Positiver le monde

Par · 7 juin 2013

Et si pour une fois on regardait le monde de façon positive ? Est-ce une utopie, par temps de crise ? J’ai eu envie de cette chronique parce qu’en quelques jours, j’ai pu lire plusieurs bonnes nouvelles dans le flux quotidien des informations pessimistes. Le problème des informations, surtout dans ces temps de crise, et dans un monde tel que celui que nous vivons aujourd’hui, c’est qu’elles ont tendance à nous donner l’impression de ne plus avoir prise sur le cours des choses. On se sent impuissant, et cela pousse au mieux au fatalisme, au pire au pessimisme et à l’inactivité. Pourtant, on voit de plus en plus émerger, face aux constats de difficultés, des initiatives qui montrent que des solutions sont possibles.

 

Un article paru dans l’Avenir ce mardi 4 juin a particulièrement attiré mon attention.

Dans cet article, le journaliste Pierre Wiame raconte à quels soucis la ferme de la Sarthe, spécialisée en biodynamie, est confrontée. Cette exploitation en biodynamie, bien connue pour la vente directe de ses produits aux consommateurs, et pour son respect de l’environnement, risque de perdre trente pour cent de ses terres. En effet 10 des 29 hectares qu’elle cultive, pourraient être mises en vente demain. La ferme louait jusqu’à présent ces terres, mais un décès au sein de la famille propriétaire de ces terres de culture risque de changer les choses, et si les terres sont mises en vente, les exploitants ne pourront sans doute pas les acheter car leur prix risque d’être trop important pour eux.

C’est un triste constat. Mais l’article devient vraiment intéressant lorsqu’il mentionne la solution envisagée : le financement participatif. Cela veut dire que vous Fabrice, et moi, e plein d’autres personnes, pouvons aider cette ferme à s’en sortir, en achetant des parts ou réalisant des dons qui permettront de financer cet achat, et de pérenniser les activités de la ferme. La Ferme de la Sarthe n’est pas la seule à se tourner vers ce type de solution. Elle s’est adressée pour cela à Terre en vue, une association dont l’objectif est de faciliter l’accès à la terre en Belgique ? Cette asbl est doublée d’une coopérative et d’une fondation en cours de création, et propose un outil d’investissement citoyen et solidaire. Elle permet à des citoyens et organisations désireux de soutenir ses activités, d’acquérir des parts, tout en effectuant un investissement sans risques qui produira des bénéfices sociaux et environnementaux.

Concrètement, comment ça marche ? La coopérative acquiert des terres agricoles nourricières pour les libérer de la spéculation foncière, mais pas seulement : il s’agit aussi de faire sortir certaines terres de modes d’agriculture non durable, et enfin, l’objectif est en plus de rendre à ces terres un statut de bien commun. La coopérative confie ces terres agricoles à des agriculteurs, en vue de les aider à s’installer et à développer des projets agroécologiques, coopératifs et d’agriculture paysanne, respectueux de la terre. La coopérative relocalise l’économie agricole en mettant en priorité les unités à disposition d’agriculteurs s’inscrivant dans des systèmes de circuits courts et de vente directe et des réseaux locaux d’agriculteurs. Dans ce cas-ci, la coopérative aiderait la ferme de la Sarthe à poursuivre ses activités qui correspondent déjà à cet état d’esprit.

Pour cela il faut donc que des citoyens acceptent de devenir coopérateurs… N’est-ce pas utopique quand on sait que les parts coutent une centaine d’euros et qu’il s’agit de parts sociales, une sorte d’épargne, sans intérêt et donc sans bénéfice. Qui voudrait faire un investissement sans bénéfice ?

Cela peut paraître étonnant, mais il semble tout de même que pas mal de gens aient envie de faire ce type d’investissement car si celui-ci ne rapporte pas de l’argent sonnant et trébuchant dans les poches de l’investisseur, il donne d’autres bénéfices : celui en particulier de redonner aux citoyens la possibilité d’influer sur l’agriculture, sur l’économie, sur l’environnement, la société… Il suffit de voir le succès fulgurant qu’a obtenu lui aussi l’appel à citoyens pour la création de la banque coopérative New B. En quelques jours à peine, en mars dernier, 20 000 citoyens avaient souscrit des parts. Et à ce jour, plus de 40000 citoyens sont aujourd’hui devenus coopérateurs de New B. Pour revenir à la Ferme de la Sarthe, l’article est paru avant que le projet ne soit mis en ligne sur le site de Terre en vue, et il se diffuse comme une trainée de poudre sur les réseaux sociaux, porté par quantité de personnes qui sont enthousiastes à l’idée de participer à ce projet.

Est-ce que ces initiatives sont vraiment durables ? Certains pensent qu’elles sont anecdotiques, qu’elles ne survivront pas, et qu’elles sont le fait d’une poignée de citoyens. Est-ce que c’est une vraie tendance ?

Pour répondre à ces questions, je vous renvoie vers une autre lecture paru dans Le Monde samedi dernier. Patrick Viveret, philosophe, écrivain, et créateur d’un cabinet de « conseil en imaginaire », y répondait à une interview fort intéressante. Patrick Viveret, qui a rédigé des rapports sur les politiques publiques et les indicateurs de richesse estime que ces initiatives de transition vers des sociétés du bien-vivre, émanent d’une catégorie de personnes qu’il appelle les cultural creatives, des personnes qui représentent des noyaux durs composés de 15 % de la population et des noyaux larges pouvant aller jusqu’à 30 %. »

Qui sont ces « cultural creatives » ou « créatifs culturels »? Patrick Viveret explique que « C’est une approche sociologique fondatrice. On la doit aux Américains Paul Ray et Sherry Anderson qui, en 2000, ont publié les résultats d’une enquête menée auprès de 100 000 personnes, qu’il s’agissait de classer entre modernistes ou traditionalistes. Ils se sont rendu compte que 25 % de leur échantillon n’entrait pas dans les cases et ils ont découvert l’émergence d’un nouveau modèle socioculturel, s’exprimant avec une grande cohérence dans des domaines très divers : le rapport à l’écologie, les relations hommes-femmes, la primauté de l’être sur le paraître, l’implication sociale, l’ouverture multiculturelle, la place accordée à la question du sens…

C’est donc un mouvement de fond, mais est-ce qu’il existe juste chez nous en Europe, ou aussi ailleurs dans le monde ? D’après Patrick Viveret, toutes les enquêtes réalisées dans d’autres pays, ont confirmé l’ampleur de ce phénomène. » Le fait de cette globalité montre que partout, les citoyens ont besoin de reprendre les choses en main de façon concrète pour « sortir des logiques de peur et d’impuissance ». C’est ce qui se passe en ce moment avec les villes en transition qui proposent au lieu de céder au catastrophisme, de mettre en oeuvre « un imaginaire positif, générant de la confiance et de la solidarité, pour se projeter dans l’avenir. » Patrick Viveret cite par exemple « une région désertifiée du Rajasthan, en Inde, qui a été remise en culture au bénéfice de 700 000 personnes en adaptant des techniques d’irrigation anciennes et en les diffusant sur les réseaux sociaux. » On est donc dans du rêve, de l’imaginaire, mais aussi dans quelques chose de très concret, bien réel…

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