Coccinelles asiatiques, la fausse bonne idée

Par · 23 nov 2012

En cette saison, comme chaque année depuis une décennie,  à partir de la  mi-octobre, Harmonia axyridis, c’est le petit nom de la coccinelle asiatique, se fait remarquer… Elle  focalise aujourd’hui l’attention des scientifiques et des particuliers dont les habitations se trouvent parfois envahies de ces insectes… Aux Etats-Unis, où l’espèce est devenue envahissante avant de l’être chez nous, on l’appelle d’ailleurs Halloween Lady Beetle, car c’est surtout au moment d’Halloween que la coccinelle asiatique fait parler d’elle, lorsqu’elle se prépare à affronter l’hiver. Alors que la plupart des coccinelles se réfugient par petits groupes sous l’écorce de vieilles souches,  certaines H. axyridis n’hésitent pas à rejoindre l’intérieur des habitations, surtout lorsque ces dernières se trouvent près des surfaces boisées qu’elle a fréquentées pendant l’été. Elles y forment des agrégats de dizaines, de centaines, voire de milliers d’individus.

Les concentrations sont parfois telles qu’elles génèrent des nuisances : lorsqu’on la dérange, la coccinelle se défend en répandant un liquide jaunâtre et malodorant dont émanent des substances allergisantes. Mais ce ne sont pas les seuls problèmes qu’elle génère… La coccinelle asiatique est très vorace, et ne se contente pas de dévorer les pucerons : elle s’attaque aussi aux autres prédateurs de ses proies. Elle entre donc en compétition directe avec d’autres espèces d’insectes, dont les coccinelles indigènes, dont elle mange même les larves. Le journal Le Monde qui consacrait un article à cette problématique le 25 octobre dernier expliquait que selon une équipe européenne de chercheurs, un comptage de cinq ans réalisé sur des dizaines de sites belges, britanniques et suisses a révélé « une chute importante de la population et même parfois une quasi-disparition de la coccinelle à deux points, l’espèce européenne la plus commune ». Reste un autre problème : le coléoptère a la fâcheuse manie de se nourrir de fruits mûrs et aime particulièrement former des agrégats sur des raisins mûrs, ce qui pose parfois des problèmes d’altération du goût du vin…

 

Comment cette coccinelle est-elle devenue envahissante ? On l’avait pourtant adoptée pour ses qualités écologiques, mais c’est un véritable cas d’école! L’article du Monde le raconte très bien ! En 1916, des spécialistes de la « lutte biologique » importent d’Asie vers les Etats-Unis une souche d’H. Axyridis, qui leur semble alors être un insecte auxiliaire idéal pour l’agriculture, car non seulement cette coccinelle est vorace et capable de manger plus de cent pucerons par jour, mais elle se reproduit au rythme de plusieurs générations par an, ce qui la rend plus compétitive économiquement parlant que les coccinelles indigènes ! Pendant presque tout le XXe siècle, cela n’a pas posé de problème car la coccinelle asiatique mourrait systématiquement en hiver, ne supportant pas le climat. Le hic, c’est qu’elle a fini par s’acclimater ! Dès la fin des années 1980, l’insecte a acquis la capacité de survivre à l’hiver américain et se met à pulluler pour couvrir, en quelques années, l’ensemble des Etats-Unis. Or, c’est dans ces années-là, les années 1990, qu’elle devient à la mode en Europe, et notamment en Belgique. Dès 2001, le même phénomène d’acclimatation de la coccinelle asiatique est observé en Afrique du Sud, en Amérique du Sud et en Belgique ! En fait, selon Eric Lombaert, ingénieur à Sophia-Antipolis, les invasions en Europe occidentale, en Amérique du Sud et en Afrique du Sud ont vraisemblablement pour origine des insectes du Nord-Est américain qui, en Europe se seraient mélangés avec des individus issus des élevages de lutte biologique.Et depuis lors, en une décennie seulement, H. axyridis a étendu son emprise sur l’ensemble de l’Europe.  Aujourd’hui, chez nous, elle a un statut d’espèce invasive.

La reconnaître est difficile ! Avec une taille comprise entre 5 et 8 millimètres, Harmonia axyridis est généralement plus grande que les coccinelles indigènes. Mais elle n’est pas facile à reconnaître pour autant en raison de sa variété en matière de coloration : au sein d’une même population, la teinte des élytres varie du jaune orangé au rouge, en passant par le noir – et le nombre de taches va de zéro à neuf.

Il est sans doute trop tard pour venir à bout de cette espèce chez nous, mais les chercheurs tentent de trouver des solutions pour endiguer le problème et limiter leur population. Une équipe de la faculté Gembloux Agro-Bio Tech de l’université de Liège, a réalisé ces derniers temps de grands progrès dans la compréhension de la façon dont la coccinelle asiatique se comporte et surtout comment cette petite bête retrouve, dans un habitat, le lieu de rassemblement de ses congénères.On sait désormais que pour cela, H. axyridis se sert d’ un marquage au sol réalisé à base de deux hydrocarbures. Les chercheurs espéraient pouvoir utiliser ces substances pour créer des pièges à coccinelles asiatiques, mais on n’en est par encore là car ces substances sont non volatiles et agissent probablement par contact, ce qui ne permet pas d’attirer l’animal à distance pour le piéger. La coccinelle asiatique n’a pas encore livré tous ses secrets aux chercheurs, mais si le sujet vous passionne, vous pouvez déjà découvrir les résultats de la recherche de Delphine Durieux dans un article très intéressant de Philippe Lamotte dans la revue Réflexions de l’ULg disponible sur internet.

Que faire si on est confronté à une invasion de coccinelles asiatiques chez soi ?  Pour s’en débarrasser, les chercheurs conseillent d’aspirer les agrégats et de les placer au congélateur pendant un temps suffisamment long. En effet, relâchées vivantes à l’extérieur, les coccinelles n’ont qu’un réflexe : retourner aussitôt vers leur lieu d’hivernage. Or les meilleurs efforts de colmatage n’en viennent pas à bout. Seul inconvénient de cette méthode quelque peu expéditive : risquer de détruire, dans le lot aspiré et « refroidi », des coccinelles à deux points ou d’autres espèces indigènes qui, régulièrement, s’associent aux coccinelles asiatiques pendant l’hiver. Celles-là même qui, pendant la saison plus chaude, dévoreront leurs larves…

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