Quels poissons consommer pour éviter de vider les océans?

Par · 4 nov 2011


Comment consommer du poisson de façon éco-responsable.  Je revenais sur ce dilemme dans Nuwa (La Première, RTBF),  avec quelques pistes supplémentaires…

Il est vrai que la raréfaction des ressources halieutiques, c’est à dire de la pêche en mer, et la pollution que concentrent aujourd’hui certains poissons sont régulièrement abordés dans les médias. Pas plus tard que la semaine dernière, dans l’émission Bientôt à table, Sophie Moens et Carlo de Pascale avaient pour invité un chef qui a décidé de ne plus mettre certains poissons sur sa carte… L’initiative mérite d’être soulignée, mais elle est encore rare chez nous… En France , depuis 2010, de nombreux grands chefs français ont décidé de ne plus proposer de thon rouge dans leurs restaurants pour lutter contre la surpêche. Chez nous, jusqu’à présent, il n’y avait pas grand chose comme initiative de ce type. Ceci dit, si vous connaissez des restaurants belges qui se sont engagés dans cette voie, j’en tiendrai volontiers une liste ouverte sur le blog…

Par contre, je voulais vous parler d’une autre initiative, belge cette fois…

C’est la maison d’édition belge Amyris qui vient d’éditer un petit livre qui apporte une mine de connaissances et de pistes pratiques pour consommer le poisson de façon responsable. Il s’agit du livre « Les poissons. Consommons durable », de Dominique Viel. On y apprend notamment qu’en 2009, la production mondiale de poissons a atteint 145 millions de tonnes. Le poisson représente environ 15% de nos apports en protéines animales. Et si la pêche en mer est en régression, elle représente encore 90 millions de tonnes contre 55 millions de tonnes pour l’aquaculture. Et puis Corinne, saviez-vous que là aussi la Chine est un acteur de premier plan ? Elle fournit un tiers de la production globale et 60% de l’aquaculture…

C’est d’autant plus difficile pour le consommateur de concilier les contraintes de santé et d’environnement pour choisir un poisson de façon à pouvoir en manger encore longtemps…

Parlons d’abord santé : d’un côté, on nous répète que le poisson est bénéfique pour la santé, car il nous apporte des protéines et d’autres nutriments comme le fameux phosphore, l’iode, le fluor, ou encore les omegas 3 en ce qui concerne les poissons gras. Mais de l’autre, cette consommation de poissons fait revenir à nous tous les polluants que nous déversons en mer. Les poissons gras en particulier, ceux d’eau douce comme les anguilles présentent des taux particulièrement élevés de dioxines et pcb concentrés dans leur chair et leur graisse. Les poissons prédateurs qui sont en haut de la chaine alimentaire, comme les saumons, les thons, les espadons, contiennent quant à eux désormais aussi du mercure, qui se retrouve aussi à l’état de traces chez toutes les autres espèces… Tout cela sans parler d’autres toxiques qui émergent aujourd’hui en mer : bisphénol A, résidus médicamenteux…

On en est d’ailleurs au point où l’on conseille aux femmes enceintes de ne pas manger plus de 150 g par semaine de thon ou d’autres poissons prédateurs…

Il en va de même pour les femmes allaitantes et les enfants de moins de 30 mois… Pour l’ensemble de la population, on recommande aussi de ne pas manger de poissons plus de 2 fois par semaine et de varier les espèces et provenances. Deux trucs pour vous aider : vous pouvez remplacer l’apport en omegas 3 des poissons gras par la consommation de noix ou d’huile de lin, par exemple, opter aussi pour des protéines végétales (comme celles des lentilles), et si vous consommez du poisson, choisissez-le si possible à écailles : c’est là et dans le foie que se concentrent les polluants, vous en éviterez donc une partie en ne mangeant pas ces parties du poisson…

Tout cela c’est pour l’aspect santé, mais le choix se complique encore si on veut éviter de détruire les écosystèmes des mers et océans.

Certains prédisent océans vides d’ici 2050 si on ne réforme pas sérieusement la pêche d’ici là. La disparition de la morue de Terre-Neuve dans les années 1970 a été le premier coup de semonce de ce qui pourrait arriver bientôt ailleurs à d’autres espèces. Il y a bien des réglementations, mais non seulement elles sont difficiles à négocier au niveau mondial, et il est surtout difficile d’en surveiller le respect : la pêche illégale représenterait environ 20% de la production ! Aujourd’hui, on estime que plus de la moitié des stocks de poissons sauvages surveillés sont exploités sans marge d’extension et qu’un tiers des stocks sont surexploités ou épuisés…

On dit souvent qu’une des façons de consommer du poisson de façon durable, c’est de l’acheter en respectant les saisons.

C’est vrai et faux. Si le stock est fragilisé, quelle que soit la période de pêche et même si elle a lieu en dehors de la période de reproduction, elle lui porte gravement atteinte. Ce qui importe plus, c’est d’acheter des animaux adultes, qui ont déjà pu se reproduire, et en ce sens, un critère qui compte davantage est la taille du poisson.

Les méthodes de pêche sont aussi importantes, mais il est difficile souvent de les connaître…

Depuis 2002, en Europe, l’étiquette du poisson doit donner non seulement le nom commercial de l’espèce, sa zone de capture ou son pays d’élevage, et la méthode de production çad « pêché en mer » ou « pêché en eau douce » ou « issu de l’élevage ». Malheureusement, elles n ’indiquent pas la technique de pêche. Or la technique la plus courante qui est le chalutage endommage les fonds marins puisqu’il s’agit en quelque sorte de les ratisser avec un immense filet lourdement lesté. Cette technique occasionne de nombreuses prises dites accessoires, des poissons qui ne sont pas destinés à la vente et qui seront rejetés à l’eau, morts la plupart du temps ou en tout cas sans espoir de survie. Selon la Commission européenne, ces rejets peuvent atteindre 30 à 70% des prises !

Est-ce que le poisson d’élevage est une solution ?

Malheureusement, l’élevage a d’autres défauts, un peu comme ceux de l’élevage industriel de porcs ou de poulets : les déjections des poissons polluent l’eau de mer autour des fermes d’aquaculture, et on donne aux poissons des antibiotiques et des hormones pour pallier la grande concentration d’animaux et les maladies générées par cette proximité, des substances qui se retrouvent dans leur chair et dans leur environnement. Et puis on doit nourrir ces poissons, et pour ceux qui sont carnivores, il faut évidemment de grandes quantités de poissons sauvages… Le serpent ou l’anguille se mord la queue, oserai-on dire… Tous ces désagréments sont toutefois limités dans les élevages certifiés bio.

Et puis, pour finir ce tableau noir, la pêche génère aussi une autre pollution, via les immenses trajets que font certains poissons avant de parvenir dans votre assiette…

Pour éviter cela, on conseille d’acheter du poisson local, pour éviter le transport, et puis si possible issu de pêcheries artisanales, moins polluantes que les pêcheries industrielles. Il est bon aussi de savoir que certaines pêches occasionnent plus de rejets que d’autres : c’est le cas de la pêche à la crevette rose ou celle à la morue… Par contre, on peut choisir des espèces qui sont des prises accessoires mais sont tout de même commercialisées comme la limande… En apprenant à goûter d’autres types de poissons, moins connus, on participe aussi à l’amélioration du système, puisque ce poisson valorisé risque moins d’être rejeté en mer considéré comme une pêche accessoire.

D’autres conseils pour consommer du poisson de façon durable ?

Acheter du poisson labellisé MSC (Marine Stewardship Council), un label créé notamment par le WWF, mais aussi par Unilever, et qui ndique que le poisson est attrapé légalement, qu’il ne provient pas d’une espèce menacée, et que la gestion de la pêcherie est responsable… Ou lorsque c’est du poisson d’élevage, choisir des espèces herbivores et si possible issues d’une aquaculture bio. Eviter en tout cas de consommer des bâtonnets de poissons lorsqu’ils ne portent pas ces labels , car ils sont souvent issus de la pêche illégale… Et puis si vous voulez en savoir plus et vous y retrouver au moment des courses, n’hésitez pas à glisser ce petit livre en poche, ou alors une des brochures sur ce thème éditées par le WWF ou Greenpeace.

Quelques exemples?

-Le cabillaud de l’atlantique a un feu vert pour la consommation lorsqu’il fait plus de 35 cm et provient d’arctique du NE, de Baltique Est, d’Islande; feu orange depuis l’Ouest de la Baltique, les îles Féroé, l’élevage en Norvège, Ecosse; et rouge lorqu’il provient d’ailleurs.

-Bonne nouvelle aussi pour ceux qui aiment le maquereau, car l’espèce est en bonne santé. Important, aussi, si vous achetez du Pangasius ou de la perche du Nil : ces poissons sont très bon marché en ce moment, mais font l’objet d’un élevage souvent irresponsable (vous vous souvenez peut-être du film « Le cauchemar de Darwin »…Choisissez le provenant d’un élevage certifié ou bio…

-Quant au saumon, il faut éviter à tout prix de le choisir sauvage, et privilégier l’élevage (si possible bio), le temps que le stock se reconstitue

-Evitez aussi à tout prix le thon rouge car l’espèce à croissance lente résiste moins bien à la surpêche que le thon albacore (jaune) ou le thon germon (blanc)

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