Planète cherche chaussures vertes pour être bien dans ses baskets

Par · 8 oct 2010

Une façon originale de recycler des chaussures, sur le blog http://brikbrok.canalblog.com

Une façon originale de recycler des chaussures, sur le blog http://brikbrok.canalblog.com

Produit d’importation par excellence, la chaussure tente de passer au vert… Comment être bien dans ses baskets en les choisissant sans solvants, est-il possible de cirer des pompes sans cirage, que penser des chaussures « vegans » et où se procurer des escarpins bio ? J’abordais ces questions lors de l’émission Nuwa de ce 8 octobre, à podcaster ici!

Les chaussures, ça a l’air d’un détail pour l’équilibre planétaire… Mais on en porte tous, et même si on n’est pas Imelda Marcos, on en possède souvent plusieurs paires! La production mondiale de chaussures en cuir s’élève à 4.340 millions de paires (Source: FAO-2001). Rien qu’en Europe, nous consommons environ 900 millions de paires de chaussures en cuir par an (Source: FAO). A priori, on se dit que le cuir est un matériau naturel… Mais le développement intensif de son utilisation a nécessité de remplacer le tannage traditionnel à base de végétaux, long  de 2 ans et donc coûteux, par un tannage au chrome, associé à plus de 300 substances chimiques (et qui est réalisable en seulement 2 jours). On sait par exemple que 10 000 tonnes de chrome sont déversées annuellement dans le Gange. En effet, en Inde, les eaux polluées issues de 75% des tanneries ne sont soumises à aucun traitement, avant d’être rejetées dans les lacs et rivières. Voir à ce sujet ici et .

 

Cette industrie s’est fortement délocalisée vers les pays du Sud, moins regardants quant aux critères de développement durable et de santé publique…Et ce sont d’abord les travailleurs de ces pays qui font les frais de ce système : en 2006, la main d’œuvre nécessaire à la fabrication d’une chaussure de sport coûtait à peine 50 centimes d’euros. Un salaire de misère pour un travail exigeant : fabriquer une chaussure dans les règles de l’art nécessite plus de 150 opérations. En dépit de la mécanisation, l’industrie de la chaussure reste une industrie manuelle. Fabriquer un mocassin en cuir de qualité demande 2 heures de main d’œuvre pour quelques 200 opérations à la main. Il faut par contre à peine 6 minutes pour réaliser une chaussure bas de gamme.

 

L’idée selon laquelle la fabrication à la main est souvent un gage de qualité est  malheureusement trompeuse : qu’elle soit en cuir, en toile, en plastique, chaque paire de chaussure contient des éléments polluants : on a évoqué le cuir tanné au chrome, mais il faut compter aussi avec des colles à base de solvants…La plupart des modèles à base de caoutchouc et de fibres acryliques sont faits à partir de benzène (qui donne le PVC). Le diméthylfumarate (DMF), un fongicide hautement irritant, interdit de séjour sur le sol de l’Union européenne depuis le 1er mai 2009, continue d’être utilisé pour lutter contre les moisissures dans les chaussures. Au cours des trois premiers mois de l’année 2010, la substance a été a été détectée dans six pays européens, dont la France. Entre le 1er et le 16 janvier 2010, le distributeur Carrefour avait vendu 6000 paires de chaussures d’homme susceptibles de contenir du DMF. Suite à la plainte d’un client victime d’une allergie, Carrefour a mené des analyses et détecté 0,4 mg/kg de DMF sur le modèle incriminé. Selon les données du système européen d’alerte sur les produits dangereux (Rapex), la Chine n’est pas la seule à avoir recours au DMF. Certains des fournisseurs épinglés sont basés en Inde, au Vietnam, au Maroc et même… en Italie !

Face à cette industrie lourde de conséquences humaines et environnementales, les marques ou modèles de chaussures alternatives se développent lentement mais sûrement. Elles étaient jusqu’il y a peu très ciblées, et leur look ne s’adressait qu’à un public déjà convaincu et plutôt militant. Ces chaussures à l’aspect rustique privilégiaient le confort par rapport à l’esthétique. La démarche écologique touche lentement mais sûrement le monde de la chaussure…Au-delà des chaussures en cuir bio, tannées sans chrome,  il est désormais possible de se chausser avec des modèles à base de chanvre, de coton ou de lin (…) voire même à base de pneus ou de bouchons de bouteille recyclés…Il existe même aujourd’hui des chaussures « vegan »! Vegan est un néologisme anglais qui désigne la démarche des végétariens qui refusent toute exploitation et souffrance animale. Les chaussures vegan excluent donc le cuir. Des marques comme Birckenstorck ou Veja ont créé leur ligne vegan, et des stars comme Gwynette Paltrow, Moby ou Stella McCartney revendiquent le choix de ce type de chaussures…

C’est là qu’il faut faire attention une fois de plus, et accorder d’avantage sa confiance à des marques qui ont une politique environnementale cohérente dans toutes leur production, plutôt que celles qui créent une pair de chaussure écologique pour justifier toute une gamme sur laquelle aucun effort environnemental n’est réalisé. Le géant de la basket, Nike, a proposé par exemple un modèle entièrement fabriqué à partir de matériaux recyclés, mais celle-ci n’a existé qu’en série limitée… Plus récemment, de jeunes français ont lancé la marque de sneakers Faguo, réalisées en matériaux naturels et selon un bilan carbone calibré : leur démarche originale  était présentée au Bozarshop à Bruxelles, en septembre dernier. Pour chaque paire vendue,  la marque s’engage à planter un arbre… L’idée est belle, il ne s’agit pas de greenwashing, mais  on peut regretter que si les chaussures sont stockées et emballées dans un atelier protégé en France, elles soient tout de même fabriquées en Chine…
 On est un peu dans le cirage, face à cette jungle de marques et d’ allégations écologiques: un label faciliterait évidemment les choix des consommateurs. L’Eco-label européen s’applique normalement aux chaussures, et son cahier des charges précise les limites des concentrations résiduelles en produits toxiques (arsenic, cadmium, plomb, formaldéhyde, …), dans les cuirs, les toiles et tout composant textile du soulier. Il fixe également des limites pour l’émission de composés organiques volatils à chaque étape de la fabrication. Son logo à fleur bleue impose aussi aux emballages en carton de contenir au minimum 80% de matériaux recyclés. Ce label n’est pas optimal, mais il a le mérite d’exister… Par contre, il est très peu répandu. Aujourd’hui, la majorité des fabricants européens détenant le logo sont italiens. Et on trouve très peu de chaussures labellisées en Belgique : je ne l’ai pas trouvé dans les magasins où je me suis promenées, et sa rareté a été confirmée par une vérification sur le site http://www.ecolabel.be/  Sans doute en partie parce que c’est au demandeur de payer les tests pratiqués par des labos agrémentés. Leurs coûts s’élèvent entre 1 500 et 2 000 euros par modèle. Et le délai d’attente est de 4 à 9 mois. Certaines marques peuvent en outre estimer que leurs critères sont supérieurs à ceux de l’écolabel…

 

Comment s’y retrouver pour mettre ses pieds au vert ? On peut surfer sur internet, sur les sites des marques mais aussi hors de ceux-ci, pour découvrir un maximum d’infos avant de faire son achat. On donnera la préférence à des marques transparentes, qui donnent un maximum de détails sur leur démarche, comme Veja, El Naturalista…pour ce qui est des magasins spécialisés, ils sont encore rares, mais on en trouve, ce sont en général des boutiques de prêt à porter bio. Rares hors de la capitale et des grandes villes. Heureusement,  il existe quelques sites web bien fournis, comme http://www.chaussures-ecolo.com/ ou  Planetshoes.com,ou  Vegetarian-shoes.co.uk et bien d’autres…). Il est vrai qu’on n’a pas l’habitude d’acheter des chaussures par correspondance, mais certains d’entre ces sites proposent les renvois gratuits…Voilà qui ne limite pas les essais. Il faut juste un tout petit peu plus de patience.

 

De toute façon, mieux prendre son temps pour choisir des chaussures ! Et oui, parce que la première façon de limiter l’empreinte écologique de ces accessoires indispensables, c’est de ne pas multiplier les achats, et donc de bien les choisir, pour qu’elles durent le plus longtemps possible. On peut privilégier les matières alternatives comme le chanvre, le coton bio pour l’été, et choisi un cuir bio pour l’hiver…Ne pas hésiter à choisir des chaussures un peu plus chères si elles sont de qualité, pour les porter le plus longtemps possible…

 

Et quand on a fini de les porter, qu’est-ce qu’on en fait ?

On les recycle, bien sûr ! On peut de toute façon faire don de ses chaussures et leur donner une seconde vie, si elles sont en bon état : Il existe des points de collecte par des organismes tels qu’Oxfam-Solidarité. Certains parcs à conteneurs les acceptent, si elles sont liées par paires. (Malheureusement, les chaussures qui ne sont pas en état d’être réutilisées ne peuvent être déposées nulle part: il n’existe pas à l’heure actuelle de filère de recyclage pour cela). Des magasins en ont même fait des actions publicitaires : une célèbre enseigne de chausures reprend une fois par an les chaussures usagées de toutes marques, et offre des bons de réduction en échange. Ces chaussures sont vendues à un intermédiaire, qui les trie, en envoie une partie dans les pays du Sud et recycle celles qui sont trop abîmées… Même Nike, dont on parlait tout à l’heure, propose de récupérer les baskets usagées pour les recycler en matières constitutives de terrains de sport. La transformation est d’ailleurs assurée dans une usine belge, à Meerhout. Mais les points de collecte en Belgique n’existent pas…Il y a encore du chemin à faire !

 

Le mieux reste donc de les porter le plus longtemps possible et donc de les entretenir… Le cirage, à ce propos : c’est un produit tout à fait naturel ? Autrefois à base de cire et de suif, le cirage contiennent pour la plupart aujourd’hui des produits chimiques tels que le naphta (un dérivé pétrolier), de la térébenthine et d’autres solvants comme le nitrobenzène,-fortement toxique, et le chlorure de méthylène, cancérigène suspecté… Heureusement, on trouve encore des cirages naturels, et un des plus naturels d’entre eux, c’est la peau de banane ! Il suffit de frotter votre chaussures avec l’intérieur de celle-ci, puis de l’essuyer avec un chiffon, et vous verrez, ça marche du tonnerre ! Je vous propose aussi une petite lecture très sympa, dans laquelle on trouve plusieurs façons d’entretenir ses chaussures de façon écolo : dans « Ma maison au naturel : l’entretien » aux Editions Rustica, on trouve une recette de baume pour chaussures à fabriquer soi-même, à base de cire et d’huile d’olive, et le rappel d’un autre bon vieux truc : le plus écolo, le moins cher et le plus disponible des cirages, c’est la salive !!!

 

On retrouve comme d’habitude la chronique d’Isabelle Masson sur son blog, Madame Nature, accessible depuis la page consacrée à Nuwa sur le site de La Première !

Commentaires1 Comment

  1. Naell dit :

    Bonjour et wahooo
    Quel article ! Je ne m’attendais pas à lire et apprendre tant de choses sur mes chaussures. J’en prends grands soin pour les garder le plus longtemps possible, mais tout de même je les regarderais encore différemment.
    J’ai réussi à vous créer une bannière que je me suis empressé de mettre sur Brikbrok afin de partager rapidement vos article et bidules en tout genre. Je l’ai d’ailleurs inséré dans une nouvelle catégorie nommé : Bonjour ma terre …
    Je reste fier de vous compter dans mes contacts.

    Bonne journée,

    Naell
    http://brikbrok.canalblog.com/

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