Paresse et jardinage font bon ménage

Par · 15 avr 2011

Aujourd’hui, j’ai juste envie de défendre cette idée qui me plaît beaucoup : un jardinier heureux est un jardinier paresseux…

Photo du 61885030-05- à 17.11Pour jouir de leur jardin sans trimer, mais aussi pour faire en sorte que le jardinage soit un acte positif pour notre environnement et pour notre santé, mieux vaut ne pas trop en faire. Vous avez évoqué récemment, à l’occasion de la semaine sans pesticides, les bonnes raisons de se passer de ces produits phytosanitaires trop souvent nocifs. Se passer de ces produits est en outre tout bénéfice pour le portefeuille. Aujourd’hui, j’ai envie de vous amener à tenter l’expérience non seulement de faire une croix sur ces produits, mais d’apprendre à ne pas trop en faire au jardin, pour laisser la nature travailler à votre place.

C’est séduisant comme idée, mais est-ce qu’on ne risque pas très vite de se trouver face à une jungle ?

Le tout est de savoir comment s’y prendre… La bonne nouvelle, c’est que les adaptes du jardinage sans efforts ont leur gourou : Larry Hodgson, l’alter ego canadien de notre Luc Noël national, a publié depuis plus de 10 ans une série de livres sur le thème du « jardinier paresseux ». Le chroniqueur, journaliste et auteur horticole ne cesse de parcourir le monde pour donner des conférences, et avoue donc volontiers ne consacrer que deux heures par semaine à son propre jardin. Son expérience lui a fait découvrir qu’il était possible d’avoir un beau jardin presque sans presque sans efforts.

Quels sont les conseils que donne Larry Hodgson ?

Voici selon lui les 10 commandements du jardinier paresseux : éliminer les végétaux d’entretien difficile(les rosiers hybrides de thé, par exemple, sont pour les jardiniers méticuleux, non pour les paresseux) ; remplacer les plantes temporaires par des plantes permanentes ; chercher des plantes «sans entretien» ; placer les végétaux aux endroits qui leur conviennent ; réduire l’espace consacré à la pelouse ; apprendre à accepter certaines imperfections ; apprendre à voir de la beauté dans l’imperfection ; accepter le fait que son terrain changera avec le temps ; réduire les «espaces dénudés» ; planter densément tout en respectant la taille éventuelle des plantes…

C’est presque de la philosophie ! Pour certains, c’est une vraie révolution, non ?

Pas nécessairement. On parle beaucoup de jardinage bio maintenant, mais si vous avez la chance d’avoir près de chez vous une personne plus âgée qui jardine depuis longtemps, vous pourrez peut-être vous apercevoir qu’elle applique toute une série de ces réflexes… Certains jardiniers pratiquent ainsi la rotation des cultures de façon presqu’innée : ils ne réfléchissent pas chaque année à l’alternance des plantes sur leurs plates-bandes, ou aux associations, et le font au feeling, parce qu’ils ont pu observer que certaines choses donnaient de bons résultats et d’autres pas… Mais il arrive en effet que les mêmes jardiniers pratiquent des gestes dont on sait aujourd’hui par contre qu’on devrait ou pourrait s’en passer, comme le labour par exemple…

Faut-il ou non labourer la terre : il y a débat sur cette question entre les jardiniers…

Oui, il y a toujours débat, et pourtant, on sait aujourd’hui que c’est le complexe argilo-humique, c’est à dire la couche superficielle du sol riche en humus, qui est fertile. Or, en labourant, on met la terre sens dessus dessous, et on fait disparaître cette couche. Quand on retourne la motte à la bêche, on tue en outre souvent des vers de terre. Ce n’est pas encore trop grave, mais ce qui l’est plus par contre, c’est qu’on va enterrer les micro-organismes aérobies, qui ont besoin d’air, et que ceux qui sont anaérobies par contre seront exposés à l’air : on perturbe fortement leur activité bénéfique pour la fertilité di sol. La terre déstructurée est en outre plus sensible à l’évaporation de l’eau, ou à son ruissellement. Enfin, en enfouissant les végétaux en profondeur, on provoque une décomposition en profondeur qui risque d’acidifier la terre, qui empêche l’apparition de champignons utiles, et qui favorise le développement de parasites…

Pas bon, donc. Mais quelle alternative pour travailler le sol ?

On peut simplement ameublir la terre, d’une Grelinette, cet instrument bizarre à dents et à deux manches. Mais il n’est pas nécessaire d’en acheter une si vous possédez par exemple en se servant une fourche-bêche, qui convient aussi très bien. On s’en sert pour simplement soulever les mottes puis les laisser retomber pour qu’elles éclatent. La motte doit être émiettée sans être retournée… C’est tout simple, et ça demande bien moins d’effort.

Reste l’éternelle question des mauvaises herbes, vous avez là aussi un conseil de paresseuse ?

Tout d’abord, avant de les éliminer, observez-les ! Elles vous donnent une indication sur votre type de sol : l’ortie par exemple indique que votre sol est riche en azote. Ensuite, rien ne vaut l’huile de bras. Vous pouvez éventuellement utiliser un décapeur thermique pour les brûler, de l’eau chaude des pommes de terre pour les éliminer entre des pavés. Mais pour vos parterres, le mieux est ensuite d’occuper l’espace avec des plantes vivaces. Plus l’espace est occupé par de bonnes plantes, moins il y aura de mauvaises herbes. Pour les surfaces non plantées, pensez aussi au paillage, qui non seulement freine leur repousse, rend leur arrachage plus facile, et a d’autres avantages : il crée de l’humus en se dégradant, et retient l’humidité dans le sol, donc diminue les quantités d’eau à apporter et les heures passées à arroser en été !

Mais le paillage peut coûter cher si on l’achète en magasin…

C’est vrai, mais le top du top des paillages est peut-être à votre portée pour pas un rond : c’est le BRF. Le bois raméal fragmenté, un nom savant qui fait un peu peur mais qui désigne tout simplement le broyat de jeunes rameaux des arbres et arbustes. Vous faites ainsi d’une pierre 2 coups : vous toilettez vos arbres et vous vous faites un paillis avec les branches broyées. Un paillis excellent puisque ces rameaux contiennent de la sève chargée d’acides aminés, de protéines et de minéraux, ainsi que de lignine, une substance qui favorise le développement de champignons puis de bactéries qui vont participer à la régénération de votre sol…

Encore faut-il disposer d’un broyeur…

C’est vrai, et cela coûte assez cher, mais il est possible pourquoi pas d’en acheter un à plusieurs familles. Et d’autre part, certaines communes proposent un service de broyage de branchage à domicile qui est même parfois gratuit. Cela vaut la peine de se renseigner, car il est aussi possible dès lors de récupérer le broyat des personnes qui ne le gardent pas…

Voilà pour ce qui est des parterres. Mais il reste le problème de la pelouse, qui elle demande encore pas mal d’entretien.

Et pourtant, là aussi, il y a moyen d’être paresseux ! Si vous semez votre pelouse, il est possible aujourd’hui de choisir des semences pour pelouses à faible entretien, qui demandent une tonte, une fertilisation et un arrosage moins fréquents que celles des pelouses traditionnelles. On peut aussi transformer graduellement une pelouse existante en pelouse à faible entretien, en passant le râteau afin d’exposer des zones de sol nu, puis, au besoin, en ajoutant du terreau et en sursemant avec des espèces exigeant peu d’entretien. Enfin, le dernier conseil, c’est de tondre haut, ç’est à dire à 6 cm au minimum : cela permet de fortifier le gazon et d’épuiser les mauvaises herbes. N’oubliez pas, pour vous permettre d’être encore plus paresseux, de réduire au maximum les espaces de gazon, par exemple en semant un pré de fauche qui vous donnera beaucoup de plaisirs tout en favorisant la biodiversité dans votre jardin ! Avant de terminer cette chronique, je voudrais vous conseiller le livre de Michel Beauvais, « Jardiner bio sans se raconter de salades », aux Editions Rustica, qui est une vraie mine d’or de conseils et de découvertes…

Commentaires1 Comment

  1. van Deuren dit :

    Bonsoir,
    Enfin un site nature vraiment intéressant. Merci pour toutes ces informations.
    Je suis particulièrement intéressée par un jardin pour paresseux. J’aimerais devoir tondre un peu moins souvent ma pelouse. Vous préconisez une pelouse de 6cm de hauteur. Cependant, j’avais imaginé de créer une pelouse de sphaigne, qu’en pensez-vous? J’ai déjà pas mal de mousse sur tout un côté du jardin car il est à l’ombre. SI vous pensez que cela pourrait être une bonne solution, comment dois je faire pour l’obtenir. Ou puis je trouver cette mousse? Puis je seulement prendre la mousse trouvée en forêt et la placer dans mon jardin en espérant qu’elle accepte ma terre?
    Merci pour tous les conseils que vous pourriez me donner ainsi que d’éventuels mises en garde

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