de réchauffement printanier brutal, il y a plus de chances que la tique et sa larve puissent prendre leur repas sur le même animal, et donc se transmettre l’agent pathogène. Notre comportement est aussi un facteur : on sort en forêt, dans la nature, sans toujours se couvrir le jambes. Et même si on n’est pas en pleine nature, les cervidés qui transportent les tiques viennent parfois très près des habitations dans les campagnes.

 

Une polémique a éclaté à propos de la maladie de Lyme en France en ce début 2012. Le Préfet d’Alsace a ordonné la fermeture du laboratoire d’analyses médicales Schaller, à Strasbourg, invoquant notamment comme raison de cette fermeture la pratique d’un sérodiagnostic de la maladie de Lyme non validé,
c’est à dire non conforme aux recommandations officielles en vigueur,…Ce labo ne pratiquait pas l’analyse officiellement recommandée en France, mais une analyse couramment pratiquée en Allemagne, plus récente, et permettant de déceler davantage de cas de borréliose, car ces tests de dépistage allemands sont ciblés pour les souches européennes. Parallèlement à cette histoire française, aux USA, début janvier, une autre polémique surgissait aussi concernant la maladie de Lyme : le professeur Waisbren, fondateur de l´IDSA (International Diseases Society of America) a publié un essai dans lequel il s’écarte de la position de l’institution qui défend elle la théorie de la non-chronicité de la maladie de Lyme.

 

Selon certains, ce qu’il faudrait voir derrière ces polémiques, c’est la crainte de coûts supplémentaires en matière de sécurité sociale si le nombre de cas diagnostiqués augmentait, et que l’on considérait la maladie de Lyme comme une maladie chronique. En France, cette polémique se double de celle qui entoure l’interdiction du Tic Tox par l’AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé). Ce complexe d´huiles essentielles était jusque là utilisé par des patients sur lesquels le traitement antiobiotique avait échoué. L’AFSSAPS l’interdit car il contient de l’huile essentielle de sauge, une plante aux propriétés bactéricides connues, mais interdite en France à la commercialisation sous la forme d’ huile essentielle du fait de sa concentration en thuyone, un principe actif neurotoxique et abortif à haute dose. Pourtant, aux doses indiquées par le protocole du Tic Tox, les malades ne courraient aucun risque, selon son créateur, le pharmacien Bernard Christophe : «  la dose journalière maximum de 15 gouttes contient en effet 3,75 mg et maximum 4,5 mg de thuyone, alors que l’Afassaps écrit que la dose acceptable établie à partir des données bibliographiques disponibles est de 4,8 mg par jour !  ». En fait, ce que l’AFSSAPS vise, ce sont les allégations médicales pour lesquelles le remède n’a pas reçu d’autorisation de mise sur le marché. On est dans une polémique un peu semblable à celle qui entoure le purin d’ortie.

 

Une polémique qui ne nous touche pas en Belgique… Mais concrètement, chez nous, que peut-on faire contre cette maladie ?

 

D’abord prévenir plutôt que guérir : lors des promenades en forêt ou dans la nature, mieux vaut rester dans les sentiers tracés et ne pas se frotter aux herbes hautes. Hors des sentiers battus, couvrir ses jambes avec des chaussettes et un pantalon, si possible de couleur claire pour pouvoir repérer une tique et la retirer du vêtement. 
Si malgré les précautions une tique s’est incrustée dans votre peau, pas de panique : elle n’est pas nécessairement porteuse de la maladie, et même si elle l’est, ne vous la transmet pas automatiquement. Si vous l’ôtez dans les 24 heures, il y a moins de chances qu’elle vous infecte. Utilisez une pince spéciale (vendue en pharmacie) puis surveillez tous les huit jours l’endroit de la piqûre (pendant plusieurs semaines) et guettez l’apparition d’une rougeur qui est un signe que vous êtes infecté. Dans tous les cas, consultez un médecin. Si il a le moindre doute d’infection, il vous prescrira un traitement antibiotique. Quant aux huiles essentielles, elles valent sans doute la peine qu’on s’intéresse à leurs effets sur la maladie, mais toujours en consultant un médecin, et sans négliger les traitements classiques…

En savoir plus

Avec une lecture: « Amaladie de Lyme », de Julie Albertat, aux Editions Thierry Souccar. Le récit du parcours d’une pilote de ligne française qui a contracté la maladie de Lyme, de son enquête pour obtenir enfin le diagnostic, et  de la façon dont elle a guéri grâce aux traitements dont les thérapies alternatives.

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