Pour vous aider à écraser votre dernier mégot

Par · 13 jan 2012

Arrêter de fumer fait partie des bonnes résolutions de saison. Les raisons de santé sont suffisantes, mais pour accroitre votre motivation, je faisais, cet après-midi dans Nuwa (La Première, RTBF), le tour des arguments environnementaux qui devraient vous aider à écraser votre tout dernier mégot sans regret…

Pas besoin de vous décrire la cigarette: tout le monde en a déjà vu, et il est vrai que depuis de nombreuses années, les informations concernant sa toxicité ne sont un secret pour personne. Et pourtant, il reste difficile pour de nombreux fumeurs d’abandonner ce petit tube de 8 cm de long composé de feuilles de tabac hachées et d’ additifs qui n’ont rien de bon pour la santé : la fumée de cigarette contient quelque 2 500 composants chimiques tels que la nicotine, le phénol, le butane, l’ammoniac, le monoxyde de carbone mais aussi des poisons bien connus tels que l’arsenic ou encore le polonium, issu des engrais chimiques utilisés dans la culture du tabac…

Les effets sur la santé, on les connait : risque très accru de cancers, mais aussi vieillissement et athérosclérose. On connait moins par contre les effets de la cigarette sur l’environnement. Et pourtant, il y en a, non ?

Il y a d’abord le suremballage des cigarettes, vendues par vingt, emballées dans un papier aluminium, lui-même recouvert d’un paquet de carton puis d’un film plastique, et au final assemblé avec 9 autres paquets dans une cartouche en carton. Mais en amont de cet emballage, la culture du tabac est elle aussi très polluante, puisqu’elle utilise beaucoup engrais, pesticides et herbicides chimiques : au Malawi, par exemple, on compte 1 tonne d’engrais par hectare de plantation de tabac. Et malheureusement, ces exploitations sont souvent situées dans des pays où les droits fondamentaux des travailleurs ne sont pas toujours respectés… C’est toujours la même histoire!

Ajoutons à cela le fait que la cigarette est aussi responsable de la déforestation massive des forêts autour des exploitations de tabac.
Oui, on utilise en effet 10 kg de bois pour faire sécher 1 kg de tabac. Des études ont démontré qu’en Afrique, la déforestation est dix fois plus importante dans les zones de plantation de tabac que dans les zones consacrées à d’autres activités. Et il arrive même souvent que des parties de forêt primaire s’envolent ainsi en fumée… Pour se donner bonne conscience, les exploitants replantent ensuite des essences à croissance rapide, comme l’eucalyptus, mais c’est un leurre : la perte de biodiversité n’est pas comblée de cette façon, et ce type de plantation assèche en outre le sol…

Evidemment, il est difficile de se rendre compte de ces effets qui ne sont pas visibles chez nous, puisque les plantations de tabac belge ne sont plus qu’anecdotiques aujourd’hui. Mais il y a une autre pollution que nous avons tous les jours sous les yeux : celle des mégots jetés dans les rues ou dans la nature.

On a tendance à minimiser ces déchets alors qu’un mégot a besoin de 12 ans pour se dégrader complètement. Or pendant ce laps de temps, il pollue son environnement en libérant les produits chimiques qu’il contient. Une étude de l’université de San Diego a montré qu’un mégot peut tuer la moitié des poissons nageant dans 1 l d’eau en moins d’une centaine d’heure.

Depuis quelques années, certains fabricants de tabac se convertissent au bio, pour produire du tabac sans produit chimique et en protégeant les sols et les éco-systèmes.

Mais cela reste anecdotique… Le meilleur moyen de limiter l’impact écologique de la cigarette est de ne pas fumer !

Que penser de la cigarette électronique, qui fait beaucoup parler d’elle depuis quelques temps ?

Elle est très tendance ! On l’a vue sur les lèvres de célébrités d’abord, puis elle est apparue de plus en plus fréquemment dans les bars, discothèques, restaurants et autres lieux publics où l’interdiction de fumer est en vigueur… La e-cigarette est présentée par ceux qui la vendent comme une alternative « plus saine » à la cigarette, ou même comme une recette miracle pour arrêter de fumer. Elle a le look d’une cigarette classique, mais se compose en réalité d’ une cartouche remplie de liquide, d’un atomiseur électrique et d’une batterie rechargeable. Lorsqu’elle est portée à la bouche, et que l’on tire sur l’embout, le liquide de la cartouche, composé d’eau, de propylène glycol et en règle générale de nicotine, est chauffé et transformé en vapeur, tandis qu’une petite lampe LED rouge simule l’effervescence de la cendre. Comme ce gadget diffuse la nicotine sans former de goudron, il est en théorie moins nocif que la cigarette.

Pourtant, au printemps 2011, l’AFSSAPS (agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) recommandait de ne pas consommer de cigarettes électroniques.

Les institutions sanitaires belges et internationales, comme l’OMS, partagent la même réticence face à ce nouveau produit qui n’a pas obtenu d’autorisation de mise sur le marché en tant que médicament. D’abord parce que ces produits ne sont pas réglementés et que les fabricants n’ont jusqu’à présent pas établi une vraie transparence sur le contenu des cartouches, de sorte que leur sécurité ne peut être attestée. On peut notamment s’inquiéter du fait qu’aucun avertissement ne figure sur les flacons de recharge pour cigarette électroniques, qui sont mis sur le marché parfois avec des goûts fraise ou café : or ces recharges de 50 ml contiennent 1 g de nicotine alors qu’une dose de 10 mg, c’est à dire d’un demi-millilitre peut se révéler létale pour un enfant… Ensuite parce qu’on manque à ce jour de données cliniques permettant d’attester de l’efficacité de l’e-cigarette pour arrêter de fumer. Enfin, comme le dosage en nicotine des e-cigarettes ou vapotes est laissé à l’appréciation du vapoteur, celui-ci risque d’en abuser. Sans compter que conserver la gestuelle typique de la cigarette ne ferait que renforcer l’addiction. Et puis, les recharges en plastique des e-cigarettes sont en plastique jetable : voilà qui n’apporte pas de solution véritable du point de vue environnemental.

Que penser alors des moyens de sevrage sans nicotine ni autre substance chimique proposés aujourd’hui, tels que l’hypnose ou l’ acupuncture ?

Les tabacologues s’accordent pour dire que ce qui compte avant tout, c’est de trouver sa propre formule, parce qu’il n’y a pas deux fumeurs identiques. L’homéopathie, l’hypnose et les produits à l’acétate d’argent, l’acupuncture et ses dérivés comme l’acupuncture au laser, n’ont pas encore démontré scientifiquement leur efficacité dans l’arrêt du tabac. Mais l’expérience semble montrer que l’écoute et les conseils donnés par les praticiens sérieux de ces techniques peuvent être utiles et apporter un certain soutien. Or ce soutien est un facteur capital de la réussite du sevrage tabagique : sans aide, seuls 3 à 5 % des fumeurs réussissent à arrêter la cigarette. Avec une aide professionnelle, les chances de réussite augmentent jusqu’à 25 % après une année.

On le sait, le tabac est une vraie addiction, et en décrocher n’est donc pas facile…
C’est un sujet dont on pourrait parler des heures. S’informer reste une étape importante de la réussite du sevrage : cela permet d’accroitre sa motivation, et celle-ci est l’élément essentiel de cette réussite!

En savoir plus:

  • www.tabacstop.be
  • Vous pourrez retrouver un article complet sur les méthodes de sevrage tabagique prochainement dans les pages de Femmes d’Aujourd’hui.
  • Retrouvez-moi aussi pour faire le point sur l’e-cigarette dans Sans Chichis (RTBF, La Deux), ce jeudi 19 janvier.

Commentaires2 Comments

  1. CORNEZ Elodie dit :

    J’aurais adoré inciter mon chéri à arrêter de fumer en lui montrant cet article. Malheureusement, il avait fait cette réflexion lui-même et fume des cigarettes labellisées bio et commerce équitable… si, si, cela existe. Par contre, il faut se les faire expédier d’Allemagne et gare au dépassement des quotas d’importations de cigarettes en vue des accises… Quoi qu’il en soit, c’est à réserver aux incorrigibles fumeurs, le mieux pour le bien-être familial, c’est d’arrêter.

  2. Isabelle dit :

    Merci Elodie. Il est vai que les cigarettes « bio » existent. Je n’en ai touché qu’un petit mot dans la chronique car pour moi elles ne représentent pas une véritable solution. Mais pour les fumeurs invétérés qui voudraient tout de même réduire leur empreinte écologique, voici un excellent article décrivant la politique de responsabilité sociale d’une de ces marques: http://www.mescoursespourlaplanete.com/Actualites/Des_cigarettes_meilleures_pour_la_planaete____mais_pas_pour_la_santae____726.html

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