Pressing écolo: vrai progrès environnemental ou poudre aux yeux?

Par · 24 sept 2010

Le pressing écolo vu par Sylvie, du blog http://www.monpotager.net/

Le pressing écolo vu par Sylvie, du blog http://www.monpotager.net/

Le nettoyage à sec peut-il vraiment être écologique? De nouvelles enseignes de pressings écolo fleurissent un peu partout en Belgique. Vrai progrès environnemental ou poudre aux yeux? Ce vendredi dans Nuwa (La Première), on se penchait, sur les alternatives au perchloroéthylène, substance utilisée dans les pressings traditionnels, et dénoncée pour ses effets cancérigènes…

Un petit bout d’histoire d’abord… Le nettoyage à sec a été inventé en 1855 par Jean-Baptiste Jolly. Suite à une maladresse, sa bonne avait renversé sur une nappe le contenu d’une lampe à pétrole. Cet incident lui a permis d’observer  qu’après évaporation, la partie de la nappe qui avait été mouillée était redevenue remarquablement propre. Jean-Baptiste Jolly a ensuite renouvelé volontairement cette expérience en plongeant la nappe entière dans un bain de térébenthine, et c’est de cette façon qu’il a découvert que celle-ci avait véritablement des propriétés nettoyantes…

 

 

Aujourd’hui, on n’utilise plus de térébenthine pour cette fonction. On a longtemps utilisé des dérivés du pétrole , l’essence et le kérosène, mais on s’est rendu compte qu’ils avaient le défaut d’être inflammables, ce qui comportait donc des risques dans leur utilisation. Depuis la seconde guerre mondiale,  la substance majoritairement utilisée par les pressings est le perchloroéthylène, plus connu sous le nom de « perchlo ». Ce produit avait plusieurs  avantages : liquide ininflammable et inexplosible à température ambiante, il est en outre d’une grande simplicité d’utilisation : il suffit de placer les textiles à nettoyer dans le tambour d’une machine à laver spéciale, avec le solvant, mais sans eau ni lessive, et le tour est joué.

On a longtemps utilisé cette technique pour les textiles délicats, mais le produit est remis en question aujourd’hui.

Le perchloroéthylène ou tétrachloroéthylène est une substance classée « cancérogène probable » (catégorie 3) par l’Union Européenne. Les dangers relatifs au cancer du foie et des reins ont été prouvés sur des animaux en laboratoires. Des données épidémiologiques récentes confirment cet effet cancérigène sur ces deux organes chez l’homme ainsi que sur l’ oesophage, la vessie ou le col de l’utérus. Particulièrement toxique pour le système nerveux et les reins, cette substance est également très irritante pour les voies respiratoires. Le perchloroéthylène est aussi toxique pour la reproduction mais sa classification est encore en discussion au niveau européen. Et ce n’est pas tout, du point de vue environnemental, le perchlo ne vaut pas mieux :  il est persistant dans les nappes phréatiques (où finissent 70% des quantités utilisées) et s’accumule dans les organismes… Un litre de perchloroéthylène peut polluer jusqu’à 1 000 000m3 d’eau.

 

Et pourtant, on utilise encore ce produit dans la plupart des pressings…

La majorité des pressings dans le monde, et tout particulièrement en Europe (90%) utilisent encore le nettoyage à sec à base de « perchlo » (perchloréthylène). De nombreux cas de maladies respiratoires et syndromes dépressifs ont été constatés parmi les employés de pressing, pouvant être mis en relation avec l’utilisation du perchloroéthylène, de sorte qu’on parle aujourd’hui de cancer du pressing…Le problème, c’est que le perchloroéthylène n’est pas cantonné dans les pressings. On en ramène chez nous, sur nos vêtement qui en sortent… Et puis il est très volatile, et s’évapore donc très facilement. De sorte que le voisinage des pressings peut être lui aussi contaminé par cette substance.Le site http://www.mescoursespourlaplanete.com/ calcule que les 5 000 entreprises de nettoyage à sec en France libéreraient chaque année près de 8200 tonnes de perchlo dans l’air, et essentiellement dans des zones résidentielles. J’ai fait une petite recherche : selon les pages d’or, il y a plus de 1300 entreprises de nettoyage à sec en Belgique, ce qui équivaut, moyennant la bonne vieille règle de 3 à 2132 tonnes de perchlo dans l’air… Soit une exposition proportionnellement supérieure à celle des Français, puisque notre pays est presque 18 fois plus petit, mais la quantité de perchlo même pas 4 fois moindre !

Pourquoi ne pas interdire tout simplement cette substance ?

Certains pays ont déjà réagi : aux Etats-Unis, l’Agence de l’Environnement (EPA) prévoit d’interdire d’ici 2020 toutes les entreprises de nettoyage à sec situées dans des bâtiments résidentiels. En 2020, le produit sera de plus carrément retiré du commerce aux USA. Le Danemark interdit l’ouverture de tout nouvel établissement de nettoyage à sec qui envisagerait d’avoir recours au perchloroéthylène. Lancé fin 2009 en France, le Plan national santé environnement poursuit un objectif de réduction de 30% des émissions de particules fines dans l’air, et de réduction des émissions de six substances toxiques, dont le perchloroéthylène. Ce plan devrait être mis en œuvre dès 2013. Chez nous, les choses paraissent un peu bloquées. Fin 2008, le perchlo avait fait l’objet d’une question parlementaire de la part de la députée Thérèse Snoy qui soutenait l’idée d’interdire le perchloroéthylène, et d’intégrer cette décision dans le cadre du Plan national contre le cancer. La ministre de la santé de l’époque avait alors évoqué le fait qu’une interdiction du perchloroéthylène devrait, se référer à la réglementation européenne, or, si aujourd’hui dans l’Union européenne, le perchlorétyhlène est classé comme « nuisible à la santé » et « dangereux pour l’environnement », son utilisation n’est pas encore interdite.  Et une fois de plus, concernant le perchlo comme pour d’autres thématiques comme le bisphénol, la Belgique s’aligne sur la réglementation européenne, quelle que soit sa lenteur à se mettre en place…

Heureusement, des alternatives se développent tout de même. Mais sont-elles réellement écologiques ?

Alors, il y a plusieurs types d’alternatives, et chacune présente des avantages et des inconvénients. Une nouvelle technique, utilisant exclusivement du CO2 liquide, substance qualifiée de « non toxique », a été mise au point par l’Agence pour l’Environnement. Cette technique a plusieurs atouts : en plus d’être sans impact sur l’environnement, elle permet, contrairement au perchlo de nettoyer les daims et les cuirs par exemple… Son coût est supérieur à la substance, mais ce n’est pas tant cela le problème que sa dangerosité potentielle : pour que le C02 soit liquide, il faut le stocker sous très haute pression, avec les risques que comportent les installations de ce type et un coût élevé pour l’installation et sa maintenance. Autre solution : certains pressings utilisent le système IPURA: un hydrocarbure (le KWL) est pulvérisé sur les textiles à nettoyer préalablement chauffés puis récupéré et filtré . Le procédé permettrait certes de consommer mois de solvant, 4 fois moins d’eau et 3 fois moins d’énergie que les techniques concurrentes mais le solvant utilisé, même s’il est moins volatile, est un dérivé pétrolier, il est inflammable et donc pas encore la panacée sur le plan environnemental ! A noter que mes recherches ne m’ont pas permis de trouver ce type de pressing en Belgique… On peut aussi citer la méthode GreenEarth, mis au point par la société du même nom en partenariat avec Procter & Gamble et General Electric, utilisant des bains de siloxane D5, autrement du silicone. D’après GreenEarth, le siloxane se décompose en dioxyde de silicium (principal composante du sable) et en eau et dioxyde de carbone. Le Green Earth est inflammable mais il est 100 fois moins volatil que le perchlo. L’agence américaine de l’environnement n’a pas encore accordé de label vert à cette technologie… et on ne trouve pas non plus à ma connaissance de pressing de ce type chez nous…

 

Mais alors, ces pressings verts qu’on voit fleurir chez nous, comment fonctionnent-ils ?

On voit en effet se développer en Belgique, à des prix très compétitifs, des enseignes de pressing écologique comme Lagoon ou Green and Clean.  Elles font appel au « wet cleaning » ou « aquacleaning »,  un nettoyage à sec à l’eau  qui se révèle efficace sur la plupart des textiles pour lesquels seul le nettoyage à sec est recommandé. Les textiles sont nettoyés avec de l’eau, des détergents et des conditionneurs, dans des machines à laver très sophistiquées. Les fibres délicates seraient moins endommagées par ce style de lavage, considéré comme plus doux. Machines et produits sont développées par de grandes marques qui donnent malheureusement peu d’informations à leur propos. Contactée cette semaine au sujet de la composition de ses produits, qu’elle dit biodégradables, la marque Electrolux me répondait qu’il lui semblait difficile de nous livrer la recette précise, « car comme chez Coca Cola ou les Grands Chefs, les recettes doivent rester secrètes ! » Pour ceux qui ont appris à se méfier du greenwashing, c’est un indice de méfiance… Et pourtant, j’ai poussé mon enquête plus loin, et l’importateur belge de ces systèmes a quant à lui accepté de me faire parvenir une fiche sécurité d’un des produits utilisés, qui permet d’y voir plus clair… Elle permet en tout cas de vérifier que le produit n’est pas classé dangereux pour l’environnement, selon la directive européenne 67/548, qu’il ne contient pas d’azote, pas de substances irritantes pour la peau ou les yeux, et que plus de 90% de ses tensioactifs sont facilement biodégradables. Bien sûr, ce n’est sans doute pas un produit zéro impact, mais on peut dire que le pressing vert du type wet cleaning, même s’il consomme de l’eau, est sans doute un véritable progrès par rapport au perchlo… A noter qu’en plus, ce type de nettoyage à l’eau assainit la fibre en profondeur, ce qui n’est pas le cas du perchlo qui agit uniquement en surface…

 

Donc, feu vert pour les pressing à l’eau… Mais si on n’en a pas, près de chez soi ?

On peut suivre les recommandations de David Servan-Schreiber, qui dans son dernier livre, « Anticancer » suggère d’aérer les vêtements de retour du pressing. Et puis on peut aussi agir en amont, et vérifier lors de l’achat des vêtements que le nettoyage à sec n’est pas la seule option de nettoyage.

 

 

Intéressant à consulter pour plus d’infos;:
o    les produits de substitution au « perchlo » proposés par l’Ineris

Commentaires2 Comments

  1. MEYER dit :

    Avez vous des adresses de pressing écolo près de Mons ?
    Merci
    BAV

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