Pangasius toxique: info ou intox?

Par · 20 avr 2012

Peut-être êtes-vous tombé au détour d’un mail ou des réseaux sociaux sur un texte dénonçant l’élevage du poisson pangasius. On voit une photo de poisson géant, accompagnée d’un texte dénonçant l’aquaculture industrielle dont il est l’objet au Vietnam, dans le delta du Mekong, fleuve parmi l’un des plus pollués au monde. L’article explique que « le pangasius absorbe de grandes quantités de poison et de bactéries, de l’arsenic contenu dans les déchets, (…)des métaux polluants,(…)» et autres produits toxiques. Toujours selon cet article, ce poisson d’élevage recevrait aussi des injections de polyéthylène et d’ »hormones féminines dérivées d’urine de femmes enceintes déshydratée », pour accélérer sa croissance.

A lire ce genre d’info, on n’a plus du tout envie de manger ce poisson. Et pourtant, son aquaculture s’est beaucoup développée ces dernières années : en 20 ans, le pangasius s’est véritablement imposé dans nos assiettes. Les belges consomment 4% de la production vietnamienne de ce poisson. Selon Test-Achats, qui consacre un dossier au pangasius dans son numéro d’avril, cette production est passée de 110 000 tonnes en 2000, à 1,1 million de tonnes en 2008. Si le pangasius a du succès malgré sa mauvaise réputation, c’est parce qu’il a peu de saveur, c’est un poisson passe-partout, facile à faire apprécier aux enfants…

Et puis un poisson pas cher, ça compte sans doute aussi dans cette évolution ! Pourtant, la polémique est vive autour de ce poisson bon marché…

Elle remonte à la fin de l’année 2010, moment auquel le WWF, dans son guide d’achat de poissons, a recommandé d’éviter de consommer du pangasius, lui otant sa gommette orange pour une gommette rouge… L’effet a été immédiat sur l’économie du Vietnam qui a vu ses ventes dégringoler. Il y a depuis lors eu quelques efforts du Vietnam pour aller vers une aquaculture durable, et le pangasius a depuis lors été reclassé « orange ».

Le Vietnam a surtout promis des efforts. Mais le pangasius est-il pour autant devenu un bon poisson ? Test-Achats a voulu se pencher sur la mauvaise réputation du pangasius, afin de vérifier les fondements de cette polémique. D’emblée, l’organisme de défense des consommateurs signale que le pangasius est un poisson maigre qui « ne possède pas des qualités nutritionnelles aussi intéressantes que celles d’autres espèces : il contient par ex. plus d’acides gras saturés (néfastes pour la santé), mais moins d’oméga 3 et de protéines. » Test-Achats a aussi fait des recherches de polluants dans ses échantillons de pangasius, et ces analyses ont donné de très bons résultats puisque seuls deux échantillons testés contenaient des traces d’un pesticide, dans des quantités « faibles et sans danger pour la santé »…

Pourtant, il est reconnu que le Mekong où sont élevés ces poissons est vraiment très pollué, notamment en matière d’arsenic … Comment ces poissons échappent-ils à la pollution ? Test-Achat explique ce faible taux de pollution par le fait que le pangasius est pêché assez jeune, ce qui pourrait expliquer pourquoi il ne contient pas de métaux lourds. Pour les scientifiques de la Stichting De Noordzee, le fait que ces polluants se concentrent dans la graisse, et que le pangasius soit un poisson très maigre, fait partie de l’explication…

 Il n’y a pas que les métaux lourds : du point de vue sanitaire, selon ses détracteurs, le pangasius serait contaminé par des bactéries pathogènes…Ici aussi, l’enquête de Test-Achats se veut rassurante : selon elle, le Vietnam serait un modèle en matière d’hygiène et de sécurité alimentaire. La plupart des pangasius nous parviennent sous forme surgelée et ne sont donc pas exposés à la dégradation microbiologique. Un petit peu de pangasius arrive frais, par avion, mais Test-Achats n’y a trouvé «  aucune trace de levures, moisissures et ferments lactiques, pas plus que de microorganismes comme la Listeria monocytogenes, les salmonelles ou l’E. coli ».

En parlant de de transport en avion, on peut s’interroger sur l’empreinte écologique liée au transport du pangasius… En principe, le pangasius est toujours importé surgelé, en bateau. Le poisson frais importé par avion est une exception. Selon Test-Achats, même en tenant compte de la dépense énergétique liée à la surgélation, le poisson transporté par bateau reste plus écologique que celui transporté par avion. Si vous achetez du poisson surgelé, toutefois, vérifiez la mention du poids net égoutté : celle-ci vous permettra de connaître la quantité réelle de poisson achetée – une fois débarrassée de la glace… Les poissons sont en effet enveloppés d’une couche de glace protectrice qui peut représenter 2 à 23,9 % de son poids, selon les échantillons testés…

Finalement, la consommation de ce poisson aurait-elle été diabolisée à tort ? Non, Test-Achats admet que tout n’est pas encore rose autour de ce poisson-chat du Mekong… Du point de vue des populations locales qui l’élèvent, par exemple : on sait que le filet de pangasius se vend chez nous aux alentours de 2,91 €/kg. Or seuls 10 % de cette somme vont au pêcheur ! Ça ne fait pas grand chose ! (10 % au grossiste, 20 % à l’industrie de transformation, 20 % à l’exportateur et 40 % au distributeur)… On est encore loin d’une pisciculture vraiment durable et d’une politique socialement responsable. Le WWF tente d’améliorer les choses du point de vue de l’alimentation des poissons, composée de farines et d’huiles fabriquées à partir d’autres poissons. Il travaille aussi avec d’autres ONG a essayer de faire en sorte que les travailleurs de ce secteur reçoivent un salaire décent, à des horaires corrects et à des conditions de travail sûres.

Au final, comme consommateur, il vaut mieux éviter le pangasius ? Pas nécessairement. On peut y recourir occasionnellement. On le sait, le boycott n’est pas nécessairement une solution. Par contre, on devrait voir apparaître courant 2012 du pangasius labellisé ASC. Le label ASC (Aquaculture Stewardship Council) est en quelque sorte l’équivalent pour l’aquaculture du label MSC, une certification qui s’applique à la pêche durable de poissons sauvages. Il s’appliquera aux poissons élevés dans des conditions respectueuses de l’homme et de la nature. Et on l’attend avec impatience !

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