Cosméto: halte aux microbilles

Par · 14 fév 2013

A quelques jours de la St Valentin, vous pensez peut-être à offrir un produit cosmétique à votre moitié. Je vous ai déjà parlé de nombre de ces produits qui contiennent des substances nocives pour la santé et/ou l’environnement. Aujourd’hui focus sur l’une d’entre elles, fort à la mode maintenant : les microbilles de plastique, un fléau pour la faune aquatique.Sans doute, comme moi, ignoriez-vous jusqu’il y a peu que de nombreux produits cosmétiques contiennent de ces micro-billes de plastique. Ce qui a attiré mon attention sur ce sujet, c’est au cours du mois de janvier, la déclaration d’Unilever : le gigantesque groupe annonçait en effet récemment qu’il abandonnait l’utilisation de microbilles de plastique dans certains de ses produits cosmétiques pour le corps: les gommages et les soins exfoliants. L’entreprise répondait de cette façon aux pressions de plusieurs associations environnementales britanniques qui font campagne contre l’utilisation de ces microplastiques…

Quels sont les effets de ces billes sur l’environnement ?

Les Anglosaxons appellent les microbilles des « larmes de sirène », un terme évocateur de leurs effets sur la faune marine.Vous vous souvenez sans doute de la fameuse soupe de plastique dont on reparle de plus en plus régulièrement ? Dans un article du Figaro, François Galgani, chercheur à l’Ifremer et spécialiste de ce problème explique que «Globalement, on sait que 70 % à 80 % des plastiques de toutes tailles que l’on retrouve dans les océans viennent de la terre». Il estime que dans les déchets plastiques flottant à la surface des océans, «la part des cosmétiques restera toujours plus faible que celle provenant des emballages», mais que c’est pourtant un véritable problème car ces microplastiques sont facilement ingérés par la faune aquatique…Les particules de plastique sont si petites qu’elles ressemblent à s’y méprendre à des grains de sable, et si nombreuses dans l’océan, que selon The Guardian, elles dépassent parfois les quantités de plancton. Les microplastiques entrent ainsi dans la chaîne alimentaire des petites créatures marines, et donc dans notre propre chaine alimentaire. François Galgani souligne aussi qu’au-delà du danger que représentent les microplastiques pour les espèces qui les mangent, ces microplastiques agissent aussi de manière indirecte sur l’environnement en servant de «support à d’autres espèces qui se greffent sur ces microdéchets et vont coloniser grâce aux courants marins d’autres territoires modifiant grandement les équilibres».

Quelle était l’étendue de ce problème ? Est-ce qu’on ne trouve ces billes que dans les gommages ?

Il n’est pas facile de cerner l’étendue du problème. Comme l’explique le journaliste du Figaro qui consacre un article à ce sujet, Unilever jusqu’à présent n’a pas répondu aux questions posées concernant les quantités utilisées de ces plastiques. On sait que c’est le plus souvent du polyéthylène ou du polypropylène. Et aussi que ces micro-billes peuvent entrer dans la composition d’autres produits que les gommages et soins exfoliants : vous avez certainement vu de ces billes dans des savons, des gels, des crèmes, des shampooings, des déodorants, des eye-liners et même des dentifrices… Selon les estimations de la Marine Conservation Society «trois produits de gommage sur quatre contiennent ces microplastiques». L’ONG évoque aussi une étude de l’institut pour les études environnementales de l’université d’Amsterdam selon laquelle les microbilles peuvent représenter jusqu’à 10,6 % du poids d’un produit, soit 21 grammes de plastique pour 200 ml de produit. Cospheric, un fabricant de ces microbilles, explique qu’il faut plus de 147 millions de billes mesurant 0,02 mm pour obtenir un gramme, ou plus de 400.000 pour celles qui mesurent 0,15 mm. Or, dans une étude publiée dans Marine Pollution Bulletin, des chercheurs néo-zélandais estiment pour leur part que les «trois quarts des marques de nettoyants pour le visage vendus dans les supermarchés du pays utilisaient des microbilles d’une taille inférieure à 0,1 mm». Au final, Corinne, ce sont probablement des milliards de petites billes qui aboutissent chaque jour dans les égouts puis les rivières et les mers, puisque bien souvent, les stations d’épuration ne parviennent pas à les filtrer.

Pourquoi sont-elles aussi présentes ?

Selon les fabricants, ces billes industrielles sont sans danger pour notre santé et ont l’avantage de pouvoir être colorées, d’être moins irritantes selon eux que les exfoliants naturels car d’une rondeur plus régulières… Il est probable qu’il y ait tout simplement des avantages financiers et pratiques pour les fabricants de cosmétiques à utiliser ces microbilles sans doute moins chères et plus faciles à se procurer en grande quantité que les exfoliants naturels ?

Comment les éviter ?

En examinant les emballages qui parfois mentionnent que le produit « contient des microbilles ». Soyez attentifs à l’aspect du produit aussi : il va de soi qu’un dentifrice dont on voit des microbilles bleues ou vertes est sans doute à base de microbilles synthétiques… Plus que jamais, cela peut être utile d’apprendre à lire la liste INCI des ingrédients (on en a parlé dans cette chronique) car à côté de ces microbilles, les nanoparticules sont de plus en plus souvent présentes dans les cosmétiques : ce sont des produits invisibles à l’œil nu qui peuvent avoir un impact réel sur la santé des animaux marins.L’Université de Wageningen aux Pays-Bas a montré en 2012 qu’en présence de nanoparticules, l’appétit des moules est moins important. L’étude a aussi confirmé que dans l’estomac des poissons se trouve 12% de débris en moyenne, dont la moitié de plastique.

Comme alternatives à ces exfoliants de plastique, vous pouvez soit choisir des produits qui contiennent des exfoliants naturels comme la poudre de coque de noix ou vous en procurer pour réaliser votre propre produit vous-même. Certains ingrédients très courants comme le sel, le sucre, ou le marc de café forment de bonnes bases d’exfoliants. Pour le dentifrice, pensez au bicarbonate, qui a un effet légèrement abrasif et remplace ainsi les microbilles de plastique. Pour le corps, vous pouvez aussi utiliser un gant de loofah, réalisé à 100% à partir de restes de séchage d’un concombre exotique. Pour le visage, néanmoins, et les peaux sensibles, privilégiez des substances légèrement gommantes. Je vous propose par exemple de réaliser un masque gommant très doux à base de farine de riz, une recette pratiquée par les japonaises…C’est très simple : mélangez une cuillère à soupe de farine de riz avec un peu de lait, ajoutez une goutte d’huile de sésame, il n’y a plus qu’à étaler sur la peau de votre visage, puis à laisser poser une dizaine de minutes avant de rincer !

Vous trouverez d’autres idées intelligentes sur le tout nouveau site de l’Association Slow Cosmétique. Vous vous souvenez sans doute de Julien Kaibeck, promoteur de la slow cosmétique qui est venu déjà dans cette émission. Et bien son association mène en ce moment sa première action à l’occasion de la Saint-Valentin, en dénonçant auprès des consommateurs amoureux la présence d’ingrédients polluants ou toxiques dans les produits de beauté et les parfums… Le message de l’association slow cosmétique, c’est de ne pas empoisonner votre amoureux et son environnement avec phtalates et autres substances nocives encore trop souvent présentes dans les parfums et cosmétiques que l’on aime offrir. Sur le site, vous découvrez donc des outils pour déceler les substances à éviter, des recettes de cosmétiques slow, et plein d’autres ressources mises à jour par toute une équipe d’ambassadeurs de la slow cosmétique… Je vous invite aussi, pourquoi pas, à carrément devenir membre de ce mouvement. C’est peut-être ça, finalement, le cadeau de Saint-Valentin idéal, qui non seulement ne fera pas de mal à votre santé, à l’environnement mais fera aussi du bien à votre portefeuille. Comme le rappelle chaque année Inter-Environnement Wallonie avec sa campagne spéciale Saint-Valentin, faites l’amour, pas les magasins !

 

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