Sur l’air des bonbons de Jacques Brel: les fleurs bio/équitables, des pistes pour un bouquet de Saint-Valentin plus durable.

Par · 8 fév 2010

Un bouquet de fleurs de mon jardin

Un bouquet de fleurs de mon jardin

La Saint-Valentin approche, et une nouvelle fois les amoureux vont se ruer chez les fleuristes. Les fleurs, et les roses en particulier restent un symbole fort de l’amour. On a beau savoir que c’est périssable,  on adore en recevoir ! Et on aime tellement cela qu’on a tendance à oublier que les fleurs de nos bouquets sont souvent issues de cultures polluantes!  

En hiver, les fleurs coupées produites en Europe proviennent de serres chauffées à l’aide de combustibles fossiles. Les fleurs qui poussent en serre nécessitent environ 4 fois plus d’énergie que celles qui poussent en plein champ. Selon la saison et le type de fleurs, la production d’une seule fleur à couper peut demander jusqu’à 1,5 litre de pétrole ! Parmi les plus énergivores on retrouve par exemple les œillets, les gerberas, et les roses… Les tulipes ne consomment « que » 0,1l de pétrole par fleur. C’est tout de même 1 litre de pétrole pour une petite botte de 10 tulipes…

 

Mais une grande part des fleurs de nos fleuristes proviennent en outre de pays lointains: 43% des roses européennes viennent du Kenya, 19% d’Equateur, 16% du Zimbabwe, 91% des orchidées viennent de Thaïlande, 71% des glaïeuls sont importés de Colombie (chiffres de 2003)…. Dans 85% des cas, elles arrivent chez nous en avion du Kenya, de la Colombie, d’Inde, d’Afrique du Sud, ce qui signifie là aussi d’importantes émissions de CO2 : 570 à 1580 g d’émissions de CO2 par tonne de rose et par kilomètre parcouru en avion contre 800 g de CO2 par tonne de rose par kilomètre dans un camion réfrigéré… Mais malgré cela, c’est très étonnant, le bilan énergétique d’une rose cultivée au Kenya et transportée en avion reste inférieur de moitié (335g de CO2) à celui d’une rose cultivée dans une serre hollandaise chauffée et éclairée 24h/24 (670 g).

 

Mais il n’y a pas que le CO2 et le pétrole qui comptent dans la vie d’un écolo !-) Le gros point noir de ces fleurs provenant de pays lointains, c’est qu’elles sont cultivées dans des conditions assez pénibles pour les travailleurs… Dans ces pays du Sud, on utilise des pesticides hautement toxiques, dont certains sont interdits chez nous. Ce qui constitue une source de pollution pour l’eau et les sols, mais aussi une source d’intoxication pour les travailleurs qui ne sont pas protégés par un équipement adéquat, et dont en outre les salaires sont terriblement bas. En Colombie, près de Bogota, une étude a mis en évidence que les travailleurs étaient exposés à 127 types de pesticides dont 3 sont classés comme extrêmement dangereux par l’Organisation mondiale de la Santé. Bref, produit dans ces conditions, le bouquet de fleurs ressemble plutôt à un pot aux roses. Il ne sent pas bon !

 

Les amoureux doivent-ils faire une croix sur leur bouquet ? Non. Et pas uniquement parce que ça doit rester un plaisir : l’industrie horticole est une source de revenus importante pour les pays du Sud. Rien qu’au Kenya, elle fait vivre un demi million de personnes. L’idée, c’est de plutôt faire évoluer les conditions de production de ces fleurs vers des méthodes plus respectueuses de l’environnement et des personnes. C’est ce que propose depuis 1998 le Flower Label Program (FLP), un programme qui labellise les fleurs produites selon un cahier des charges rédigé dans le respect de l’environnement et des travailleurs. Sur le site http://www.fairflowersfairplants.com/, on peut trouver les fleuristes qui distribuent des fleurs FLP. Alors, il faut bien le dire, si ce label a un vrai succès en Hollande et en Allemagne, chez nous il est difficile de trouver un fleuriste qui propose ces fleurs. L’une d’entre eux, Birgit Bacherler, installée à LLN après avoir travaillé en Bavière, m’expliquait qu’en Belgique, il était très difficile de se procurer des fleurs FLP via les grossistes…Elle ne parvient plus à s’approvisionner malgré sa volonté de proposer ces fleurs à ses clients. Des fleurs qui sont un petit peu plus chères, mais qui cultivées dans de meilleures conditions, durent aussi plus longtemps !

D’autres pistes pour tenter de réduire l’empreinte écologique des fleurs coupées ? Le site Arena bloemen http://www.arenabloemen.be/ permet de se faire livrer des bouquets labellisés en Belgique ! L’autre piste pour trouver des fleurs plus éthiques, c’est de chercher les roses labellisées Max Havelaar : on en trouve aujourd’hui chez deux grandes enseignes concurrentes, Carrefour et Delhaize.

Mais il ne faut pas pour autant déserter les petites enseignes de fleuristes! Les mentalités doivent encore évoluer chez nous : si en Allemagne et en Hollande ces fleurs sont disponibles, c’est sans doute aussi parce que les consommateurs en font la demande. Un des réflexes à acquérir, lorsqu’on achète des fleurs, c’est d’oser poser la question de la provenance à votre fleuriste.  Cela permettra peut-être une meilleure disponibilité des fleurs  labellisées chez les fleuristes. En Hollande et en Flandre, il existe déjà des fleurs bio, disponibles dans certains magasins. Je n’ai pas encore trouvé de fleuriste bio en Wallonie ou à Bruxelles, avis aux amateurs, il y a peut-être un marché !

Et puis, votre fleuriste de quartier peut aussi vous diriger vers des fleurs locales qui n’ont pas demandé de grosses dépenses énergétiques ou des tonnes d’engrais. Certains proposent des tournesols en été, des chrysanthèmes en automne, et en ce moment, on trouve des fleurs à bulbe qui sont souvent cultivées en plein air une partie de la saison. Les narcisses et les muscaris par exemple peuvent constituer de vrais achats durables : il suffit pour cela de ne pas jeter les bulbes lorsque les fleurs sont fanées :  si on les place en pleine terre, ils se naturalisent et créent la surprise l’année suivante !

 

Une jardinière printanière "maison"
Une jardinière printanière « maison »

Les plantes en pot sont une alternative de plus pour des fleurs à plus faible empreinte écologique. Les organisateurs des Jeux Olympiques de 2012 à Londres ont d’ailleurs proposéde remplacer les bouquets de fleurs coupées traditionnellement offerts aux médaillés par des plantes en pots produites localement. Plus qu’une anecdote c’est espérons-le un exemple qui sera suivi dans d’autres manifestations… Et dont on peut s’inspirer en tant que particulier aussi !  Attention toutefois au choix des plantes, ici aussi : la furie des orchidées dont certaines ont été bourrées d’engrais pour accélérer leur croissance n’a pas beaucoup de sens.  Par contre, si on s’achète un hortensia, on peut sans problème le replanter dans son jardin ou en gros pot, et on en a pour des années de plaisir !

Commentaires5 Comments

  1. Margit Meyer dit :

    Bonjour, je ne vais pas sur Facebook ni sur Twitter, mais je voudrais promouvoir les fleurs équitables dans notre région, la région germanophone en Belgique. Je suis membre de FIAN qui a créé le label FLP.

    Pouvez-vous nous donner une aide quelconque? Le problème pour les fleuristes est naturellement de se procurer ces fleurs.

    Merci pour tout renseignement utile
    Margit Meyer
    Eupen

  2. Isabelle dit :

    Bonjour Margit,
    excusez-moi d’avoir tardé un peu à vous répondre…
    En tant que membre du FIAN, ne pouvez-vous justement demander au FIAN de lancer un programme qui faciliterait l’accès des fleuristes aux fleurs labellisées FLP?

    Je pense que nombre d’entre eux seraient intéressés d’avoir accès à ces fleurs, mais qu’il faut qu’ils soient nombreux pour que les grossistes veuillent bien se lancer dans ce domaine…

    N’hésitez pas à reprendre contact avec moi via l’adresse info(at)madamenature.be!

  3. Très intéressant votre article sur les fleurs écolo, c’est vrai que lorsqu’on se rend chez un fleuriste pour acheter des fleurs, on ne se pose pas forcément la question de leur provenance ! Je vous remercie pour le site qui propose des fleuriste au label « FFP » et j’ai vu qu’il y avait des distributeurs fleuristes dans le monde entier, et notamment en France où je réside. Il y en a pas mal sur Paris, je vais donc repérer les adresses, merci beaucoup pour l’info Madame nature et à bientôt ! Marie-Laure

  4. Margit Meyer dit :

    Voilà, notre action de promotion des fleurs équitables en région germanophone (Belgique) est terminée. Quatre fleuristes se sont dit d’accord pour se procurer ces fleurs et les vendre, car elles ne sont pas olus chères que les autres. Un problème rencontré, c’est que le grossiste (Arena) ne sait pas lui-même qu’il vend ces fleurs labellisées. Je suppose qu’ elles lui ont plu à la criée, que le prix était acceptable… et il les a achetés. La fleuriste qui voudrait s’en procurer doit essayer de les repérer parmi tous les bouquets proposés.
    Il reste du travail sur la planche, mais cela vaut le coup! Nous avons reçu début octobre deux dames ougandaises travaillant dans la floriculture et qui nous ont parlé e.a. des problèmes de santé provoqués par les pesticides quand les ouvrières ne sont pas protégées. Il y a même eu un décès en janvier de cette année, dû à un accident chimique.

  5. Darras dit :

    j’ai un remède contre l’impact écologique des fleurs coupées : http://www.art-renouvelable.com

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