Toxique informatique…

Par · 8 mar 2010

Des grimpeurs ont déployé une banderole géante sur la façade de Samsung Benelux qui propose toujours des GSM et des PC peu verts.
Des grimpeurs ont déployé une banderole géante sur la façade de Samsung Benelux qui propose toujours des GSM et des PC peu verts. © Greenpeace / Philip Reynaers

Dans Nuwa, ce lundi, nous vous proposions de nous pencher sur notre poubelle électronique: quelles substances dangereuses contiennent nos ordinateurs et téléphones portables, quels impacts sur la santé et l’environnement? Le point sur les efforts des fabricants pour tendre à une high-tech verte…Et quelques pistes pour optimiser du point de vue écologique l’utilisation de ce matériel! C’est ici en-dessous en texte, ou dans vos oreilles grâce au podcast de Nuwa!

 

Depuis les années 80, les ventes d’ordinateurs individuels ont progressé de 10% chaque année. Le cabinet d’étude Forrester Research estimait qu’en 2008, on pouvait dénombrer un milliard d’ordinateurs dans le monde, et que cette quantité aurait plus que doublé en 2015. La fracture numérique se réduit, c’est une très bonne chose, mais cet afflux de matériel informatique nous met aussi face à une profusion inédite de déchets…

 

Pourquoi tant de déchets ? Parce que malheureusement la durée de vie de ces produits est de plus en plus courte. C’est un paradoxe.  Les technologies évoluent rapidement et  le matériel nous paraît de plus en plus vite dépassé. Il est fabriqué dans des pays où la main d’oeuvre est tellement bon marché que son coût d’achat est souvent inférieur au coût d’une réparation. Du coup, au lieu de le réparer, on préfère souvent acheter du neuf. D’après Greenpeace, la durée de vie d’un ordinateur était de six ans en 1997, et elle est passée en dessous de 2 ans depuis 2005.  Deux ans, c’est aussi la durée de vie de nos téléphones portables ! Chaque année, ce sont 20 à 50 millions d’e-dechets qui sont produits dans le monde, et leur volume augmente de 3 à 5 % par an en Europe.  Chaque citoyen européen produit en moyenne 14 kg de déchets informatiques chaque année…

 

En théorie, pourtant, la majorité des produits électroniques commercialisés sont recyclables… Mais dans les faits, beaucoup de pays industrialisés stockent ces produits dans des décharges ou les incinèrent. Il arrive même fréquemment que ces produits soient exportés vers des pays d’Afrique et d’Asie où le recyclage est moins coûteux. S’il est moins coûteux, c’est qu’il se fait aussi là-bas dans des conditions précaires : les déchets sont exposés à l’air libre, incinérés ou abandonnés dans des décharges, et le tri des matières a lieu à main nue, sans masque…

 Or on oublie souvent que l’ordinateur, si simple d’utilisation, est un produit extrêmement complexe… Sa composition comprend 30  à 40% de plastique, mais il ne s’agit pas d’un seul type de plastique : même l’ordinateur le plus simple est composé de 24 sortes de polymères, dont certains sont recyclables et d’autres pas : cela demande un tri minutieux ! Les choses se compliquent encore au niveau des métaux : chaque ordinateur comprend 40% d’acier et 10% d’autres métaux comme l’ or, le cuivre et le nickel, mais aussi certains métaux lourds ( comme le plomb, le cadmium, et mercure).  Hors des filières de recyclage officielles, les travailleurs sont directement confrontés à ces substances qui peuvent nuire à leur santé et à l’environnement.

Cette liste des ingrédients de ce cocktail de substances toxiques est loin d’être exhaustive : on pourrait encore citer les retardateurs de flammes bromés, qui font encore souvent partie des composants du matériel informatique : le brome peut s’accumuler dans l’environnement, et une exposition à long terme peut provoquer des déficiences d’apprentissage et de mémorisation, ainsi que des troubles du système hormonal. Le cadmium des batteries peut lui aussi s’accumuler dans l’environnement et est très toxique. Le PVC ou chlorure de polyvinyle est un plastique chloré qui peut dégager des dioxines et d’autres substances toxiques, lors de son incinération… Bref. Si chez nous ces substances sont canalisées dans une filière de traitement étudiée, elles sont une vraie source de danger pour les populations de pays moins favorisés !

Il existe  au niveau européen tout un arsenal de lois pour éviter que ces déchets ne soient déversés dans les pays en voie de développement. Depuis 2003, la directive européenne dite ROHS (de restriction d’utilisation des substances dangereuses dans l’équipement électrique et électronique)  interdit le plomb, le mercure ou le cadmium dans les nouveaux équipements.  Depuis 2005, une autre directive européenne dite DEEE (déchets d’équipements électriques et électroniques) rend les producteurs responsables de la reprise, du traitement et de l’élimination non polluante des déchets électroniques. Et enfin, pour lutter contre l’exportation des déchets, la convention internationale de Bâle, entrée en vigueur en 1992, interdit les transferts de déchets dangereux des pays développés vers les pays en voie de développement.

 

Mais alors, d’où proviennent ces déchets dont l’Inde, la Chine et l’Afrique sont inondés ? Ils arrivent en partie de pays qui ne sont pas signataires de la convention de Bâle, mais aussi d’Europe, malgré cette convention… Sur les 8,7 millions de tonnes de déchets électroniques produits chaque année dans les 27 pays de l’union européenne, seuls 25% environs seraient collectés et traités. Les 75% restants forment ce qu’on appelle les flux invisibles. Certaines de ces exportations se font en tant qu’objets de seconde main : les ordinateurs, téléphones et autres produits mènent parfois une véritable deuxième vie dans ces pays, mais celle-ci est souvent courte ou inexistante tant le matériel est défectueux ou inutilisable… Et puis, il y a la voie illégale : en 2005, des inspections organisées dans 18 ports maritimes européens avaient montré que 47% des déchets destinés à l’exportation étaient illégaux, parmi lesquels de nombreux déchets électroniques.  On estime qu’il est même possible que 25% des déchets électronique collectés soient ainsi exportés illégalement vers des pays récemment industrialisés ou en voie de développement. 

greener-electronics-guideReste LA question: que peut-on faire pour lutter contre ce déferlement de déchets toxiques ? Mettre la pression sur les fabricants: Greenpeace édite depuis août 2006 le guide « Pour une high-tech responsable » classant les 18 plus gros fabricants mondiaux de téléphones mobiles, ordinateurs, téléviseurs et consoles de jeux selon leur politique d’élimination de substances chimiques dangereuses et leurs engagements dans la reprise et le recyclage de leurs produits. Dans le classement de ce mois de janvier 2010,  Greenpeace souligne que Nokia et Apple ont montré qu’il était possible de produire sans substances toxiques. Sony Ericsson est bon second de classe derrière Nokia… HP fait des progrès. Mais dans le fond de la classe, il y a Nintendo, éternel bonnet d’âne du classement. Tandis que Samsung, bon élève d’autrefois, a été mis au coin pace qu’il n’avait pas respecté ses promesses de retirer pour 2010  des substances telles que pvc et retardateurs de flamme bromés… En tant que consommateur, on peut s’informer avant d’acheter, et choisir le produit mais aussi le fabricant le plus écologique.

Peut-être devrait-on aussi réfléchir à deux fois avant d’acheter un nouvel équipement : on peut allonger la durée de vie de son ordinateur en ajoutant une carte, ou en faisant un entretien régulier, des réparations. Quand on achète, on peut aussi se poser la question du type de besoin réel, et chercher des solutions de seconde main : les réseaux qui le proposent sont de plus en plus performants… Enfin, et c’est essentiel, ne pas oublier de déposer ses appareils usagés dans les parcs à conteneurs ou dans les magasins qui les reprennent. Les appareils périmés peuvent aussi être confiés à des entreprise d’économie sociale, comme Oxfam Solidarité qui remet en état de vieux ordinateurs et leur donne une seconde vie : la réutilisation reste toujours moins énergivore que le recyclage!

Plus d’infos, et le lien vers des entreprises d’économie sociale qui retapent des ordis sur cette fiche du réseau éco-conso.

Enfin, voici deux rétros-dilemmes, c’est à dire deux infos utiles et sympas, pour compléter des sujets déjà traités sur ce blog et ailleurs:

2 astuces pour une informatique plus verte

 

-          Surfer plus vert ? En 2005, la consommation électrique de l’ensemble des serveurs internet présents dans le monde était estimée à 123000 GWh par an, soit l’équivalent d’une quinzaine de centrales nucléaires. L’ensemble des serveurs Google consommeraient à eux seuls 2100 GWh par an, soit environ la production de deux centrales nucléaires. Certains nouveaux moteurs de recherches proposent de compenser les émissions de CO2 des recherches réalisées.  C’est le cas de http://www.ethicle.com/, qui promet de planter 1 arbre pour 100 recherches effectuées via son serveur.

-          Imprimer plus vert : il y a quelques semaines, on vous proposait quelques astuces pour cela, en voici une de plus. L’association de défense de la nature Natagora collecte les  cartouches vides de vos imprimantes ou photocopieurs. Leur vente à des entreprises de recyclage spécialisées permet à Natagora de récolter de l’argent qui sera utilisé pour l’achat des réserves naturelles. Il existe 11 points de collecte en Wallonie. Plus d’infos sur http://www.natagora.be/index.php?id=cartouche

Commentaires4 Comments

  1. cyberfreacks dit :

    Surfer sans CO2 est une grosse arnaque, passez donc ce conseil et pensez à faire durer votre matériel, à le donner à une association pour une seconde vie après la votre.

    Et surtout arrêtez de courir dans le sens des marchands de technologies ! Achetez ce dont vous avez besoin et non pas ce qu’on veux vous faire croire comme étant nécessaire et indispensable.

  2. Isabelle dit :

    Bonjour Cyberfreaks,
    surfer sans CO2 n’est pas une arnaque mais une utopie. A mon sens, choisir un moteur de recherche alternatif n’est peut-être pas une mauvaise idée si on peut contribuer à des projets tels que le reboisement. Il est vrai que le reboisement n’est pas une méthode de réduction de CO2 qui fait l’unanimité auprès des spécialistes (voir la question des puits de carbone que j’ai abordée lors d’une précédente chronique). Mais l’idée que l’argent récolté par un moteur de recherche soit en partie attribué à des projets de développement me parait intéressant. En l’occurence, Ethicle participe au financement d’un projet de replantation de mangrove, un milieu qui a été fortement dégradé ces dernières décennies, et dont dépend une biodiversité unique, mais aussi la vie de populations entières… Comme toujours, il s’agit d’agir avec discernement et de rester critique. Ce n’est pas un miracle, mais c’est déjà ça…

    Enfin, quand vous dites « arrêtez de courir dans le sens des marchands de technologie », je ne vois pas à quoi vous faites allusion. Dans l’article ci-dessus, il est bien mentionné qu’il vaut mieux recourir aux produits de seconde main, et donner une nouvelle vie aux objets dont on n’a plus l’usage… Si j’ai parlé des grandes marques, c’est par rapport au rapport de Greenpeace.

    J’aurais aimé discuter davantage de cela avec vous mais votre adresse email semble défaillante.

    Merci en tout cas pour votre intérêt.

  3. Aurélie dit :

    Bonjour Isabelle,

    Je suis édutiante en journalisme. Je travaille actuellement pour mes cours sur un projet de dossier de presse sur les e-déchets.

    J’aurais souhaité savoir quelles étaient vos sources, notament en ce qui concerne les stats sur le traitement et le recyclage des e-déchets par les pays européens.

    Je me rend compte en vous lisant que votre article balaye une grande partie des points que nous souhaitions aborder. Nous serions ravi d’avoir plus d’informations sur vos recherches.

    Bien à vous,

  4. Isabelle dit :

    Bonjour Aurélie,

    comme indiqué dans l’article, Greenpeace fournit de nombreuses données. Vous pouvez aussi consulter cette page: http://www.mescoursespourlaplanete.com/TrucsVerts/Vie_quotidienne__/Mataeriel_aelectronique_106.html

    Bonnes recherches!

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