Rétro-écodilemme

Par · 3 sept 2010

retrodilemmeNuwa reprend en version hebdo, chaque vendredi de 14 à 16h, sur La Première! La chronique écodilemme sera au rendez-vous en 2e partie d’émission… Pour la rentrée, ce vendredi, je vous proposais de jeter un œil dans le rétroviseur !

Pendant les vacances en effet, l’actu environnementale ne s’est pas arrêtée… Certains sujets déjà traités dans l’émission et sur ce blog ont connu quelques rebondissements. Le bisphénol A notamment a défrayé la chronique cet été. En février dernier déjà, nous faisions le point sur cette substance présente dans certains plastiques alimentaires, et particulièrement dans les biberons… Accusé d’être un perturbateur endocrinien, ce composé chimique de synthèse a été interdit d’utilisation dans la fabrication des biberons au Canada, et depuis cet été, en France. Le voici qui revient en force… à la caisse ! Une nouvelle étude menée par une ONG américaine, l’Environmental Working Group, a en effet rapporté, le 10 août dernier, que la substance chimique se retrouverait dans 40%  des tickets de caisse de émis aux USA. La substance serait en fait présente dans l’encre de certains papiers thermiques utilisés pour imprimer les petites notes des magasins, des distributeurs de billets ou encore des bornes de paiement de parking.

On mange rarement son ticket de caisse…Mais disons qu’il y a deux choses importantes que cette étude révèle : d’abord, les auteurs de l’enquête estiment que les tickets de caisse pourraient contenir jusqu’à 12 fois la dose journalière tolérable pour un adulte. Ensuite, même si en effet on ne les mange pas, cela vient confirmer que les sources d’exposition sont multiples, et que c’est sans doute l’accumulation de ces sources qui pose problème.

Comment peut-on être sûrs que ce phénomène ne se limite pas aux USA, où a eu lieu l’enquête ? Le journal « Le Parisien » a contacté le groupe de grande distribution Carrefour pour lui demander si ce type de papier au bisphénol était utilisé en France, et l’enseigne a confirmé. « Il y a bien du BPA dans nos tickets de caisse, c’est un problème qui concerne toute la distribution et les services dans le monde », relativise la chaîne… Maigre consolation que de savoir que le problème est mondial…Cela se confirme en ce qui concerne les analyses de sang réalisées d’un côté à l’autre de l’Atlantique. Début août, une étude révélait que 90% des Canadiens étaient porteurs de cette substance chimique dans leur sang. En France, quelques jours plus tard, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a déclaré que les Français avaient dans le sang un taux de bisphénol A comparable à celui observé dans d’autres pays, c’est à dire environ 1 microgramme… Ce qui reste bien moins que le niveau d’imprégnation tolérable fixé par l‘Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) fixe à 50 microgrammes par kilo de poids corporel. Mais on peut rappeler que ce chiffre est contesté par certains qui pressentent que le bisphénol A peut avoir des effets à bien moindre dose.

Pour prévenir plutôt que guérir, peut-être devrait-on arrêter de passer à la caisse ?! Plus sérieusement, le ticket de caisse semble être une voie secondaire de contamination. Ce qui compte surtout, c’est d’éviter les contenants alimentaires qui en renferment… On en trouve dans les cannettes, les conserves, les fontaines à eau, les biberons (mais de moins en moins) et d’autres plastiques alimentaires. Ces derniers sont les plus faciles à repérer : ils portent en général un sigle triangulaire contenant un chiffre qui indique de quel type de plastique il s’agit. Les polycarbonates, famille de plastiques qui peut contenir du BPA, font partie de la famille 7… Mieux vaut donc éviter les plastiques dont le triangle mentionne ce chiffre ou les lettres PC. Et si vous vous en servez quand même, évitez à tout prix de les chauffer, car la température favorise la migration du bisphénol dans la nourriture. Prenez soin aussi de les jeter dès qu’ils montrent des signes d’usure…

 

Ces derniers mois, il a aussi beaucoup été question d’huile de palme…Souvenez-vous : en mars dernier, je vous parlais de cette campagne de Greenpeace orchestrée principalement sur le web. Un clip vidéo y montrait une barre chocolatée au nom célèbre, produit phare de Nestlé riche en huile de palme, sous la forme d’un doigt sanguinolent d’orang-outan, une espèce menacée d’extinction par la déforestation. Le lendemain du lancement de la campagne, Nestlé avait fait retirer la vidéo du site Youtube, brandissant le droit de propriété intellectuelle. Mais de nombreux internautes adeptes de la culture libre ont considéré cette interprétation du droit d’auteur comme abusive… Sans le savoir, Nestlé a ainsi mis le feu aux poudres du web : en quelques jours, les activistes du net  ont diffusé le clip licencieux sur des milliers de pages et donc augmenté très rapidement la visibilité de cette campagne. La page Facebook du groupe Nestlé a ainsi été brusquement prise d’assaut. Bref, c’est un véritable buzz qui s’est créé, buzz grâce auquel la campagne est sortie du web pour atteindre les médias de masse, allant jusqu’à faire les gros titres de la chaîne américaine CNN.

Il y a des résultats à la clé: le groupe Nestlé, leader mondial de l’alimentation a annoncé en mars renoncer à son fournisseur en huile de palme Smart, filiale de la holding indonésienne Sinar Mas. La société suisse a par la suite déclaré vouloir « mettre en place une politique de lutte systématique contre la déforestation, visant à identifier et à totalement exclure les sociétés propriétaires ou gestionnaires de plantations à risque d’ici 2015″. Le géant français Carrefour, 2e groupe mondial de la distribution, a quant à lui annoncé le 7 juillet dernier renoncer à se fournir pour ses emballages auprès du papetier indonésien APP (Asian Pulp and Paper), un jour après la publication d’un communiqué de presse par Greenpeace. D’autres sociétés ont fait des déclarations similaires. Les spécialistes parlent d’une véritable web-guérilla, outil de pression efficace s’il en est, puisque le 29 juillet dernier, Greenpeace publiait des photos montrant des engins de chantier du groupe Sinar Mas en pleine activité dans les forêts de Bornéo, malgré la promesse du groupe de cesser tout déboisement au 1er juillet. Il semble que les nouveaux combats environnementaux doivent compter avec ce nouvel outil de mobilisation qu’est internet, et en particulier sur les réseaux sociaux…

Les informations voyagent vite aujourd’hui, grâce notamment aux internautes. Mais les choses bougent aussi en dehors du monde virtuel. Cette information plaira à ceux qui voudraient offrir des fleurs aux web-guerilleros… Des fleurs bien réelles, celles-ci, et à l’empreinte écologique réduite par rapport aux bouquets qui nous proviennent souvent des pays du Sud. Aux alentours de la Saint-Valentin, j’avais évoqué la difficulté de se procurer des fleurs écologiques, équitables, locales… Depuis cet été, à Waremme, un champ de fleurs est ouvert en self service ! On y trouve encore des tournesols, glaïeuls et dahlias à couper soi-même pour une modique somme. L’initiative a séduit dans la région. Peut-être fera-t-elle des émules ?

Le lait cru fait aussi beaucoup parler de lui en ce moment. Il réapparaît en effet dans des distributeurs, mais aussi dans les rayons des supermarchés, en sachet par exemple… Dans la dernière revue Valériane de Nature et Progrès, une chercheuse de l’INRA (Institut National de Recherche Agronomique, en France) fait le point sur les bienfaits scientifiquement observés du lait cru : pour Marie-Christine Montel, la consommation de lait cru constitue une barrière vis à vis des pathogènes. Selon la chercheuse, pour qu’un système immunitaire fonctionne bien, il vaut mieux qu’il ait été mis en contact très tôt avec un maximum de germes. Je vous invite aussi à pocaster la séquenc interactive de Nuwa consacrée à ce thème, avec la participation notamment de Taty Lauwers, notre Miss Marple de la nutrition!

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