Récoltez et vous sèmerez!

Par · 26 août 2013

Récolter soi-même ses semences, c’est réaliser des économies dans le budget jardinage, mais aussi, au-delà de la satisfaction personnelle, un acte éthique : une façon de participer à la préservation de la biodiversité.La plupart des graines que l’on trouve dans le commerce sont des hybrides F1, c’est à dire le résultat de première génération d’un croisement entre deux variétés différentes réalisé pour obtenir un rendent supérieur et des qualités et caractéristiques standardisées. Pour maintenir la biodiversité grâce aux infimes variations que subit une espèce en s’adaptant à ses conditions de vie et de culture, il peut être intéressant de réaliser ses propres semences. Pour entamer cette démarche, on peut échanger des semences, ou se procurer des semences traditionnelles ou paysannes. En choisissant ces graines, vous participerez au maintien d’infimes variations au sein d’une espèce, or celles-ci sont le qui gage du maintien de cette espèce dans le temps… Mais si récolter puis planter ses propres semences est un acte citoyen et éthique, c’est avant tout le plaisir de faire les choses soi-même de A à Z, et de redécouvrir une certaine autonomie.

 

Les règles de base

Le principe est assez simple : la récolte se fait soit en laissant monter en graines certaines plantes (tels que les salades ou radis), soit en prélevant les graines sur les fruits bien mûrs des tomates, concombres, et autres courges et courgettes… Les plantes annuelles, qui terminent leur cycle en une seule année, donnent donc des graines cette année-là, en général après l’été. Les plantes bisannuelles ne fleurissent et ne donnent de semences que l’année suivant leur plantation : pour produire des semences, beaucoup de légumes « racines » devront donc souvent passer l’hiver en cave s’ils craignent le gel, et être repiqués au printemps, pour donner enfin des graines.

Pour éviter l’hybridation naturelle, d’espèces comme les cucurbitacées, crucifères, et ombellifères notamment, qui peut donner à la génération suivante quelques drôles de surprises, il est préférable de faire pousser les différentes variétés en des endroits différents, ou à des distances suffisamment espacées, ce qui n’est pas toujours évident, si on a un petit jardin.

La récolte doit avoir lieu à complète maturité des graines, mais avant qu’elles ne tombent d’elles mêmes et ne se disséminent dans la nature. Cueillez-les quand leur couleur tourne au brun foncé. Un truc ? Placez un sachet en papier autour du fruit pour recueillir les graines qui s’en échappent.

Les semences doivent ensuite être séchées convenablement : on peut les disposer pour cela à l’ombre, sur du papier ou du tissu. Certaines plantes peuvent être cueillies entières et séchées suspendues à l’envers à la façon des bouquets secs.

Quand elles sont parfaitement sèches, les graines doivent ensuite être stockées au frais et au sec, dans des bocaux de verres fermés d’un couvercle étanche, ou dans des enveloppes ou sachets papier ou kraft, à condition qu’on soit sûr qu’elles ne peuvent prendront pas l’humidité de l’endroit de stockage.

 

 

 

 

 

Récolter les semences des fleurs

Les graines abondantes des annuelles et bisanuelles sont assez faciles à récolter et à ressemer : capucines, soucis, delphiniums annuels, giroflées, pavots de Californie, campanules à fleur de pêcher, myosotis, grandes camomilles, mauves, monnaie-du-pape, roses trémières, etc. Mais attention : les semis donneront souvent des fleurs plus proches du type sauvage. Pour obtenir une plante identique à celle d’origine, mieux vaut recourir au bouturage, marcottage ou à la division.

Certaines vivaces peuvent aussi se multiplier assez facilement par semis : anthémis, marguerite, rudbeckia, lupin, pavots d’Orient ou d’Islande, sauge bleue, salicaire, ancolies… Les primevères, phlox, piéris, géraniums vivaces demandent plus d’attention, tandis que pour les hémérocalles, pivoines et rosiers, mieux vaut préférer d’autres méthodes de multiplication.

 

 

Les petites graines du potager

Tous les légumes-fruits donnent également une semence dans l’année : tomates, potirons, piments, aubergines, poivrons, pois, haricots, fèves, cornichons, concombres, courgettes, potirons,…

Les salades, les choux-fleurs et brocolis, le pourpier, et l’épinard, parmi d’autres légumes à feuilles, « montent en graines » naturellement : il suffit de les laisser faire… Tout en restant attentifs : si on laisse passer la récolte, les semis spontanés colonisent rapidement les alentours !

Les légumes-fruits que l’on consomme mûrs (tels que les tomates, poivrons, potirons…), il suffit de récolter les graines à l’épluchage. Si vous êtes forcé de récolter certains fruits avant maturité, parce que les premiers gels menacent par exemple, laissez-les achever leur mûrissement sur un appui de fenêtre. Pour débarrasser ces graines de la chair du fruit, il est parfois nécessaire de les frotter sous l’eau contre le tamis d’une passoire.

Les légumineuses (pois, fèves et haricots) peuvent être récoltés en vert, c’est-à-dire avant la maturité des graines. Mais pour obtenir de bonnes semences, mieux vaut attendre que les cosses prennent une allure parcheminées, vers la fin de l’été…

On peut consacrer un coin du jardin aux montées en graine plus lentes des légumes à floraison bisannuelle (radis, navets, choux, oignons, ails, poireaux, scorsonères, carottes, panais).

 

Et les fruitiers ?

La plupart des fruitiers se reproduisent difficilement par semis. On trouve de rares exceptions parmi les fruits à noyaux, avec les mirabelles et certaines prunes qui peuvent donner de beaux arbres. Plus la variété est de type sauvage ou ancienne, plus on a de chances de succès. C’est la raison pour laquelle les petits fruitiers tels que groseilles, cassis, myrtilles, framboises ou fraises, issus d’une très longue sélection, ne donnent que très rarement un résultat satisfaisant. Lorsqu’on plante leurs semences, c’est le type sauvage qui risque de ressortir, et les fruits sont alors plus petits, moins juteux, moins goûteux… Enfin, un petit rappel, si vous êtes pris par la passion de la récolte : évitez à tout prix de prélever les fleurs, bulbes et autres racines des plantes sauvages. Choisissez plutôt de récolter dans le jardin d’un ami… et échangez ! Cela fait partie du plaisir des récoltes maison !

Quelques trucs pour la tomate

  • Cette astuce convient aussi à la récolte des graines de poivrons et de piments: une fois les graines rincées dans une passoire, on les étale sur un papier essuie-tout en les espaçant bien puis on les laisse sécher à l’air libre. Lorsque les graines et le feuillet sont secs, il suffit de plier le papier et de le ranger dans un endroit sec pour attendre les semis de printemps : vous disposerez alors d’un véritable tapis de graines !
  • Pour enlever la gelée protectrice des graines de tomate, certains conseillent de les laisser fermenter plusieurs jours. Pour plus de rapidité, on peut les plonger dans un verre d’eau dans lequel on aura fait fondre quelques cristaux de soude, et laisser reposer une nuit. Les bonnes graines auront alors coulé au fond du verre tandis que les autres flotteront.
  • Une autre technique consiste à enterrer une tomate mûre dans un pot de terreau bien sec. On conserve le tout à la cave, et ne le ressort qu’ au printemps. Dès qu’on l’arrose alors, le taux de germination s’avère excellent…Au point qu’il faudra ensuite éclaircir !

 

Des adresses pour se procurer des semences reproductibles

  • Semailles, rue du Sabotier, 16B – 5340 Faulx les Tombes, Tel. 081/57.02.97, www.semaille.com
  • Kokopelli, rue Fontena, 1 B-5374 Maffe (Havelange), Tel. 086/ 323172, www.kokopelli-be.com

 

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Commentaires2 Comments

  1. Dcembre dit :

    Merci pour cet excellent article. Je ferai suivre…

  2. Franck dit :

    Merci pour cet article qui permet à tout novice de débuter cet acte éthique… Franck du Potager en Lasagne

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