Pesticides et jardiniers: du neuf en 2012!

Par · 9 mar 2012

Approche du printemps et « Semaine sans pesticides » (du 20 au 30 mars) obligent, je vous propose de revenir sur les pesticides et biocides utilisés par les jardiniers. C’est l’occasion de reparler d’un chiffre interpellant : selon le Tableau de bord de l’environnement wallon 2010, 21% des usages de produits phytopharmaceutiques en Wallonie sont consacrés aux domaines privés. C’est d’autant plus préoccupant que le manque de connaissances sur ces produits peuvent porter atteinte à la santé de l’applicateur de produits, de son entourage (enfants et animaux), des consommateurs ou de l’environnement.

 

Les produits en vente sur le territoire belge ont reçu une agréation. Mais même agréés, ils peuvent contenir des matières actives dangereuses. n pourrait parler par exemple du diquat, un herbicide autorisé, dont la dose létale pour l’Homme est très faible : « quelques grammes suffisent à provoquer de graves lésions au foie, puis entraînent la mort. Cette matière active n’est d’ailleurs plus utilisée en agriculture… Les herbicides chlorophénoxyacides tels que le MCPA- MCPP, quant à eux, sont des hormones très volatiles et les employer par temps chaud ou sur un revêtement chauffé par le soleil les fait immédiatement passer en phase gazeuse. L’utilisateur respire alors à pleins poumons ces molécules connues pour leurs effets négatifs sur la fertilité. Quant à l’imidaclopride, dont les effets négatifs sur la survie des abeilles ne doivent plus être démontrés, il demeure, lui aussi, en vente libre… »

On parle aussi beaucoup du glyphosate, matière active de produits tels que le très controversé Round Up… C’est un autre cas étonnant d’herbicide restant en vente libre malgré une accumulation d’études scientifiques pointant du doigt le lien de cette substance avec des problèmes sanitaires graves , – et ce, à des doses parfois largement inférieur à la limite maximale de résidus. On parle de des malformations à la naissance, des perturbations du système endocrinien, des lymphomes non-hodgkiniens, ainsi que des altérations du système nerveux. Les effets du glyphosate sur la biodiversité ne sont pas moins inquiétants: il est notamment toxique pour les amphibiens. En outre, le nombre de variétés présentant une résistance au glyphosate ne cesse de croître… La Commission européenne a pourtant repoussé la réévaluation du glyphosate à 2015. D’ici là, on ne peut qu’ espérer que la Belgique suive prochainement l’exemple des Pays-Bas, dont la chambre a voté à l’automne 2011 une motion visant à interdire l’utilisation du glyphosate par les particuliers et les services communaux.

La prise de conscience politique se produit plus lentement que l’accumulation des études scientifiques incriminant les effets délétères de ces substances. Et pourtant, dès le mois d’août 2012, une évolution positive sera visible dans les rayons des jardineries et autres magasins distribuant les produits phytosanitaires aux particuliers : les agréations pour les produits phytopharmaceutiques seront scindées, entre produits à usage agricole professionnel et produits à destination des jardiniers amateurs. Désormais, ne seront mis à disposition des jardiniers amateurs que des produits qui leur seront spécifiquement destinés et dont les emballages leur garantiront des conditions d’exposition minimale: la plupart des produits seront prêts à l’emploi et ne nécessiteront plus de dilution supplémentaire, leur emballage, muni d’un système de fermeture sécurisé, contiendront de quoi traiter au maximum une surface de 5 ares. D’ici la fin de la période de transition qui durera jusqu’en 2014, les produits phytopharmaceutiques destinés aux utilisateurs non-professionnels devraient en outre porter une étiquette plus lisible et compréhensible pour l’utilisateur amateur.

On trouve désormais aussi sur le marché des produits écologiques prêts à l’emploi. J’avais déjà consacré une chronique à ce sujet, et je vous invite à la relire sur mon blog. En gros, ce qu’il faut retenir, c’est que la vigilance reste de mise, même pour des produits dits naturels, qui ne sont pas nécessairement inoffensifs (il y a l’exemple de la pyréthrine, un insecticide à base de pyrèthre, un chrysanthème, qui peut avoir des effets neurotoxiques)… Le premier réflexe devrait donc être de se tourner vers une autre façon de jardiner, en appliquant les principes du jardinage écologique : cultures associées, purins de plantes, lutte intégrée, insectes auxiliaires, compostage… A ce sujet, je vous propose de consulter la brochure « Bonnes pratiques au jardin » éditée par la Région Wallonne et le Comité Régional Phyto, et gratuitement téléchargeable sur le site du comité régional Phyto . Et puis, si vous avez chez vous des produits phyto dont vous voulez vous débarrasser, sachez que vous pouvez le faire dans les déchetteries (et uniquement là) et qu’une campagne de collecte des anciens pesticides et de leurs emballages est organisée en Wallonie durant tout ce mois de mars…A cette occasion, un sac réutilisable et un sachet de graines de fleurs seront distribués le samedi 24 mars dans les parcs à conteneurs de Wallonie.


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