Ustensiles de cuisine sans PFOA: quand l’écologie se met à poêle…

Par · 3 mai 2010

IMG_0675-1A quoi bon choisir des aliments sains, si c’est pour les cuire dans des ustensiles de cuisine qui les rendent toxiques ? C’est avec ce discours qu’une nouvelle génération de poêles vertes tentent de s’imposer dans nos cuisines. Voici des pistes pour distinguer les vrais accessoires écologiques des faux bons plans… Les poêles écologiques, estampillées « sans PTFE » et « sans PFOA » son-elles une vraie bonne idée ou un produit de plus à surfer sur la vague verte? 

Voilà à nouveau deux vilains longs mots : le PFOA, ou acide perfluoro-octanoïque est une substance utilisée pour la fabrication du PTFE, le polytétrafluoroéthylène. Ce dernier est mieux connu sous le nom de la marque Teflon® de Dupont de Nemours… Il s’agit d’un revêtement anti-adhésif qui a eu beaucoup de succès pendant une cinquantaine d’années…. Mais les composés perfluorés à base desquels ces revêtements sont fabriqués, et le PFOA n’en est qu’un exemple, sont aujourd’hui soupçonnés d’appartenir à la famille des objets qui nous empoisonnent sans en avoir l’air, au quotidien…

 

Vous avez dit « composés perfluorés »?

Les composés perfluorés (PFC), tels que le téflon, ont la propriété de repousser l’eau, les matières grasses et la poussière. Leurs propriétés antiadhésives, imperméabilisantes et protectrices expliquent que ces produits ont été utilisés pour recouvrir les ustensiles de cuisson. Le problème, c’est que les PFC sont persistants et s’accumulent dans les êtres vivants, causant des problèmes de développement et de la reproduction ainsi que des troubles du métabolisme. Ils agissent sur le système endocrinien, de façon un peu comparable à ce fameux bisphénol A dont on vous parlait il y a quelques semaines dans Nuwa… L’Union européenne classe le PFOA comme cancérogène de classe 3 (possibilité d’effets irréversibles) et comme toxique pour la reproduction de classe 2 (risque d’effet néfaste pour l’enfant durant la grossesse).

 

Comment expliquer que ces composés ne soient pas encore interdits ?

Pendant longtemps, ce risque n’a pas été considéré comme important, car on estimait qu’il y avait peu de chances que la population soit contaminée par le PFOA, hors des usines où on l’utilisait… C’est une étude publiée par les Centers for disease control and prevention (CDC), organes fédéraux de prévention santé aux USA, qui a changé cette perception des choses en révélant qu’on trouverait du PFOA dans le sang de 98% des Américains…Les veines des habitants du Vieux Continent ne devraient pas en être plus épargnées ! En France, en septembre 2009, André Cicolella, chercheur en santé environnementale et porte-parole du réseau Environnement Santé, estimait quant à lui que «nous sommes des Américains comme les autres». Une boutade par laquelle il espérait sans doute pousser l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments à revoir sa position. Dans son rapport de mars 2009, l’AFSSA avait conclu que selon elle, et «sur la base de l’ensemble des données disponibles» l’exposition du consommateur «liée à des conditions réalistes d’utilisation» des poêles anti-adhésives restait «600 fois inférieure à la dose journalière tolérable» et que l’exposition par l’eau ou la consommation de poisson était  «négligeable».

 

Il y a donc encore beaucoup de débat autour de la dangerosité du PFOA…Qui faut-il croire dans ces discussions ?

Aux Etats-Unis, dès 2005, l’Agence de protection de l’Environnement américaine, classait le PFOA dans les produits toxiques, avec un effet cancérigène observé chez les rongeurs qui pourrait être extrapolable à l’homme. L’utilisation du PFOA doit y être diminuée d’ici cette année 2010 pour être interdite en 2015. En Europe, on peut s’attendre ou en tout cas espérer que des décisions soient prises aussi dans ce sens. Les études qui soulignent la nocivité de ce perturbateur endocrinien s’accumulent. Une étude menée par des chercheurs danois et publiée dans la revue «Environmental health perspectives» fait ainsi apparaître que, chez les hommes les plus imprégnés de perfluorés (PFOA+PFOS), le niveau moyen de spermatozoïdes était 2,5 fois moins élevé (6,2 millions en moyenne) que chez des hommes peu imprégnés (15,5 millions).

 

Mais les poêles anti-adhésives sont-elles les seules responsables à pointer du doigt ?

Non, bien sûr. C’est d’ailleurs cela qui biaise l’avis des autorités sanitaires françaises par exemple : elles ne tiennent pas compte du fait qu’il existe de nombreuses «autres sources d’exposition que les poêles téflonées». Les PFC sont utilisés aussi en médecine et dans de nombreuses industries. On les retrouve dans certains emballages alimentaires (comme les sacs de maïs à éclater pour micro-ondes), dans les traitements antitaches pour les tissus et tapis, dans certaines crèmes pour le corps, et dans des vêtements performants imperméables de type Gore-Tex, ou encore dans certains appareils électroniques…  Plusieurs études ont déjà démontré qu’il était aussi désormais bien présent dans les rivières. Or, ce sont les effets accumulés des différentes expositions aux composés perfluorés qu’il faut craindre…

 

Que faire, sans tomber dans la psychose ?

S’il est probable qu’il existe d’autres sources de PFOA dans l’environnement, éliminer ses ustensiles de cuisson recouverts de Teflon® et autres matériaux similaires, est sans doute un bon réflexe, surtout s’ils sont rayés ou usés, car le fait qu’ils soient abîmés accroît la quantité de substance toxique qui passe dans les aliments. Vous allez me dire que s’il faut utiliser des poêles et casseroles dans lesquelles on doit ajouter plus de matière grasse, on se retrouve devant un autre risque sanitaire… Et vous avez raison. C’est pour cette raison que les fabricants tentent de développer de nouvelles alternatives…

 

Les nouvelles batteries de cuisines dont la composition est exempte de ces toxiques sont-elles pour autant une alternative de choix ? Des grandes marques classiques ou des fabricants spécialisés proposent désormais des produits couverts de revêtement céramique ne contenant ni PFTE ni PFOA… Mais ces nouveaux revêtements résistent souvent mal dans la durée aux tests des utilisateurs, suscitant l’utilisation de plus de matière grasse, et surtout, ils sont soupçonnés de contenir des nanoparticules, çad des matériaux miniaturisés (un nanomètre est un milliardième de mètre), soupçonnés de pouvoir constituer un risque sanitaire. Or malheureusement, aucun étiquetage informatif ne contraint les fabricants à indiquer la présence de nanomatériaux dans les produits de consommation.

Et puis, du point de vue éthique, on peut se poser des questions face aux fabricants qui continuent à proposer à côté de “ces poêles vertes” les fameux produits décriés comme mauvais pour la santé: le fait que certaines grandes marques offrent une gamme allant de “meilleure pour la santé” à  » moins bon pour la santé”, c’est un peu comme si, à la boucherie, on vous demandait, « votre viande, vous la voulez avec ou sans toxiques”? Cela montre en tout cas qu’il s’agit plus d’une stratégie commerciale opportuniste que d’un réel engagement.

 

Alors, quelle est la solution pour cuire de façon saine ?

Revenir à des valeurs sûres ! L’acier inoxydable 10/18, de qualité alimentaire par exemple. Fabriqué à partir de fer auquel on a ajouté d’autres métaux, en l’occurrence 18% de chrome et 10% de nickel  pour empêcher sa corrosion, il est solide et résistant à l’usure.  Il est doublement durable puisque cet acier est recyclable en fin de vie… La fonte est aussi une bonne option. Il y a aussi le verre, et particulièrement celui qui est mieux connu sous le nom de Pyrex : à base de borosilicate, il est résistant à la chaleur, et est donc utilisé pour la fabrication de plats à gratin par exemple. Il est inerte et sans risque de migrations de contaminants vers les aliments. Deux petits défauts toutefois : ce matériau particulier conduit moins bien la chaleur que son équivalent en métal, et il n’est pas recyclable avec le verre ordinaire, son point de fusion étant plus élevé. La céramique et la terre cuite sont, comme le verre, faciles à nettoyer et peuvent être portées à des températures élevées. Il faut juste se méfier de la qualité des vernis qui, lorsqu’il s’agit de productions asiatiques ou sud-américaines, contiennent parfois des composants tels que le plomb ou le cadmium, interdits par la réglementation de la plupart des pays…

 

Et comme d’habitude, pas question de terminer cette chronique sans quelques astuces pratico-pratiques…

 

Pour empêcher l’adhésion des aliments, on peut frotter de gros sel l’intérieur des récipients d’acier ou de fonte non émaillée,  juste avant leur utilisation ! Vous verrez : c’est dans les casseroles à l’ancienne (et non les vieilles casseroles, on l’a compris) qu’on fait les meilleures soupes ! Et puis, je vous rappelle cet éco-geste à pratiquer au quotidien au-dessus de vos fourneaux :  mettre le couvercle sur une casserole ou une sauteuse permet d’ économiser au moins 50 % de l’énergie nécessaire… Car c’est aussi et surtout votre utilisation qui fait qu’un matériel de cuisine est écologique !

Commentaires3 Comments

  1. Vincent dit :

    Ce qui est bien avec vous, c’est que l’on reçoit les informations essentielles en quelques minutes là où souvent on rame parfois des mois à les collecter au travers de diverses lectures…!
    Donc, c’est décidé: nous allons remplacer toutes nos poêles téfal par des poêles en fonte ou en acier. Merci!

  2. Hyper complet ton article, tu devrais faire une entrée dans wikipédia ;-) !

  3. eric dit :

    Merci pour cet excellent résumé !
    Qu’en est-il de cette marque belge GREENPAN ? Est-ce la catégorie céramique et donc nanoparticules ? Surfent-ils sur la vague et/ou est-ce un réel bon plan pour un nouveau produit ?
    Merci.

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