Sport et environnement: quoi de neuf?

Par · 22 oct 2010

sport et environnementLes grands événements sportifs tels que les J.O. ont pris conscience de leurs enjeux environnementaux… et doucement, l’ensemble du milieu sportif tente d’alléger son empreinte écologique. Ce vendredi dans Nuwa, on évoquait quelques innovations technologiques mais aussi éthiques et pratiques pour combiner esprit sain, corps sain… et environnement sain! Podcast en ligne!

 

On construit des terrains de sport, on fabrique du matériel et des vêtements adaptés aux différentes disciplines : tout cela génère des consommations de ressources naturelles, des émissions de carbone, et des dépenses énergétiques… Et pourtant, a priori faire du sport, c’est juste bouger, et dépenser de l’énergie… Certains se sont même mis à rêver que l’on puisse récupérer et valoriser cette énergie. En 2003, l’éco-designer Thierry Kazazian publiait dans son livre « Il y aura l’âge des choses légères » l’idée d’un club de sport qui générerait de l’électricité en récupérant l’énergie renouvelable et gratuite des vélos, tapis de courses, et autres appareils de fitness ! En 2007, le Wall Street Journal relatait l’expérience née au sein d’un club de Hong-Kong : les 13 machines de cette salle, équipées d’un générateur, avaient produit environ 300 watts – ce qui équivaut à l’alimentation de  3 téléviseurs, 5 ampoules de 60 watts ou plusieurs centaines de baladeurs électroniques… Cela ne couvrait pas pour autant les besoins en énergie de la salle, ni l’investissement réalisé pour cette expérience, mais au moins cette énergie n’était pas perdue et les sportifs adoraient l’idée… Aujourd’hui, en Oregon, l’entreprise de fitness Green Microgym est une enseigne de fitness bâtie sur ce principe : en 2009, en combinant récupération de l’énergie des sportifs et panneaux photovoltaïques, l’entreprise a généré 36% de sa consommation électrique. Elle a en outre économisé 85% d’électricité par rapport à des fitness conventionnels, et diminué de 60% sdes émissions de carbone grâce à son matériel éco-conçu et une démarche cohérente à laquelle elle incite les sportifs…

 

Ça fait rêver ! Malheureusement, à ma connaissance, on ne trouve pas encore ce type de salle de gym chez en Belgique... Par contre, ce qu’il est intéressant de savoir c’est que si le sport individuel a un impact sur l’environnement, ce sont surtout les grands événements sportifs qui pèsent dans la balance. Au travers de ceux-ci, on s’aperçoit que le sport est devenu aujourd’hui plus qu’un loisir : c’est aussi un métier pour certains, et un secteur économique à part entière, à la croisée du spectacle, parfois aussi du tourisme et souvent tout simplement du commerce et de l’industrie… Les JO par exemple, nécessitent la réalisation de grands travaux sur plusieurs années. La création d’infrastructures, d’équipements, de complexes d’hébergement occasionne une exploitation intensive des ressources naturelles…et dégrade parfois l’environnement ! Tout cela pour à peine quelques semaines d’activités ! En 2006, les 20e Jeux Olympiques d’hiver à Torino ont été la première grande manifestation sportive en Europe qui prenait conscience de son impact écologique et tentait de l’adoucir. A Vancouver, en 2010, les JO ont continué sur cette voie au travers de la construction de bâtiments écoconçus et durables, d’une flotte de bus à hydrogène, et même de médailles réalisées en partie à base de matériaux recyclés provenant d’appareils électroniques inutilisables.

Les JO de Pékin ont été critiqués pour la pollution atmosphérique générée par leurs travaux préparatoires.

Pour les Jeux de 2012 qui auront lieu à Londres, les organisateurs se sont engagés à utiliser des sites déjà existants lorsque cela était possible ; à ne construire des structures permanentes que dans la mesure où elles trouveraient une utilisation après les Jeux ; et enfin à construire des structures temporaires dans tous les autres cas. Le stade olympique devrait ainsi être recyclable : sa structure boulonnée plutôt que soudée, sera partiellement démontée à la fin des Jeux. La ville pourra ainsi conserver un stade de taille moyenne tandis que 55 000 des 80 000 sièges pourront être expédiés vers d’autres villes. Par ailleurs, l’enveloppe de la structure sera créée à base de polymères recyclables et de chanvre. Et puis, c’est une société belge, Factor X, qui a été chargée de mettre en place la stratégie climatique de ces prochains JO.

Factor-X est  un bureau de conseil en stratégie climatique et développement durable à destination des entreprises et des pouvoirs publics, créé début 2007. Selon son fondateur, Frédéric Chomé, ce type d’événement sportif exceptionnel repose sur 2 gros piliers d’ émissions de GAES : d’une part l’économie drainée par le sport via le marchandising, les marques ; et d’autre part les déplacements, ainsi que les infrastructures… Comme d’autres événements majeurs du sport, les JO suscitent toujours des innovations technologiques, par exemple dans le domaine de la télé, comme avec la 3D lors de la coupe du monde. Des ventes supplémentaires sont générées par ces innovations. Le challenge consiste à faire en sorte que cette nouvelle production soit plus écologique, et qu’elle soit l’occasion  de promouvoir des éco-produits… Or,  ce genre d’événements étant toujours des partenariats public-privé, les politiques disposent là d’un vrai un vrai levier pour inciter les marques et les produits à évoluer vers davantage de valeur environnementale ajoutée.

Vous avez aussi parlé des transports : il n’est pas rare en effet qu’on prenne sa voiture pour se rendre à la salle de sport, ou même que l’on parcoure de nombreux kilomètres en avion pour assouvir ses désirs sportifs !

Factor-X a aussi été amené à calculer les émissions d’un projet de golf écologique à Ragnies, près de Thuin… Et ce sont effectivement à nouveau les transports qui sont apparus comme le point noir de cette activité. Mais les promoteurs du projet réfléchissent à la mise en place d’un système qui inciterait les golfeurs au covoiturage, par exemple en offrant les meilleures heures de départ sur le parcours aux golfeurs qui adoptent cette démarche…

Un golf écologique, ça existe vraiment ? A priori, un golf c’est beaucoup d’autres impacts environnementaux que des émissions de carbone.

Les terrains de golf peuvent occuper jusqu’à 60 hectares de terrain, or l’entretien du gazon demande une concentration en engrais 6 fois supérieure à celle utilisée sur des terres agricoles et jusqu’à 9,5 milliards de litres d’eau chaque année (soit, pour un terrain de 40 hectares, une consommation qui couvrirait les besoins annuels d’une collectivité de plus de 7000 habitants) (Source Mes Courses pour la Planète). Mais les clubs sont de plus en plus nombreux à tenter de rendre leur green vraiment vert. Il en va ainsi du Golf de Ragnies, que je viens d’évoquer, et qui ouvrira début novembre. Sur ses 50 hectares, il y a notamment des plantations de miscanthus, une plante qui alimentera la chaudière à biomasse du futur club house… 30 hectares sont engazonnés, dont une partie avec du micro-trèfle, un engrais naturel. La récupération des eaux de drainage dans une citerne de 650 m3 alimente en partie l’arrosage du terrain, via un système qui permet d’injecter les engrais et oligo-éléments en micro-doses. Si le club continue à utiliser des herbicides, il tente de le faire de façon raisonnée. Ce projet prévoit en outre dès cet hiver la plantation d’un verger conservatoire…

Bien, mais tout le monde ne joue pas au golf! Que peut-on faire en tant que simple sportif du dimanche ?

Bien sûr, les choix des consommateurs comptent aussi. On voit tout doucement apparaître du matériel sportif écologique, mais il faut bien dire que c’est encore rare, surtout dans un domaine où on pousse toujours plus loin les innovations, avec des matières techniques par exemple, l’intégration de nano-matériaux, on en reparlera un jour car c’est un sujet à part entière. Ceci dit, le site Ecoloinfo publiait justement cette semaine un article très intéressant sur le sujet des vêtements sportifs. On y lit que « Si certaines marques comme Patagonia utilisent des matières naturelles peu transformées, les matières synthétiques restent prépondérantes dans les offres proposées. On assiste toutefois à un retour aux matières naturelles comme la laine (mérinos notamment). »  L’auteur explique aussi que «  le synthétique n’est pas systématiquement une hérésie. Comme bien souvent, l’histoire n’est pas aussi simple avec les méchants synthétiques d’un côté et les gentils naturels de l’autre…» Il cite la marque française Jingo qui a conçu et fabriqué un textile alliant une fibre synthétique thermorégulatrice intitulée BeCool et 70% de coton biologique. En tirant le meilleur parti des deux matières, les inventeurs ont créé une matière qu’ils veulent durable à plusieurs titre : à la fois performante pour les sportifs, et  douce pour la planète. Je vous invite à découvrir cet article très intéressant et de sa réflexion sur la délocalisation de la fabrication des produits sportifs… L’auteur, Laurent Pouchoy, mène aussi un projet très intéressant intitulé Le cri du renne, un projet qui mêle sport, nature et développement durable.  Sur son site, http://www.lecridurenne.fr/), on trouve le premier n° d’ un magazine intitulé « Le globule vert », entièrement dédié à cette question… Parmi les rubriques à épingler, il y a une fiche recyclage à la mode “Do it yourself”, avec la réalisation d’ un sac de courses à partir d’un t-shirt de sport

Recycler son matériel de sport, outre les vêtements, c’est possible aussi ?

Le matériel sportif, souvent fabriqué en aluminium, en plastique et autres matériaux composites constitue un réel problème environnemental tant lors de la fabrication qu’ en fin de vie. Si on pratique un sport occasionnellement, mieux vaut donc le louer que l’acquérir…
Mais on peut aussi l’acheter d’occasion. Il y a pour cela bien sûr les sites de vente comme Ebay mais aussi de don comme Freecycle, un réseau gratuit qui compte plus de 4 millions de membres dans le monde et qui propose depuis 2003 d’alléger les décharges des « objets abandonnés bien qu’encore utiles », parmi lesquels on trouve souvent du matériel sportif. Un jeune bruxellois a aussi créé en 2009 un dépôt-vente spécialisé dans le matériel sportif. Situé à Ixelles près de la place Flagey, le magasin  (Sport Troc, 12 avenue Gustave Biot, 1050 Ixelles ) regorge de tous types de matériel sportif : golf, vélo, plongée, ski, foot, tennis, équitation, hockey, planche à voile… Des objets qui proviennent soit de fins de stock soit du grenier de particuliers mais toujours en excellent état! Pour ma part, pas question de me débarasser de mes chaussures de marche! En voilà, un sport écolo! Une bonne rando ou une petite promenade, c’est ce que je vous souhaite pour ce week end!

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