Votre miel, avec ou sans OGM?

Par · 8 mar 2013

A l’heure où les révélations de fraudes et contaminations alimentaires se succèdent, un produit pourtant réputé naturel est lui aussi l’objet de débats : c’est le miel. Comment être surs de ses origines, pourra-t-il bientôt contenir des OGM sans que ce soit annoncé sur son étiquette ? Le point sur l’actualité du miel.Fin février, une gigantesque opération de fraude au miel a été démantelée aux USA  : deux entreprises implantées aux Etats-Unis importaient de Chine du miel, qui était soit déclaré comme un autre produit, soit importé via d’autres pays, dont l’Inde, la Russie et la Thaïlande, de façon à éviter de payer les forts tarifs douaniers en vigueur. Les milliers de litres de miel saisis ne posaient pas de risque sanitaire, mais cela montre que le miel, que nous voyons souvent comme un produit artisanal, plutôt local et à petite échelle, est en fait l’objet de convoitise et d’enjeux commerciaux importants, au niveau mondial. Car nous ne sommes pas épargnés par ce phénomène. Selon Test-Achats, qui publie en ce mois de mars les résultats de son test sur 40 pots de miel en vente en Belgique, il peut y avoir jusqu’à 23,55 € de différence au kg entre le plus cher des miels testés, et ceux que le test classe parmi les meilleurs.

 

C’est concret et ça pose question, en effet. Cela donne un peu l’impression que le marché du miel est une jungle…

D’autant plus que plusieurs résultats de ce test réalisé par Test-Achats soulignent d’autres problèmes qui ne rendront ni les apiculteurs ni les consommateurs heureux… Il est par exemple apparu que le miel Oxfam sensé d’après son étiquette provenir du Chili, serait en fait un miel mixte d’Amérique du Sud et d’Europe de l’Est. Selon Oxfam, il s’agirait d’une contamination croisée par d’autres miels remplis sur la même chaîne de mise en pots.

Il n’empêche : c’est vrai qu’en tant que consommateur, il est généralement difficile de savoir exactement d’où provient le miel qu’on achète, à moins de l’acheter directement au producteur.

En effet, l’étiquetage est plutôt flou. Si le miel provient de plusieurs pays, l’étiquette peut porter la mention « mélange de miels originaires de l’UE », « mélange de miels non originaires de l’UE » ou « mélange de miels originaires et non originaires de l’UE ». Test-Achat réclame que la loi oblige les fabricants à préciser les pourcentages, car il est ressorti de son test que la quantité de miel originaire de l’UE est souvent tellement réduite que l’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une pollinisation croisée accidentelle.

Cette opacité sur les origines du miel est évidemment une porte ouverte à de nombreuses dérives.

Le flou de la mention « Mélange de miels originaires et non-originaires de la Communauté européenne » convient, on l’imagine bien à de nombreux opérateurs du miel… Il faut savoir que 40% du miel consommé en Europe serait en fait importé, ce qui représente 140 000 tonnes tonnes de miel, provenant en priorité d’Argentine, de Chine, du Mexique ou du Brésil. La Belgique serait même une plateforme d’importation de miel chinois et de réexportation vers l’Europe. Ce type de marché n’est pas sans rappeler celui qui vient de défrayer la chronique avec la viande bovine et celle de cheval. Il faut savoir que les méthodes de production du miel chinois (ou d’Argentine, de Mexique ou du Brésil) sont beaucoup moins réglementées qu’en Europe et que les OGM y sont autorisés. Dans un article posté sur le site Novethic.fr, Magali Reinert estime que « dans un tel système, les industriels ont tout intérêt à maintenir le flou sur l’information donnée aux consommateurs, que ce soit sur l’origine du produit ou sur la présence d’OGM. »

D’OGM dans le miel, il est justement question, non, en ce moment, à la commission européenne ?

En effet : on débat en ce moment à Bruxelles de la directive « miel » qui pourrait dispenser de mentionner la présence d’OGM dans les pots. Pour bien comprendre ce dont il est question, il faut retourner deux ans en arrière. En septembre 2011, suite à une affaire impliquant un apiculteur allemand, la Cour européenne de justice a décidé que tous les miels contenant des traces d’OGM ne pourraient plus être vendus tels quels et devraient désormais porter une étiquette ou être soumis à une procédure d’autorisation spécifique de mise sur le marché en tant que produits OGM. Cette décision ne faisait d’exceptions ni dans le cas de faibles concentrations ni dans le cas où ce matériel OGM n’aurait pas été ajouté intentionnellement au miel. Elle a rendu quasiment impossible pour les apiculteurs d’encore vendre du miel, et c’est suite à cela qu’une nouvelle proposition de directive européenne a été déposée. Selon cette proposition, les pollens seraient considérés comme étant des composants propres au produit « miel » et non comme des ingrédients. Cette nuance est de taille car elle permet de se passer de la mention « produit OGM », sauf dans les cas où le miel contient plus de 0,90 % d’OGM. Comme il est très improbable qu’une contamination accidentelle entraîne des pourcentages supérieurs à 0,90 %, le miel ne devra jamais porter l’étiquetage OGM.

Cette proposition ouvre-t-elle la porte à des dérives ?

Il y en a une, au moins : si cette proposition est adoptée, il sera difficile pour le consommateur de savoir s’il achète un produit contenant ou non des OGM, même en petites quantités. La filière miel est elle-même divisée par rapport à cette proposition : d’un côté il y a les partisans de l’assouplissement proposé par la Commission (dont les pays exportateurs de miel, qui fournissent 40 % du miel européen), et de l’autre, les opposants à cette proposition, une quinzaine d’organisations apicoles européennes qui réclament une plus grande transparence sur les OGM pour garder la confiance des consommateurs. L’enjeu est plus important que la transparence vis à vis des consommateurs : les apiculteurs sont inquiets car « les cultures OGM vont généralement de paire avec les pesticides, leur deuxième grand combat. »

Est-ce que les miels bio apportent de plus grandes garanties aux consommateurs ?

Miel bio, c’est un terme qui prête parfois à confusion. Quand on entend « miel bio » on se dit que tous les miels sont naturels et on se demande pourquoi cette appellation. Tous les miels sont certes naturels mais pour qu’ils puissent être étiquetés bio, il faut que les ruches soient entourées d’au moins 50% de cultures bio ou de zones naturelles dans un rayon de 3 km. Evidemment les abeilles peuvent aller butiner plus loin, et l’on ne peut être sûr qu’elles n’aillent pas sur des plantes arrosées de pesticides, ou des cultures d’OGM.

En tant que consommateurs, comment peut-on s’assurer d’acheter un miel de la meilleure qualité possible ?

Je vous conseillerais de lire le dossier paru dans le Test-Achats de ce mois de mars, qui est disponible sur internet. Un des critères de qualité du miel, c’est la fraicheur du miel et le fait qu’il ne soit pas chauffé, car chaleur et vieillissement lui enlèvent ses qualités nutritionnelles. La loi stipule d’ailleurs que le miel doit être frais et ne peut être chauffé car la chaleur et le vieillissement dégradent sa qualité. Test-Achats constate que le miel acheté chez trois des quatre apiculteurs testés était frais mais relève que le miel bio d’une grande enseigne et plusieurs mielsde marque en revanche ne sont pas frais ou ont été chauffés. Ceci dit, l’organisme de défense des consommateurs souligne aussi une bonne nouvelle : pour la première fois en dix ans, aucun des échantillons de miel testés ne contenait d’antibiotiques. Enfin, c’est important de le savoir : un miel cher n’est pas forcément d’excellente qualité. Certes, les deux plus chers du test obtiennent de très bons résultats, mais les meilleurs du test sont nettement moins coûteux et les Maîtres-Achats conseillés par Test-Achats comprennent une marque de distributeur et des produits blancs.

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