Mon herbier d’été/4: la chélidoine

Par · 29 juil 2011

Downloads2On continue (dans Nuwa, sur La première RTBF, chaque vendredi après-midi) notre herbier buissonnier avec cette fois l’herbe à verrues… Tout un programme ! Peut-être cette appellation vous a-t-elle fait reconnaître la Chélidoine, que l’on appelle aussi Grande Eclaire par opposition à la Petite Eclaire, le bouton d’or, auquel la fleur ressemble. Il faut dire qu’elle ne manque pas de surnoms : son odeur désagréable lui a même valu celui d’herbe au bouc. Cest une plante herbacée de la famille des Papaveraceae, comme les coquelicots et pavots. Elle possède des fleurs jaunes à quatre pétales et un latex jaune-orangé dans sa tige. Elle se plait où vivent les hommes et pousse d ès le mois de mai et tout l’été sur les terrains incultes, les décombres, les vieux murs…

Chélidoine vient du grec khelidon, hirondelle. Drôle d’association. Mais il semble que les grecs avaient remarqué que cet oiseau frottait les yeux de son petit avec cette plante pour qu’il voie plus vite et s’envole plus tôt. De là sont  nés ses noms d’Herbe aux hirondelles, d’herbe à la vue, de Grande éclaire, et son symbole de clairvoyance. Autre explication, plus plausible : Dioscoride dit qu’elle se montre quand l’hirondelle paraît et qu’elle périt au moment de son départ.

Downloads1C’est une fleur qui a suscité l’imagination des hommes à cause d’une de ses particularités… La Chélidoine lorsqu’on brise sa tige, laisse apparaître un suc jaune à orange fluo. C’est ce jus qui fit que les Alchimistes utilisèrent la plante dans leur recherche de la pierre philosophale. On dit aussi que ce sont eux qui lui donnèrent son nom latin coeli donum ( don du ciel ). Parmi eux, Paracelse avait déduit, conformément à son principe des « signatures » que la plante devait être spécifique aux affections du foie, toujours à cause de ce liquide âcre et jaune libéré par les tiges cassées.
 Dioscoride dont on vient de parler la recommandait déjà, infusée dans le vin blanc, contre l’ictère, c’est à dire la jaunisse. Cette propriété lui a donné un nom supplémentaire, celui d’herbe à jaunisse. Tous deux n’avaient pas tort, puis qu’aujourd’hui la science moderne a démontré que la Chélidoine possédait une réelle action cholagogue, c’est à dire facilitant l’évacuation de la bile, et dépurative. La chélidoine est très utilisée en homéopathie comme draineur majeur du foie et de la vésicule biliaire.

Albert le Grand disait que « si quelqu’un la porte avec le cœur d’une taupe, il sera au-dessus de ses ennemis et se tirera de ses procès ».
 ‘est sans doute ce qui en fit un symbole de la joie donnée par une libération. Il y a aussi beaucoup de légendes liées à la magie de la Chélidoine : on a ainsi raconté que mise sur la tête d’un malade, elle le faisait pleurer s’il devait guérir et chanter s’il devait mourir. On a même été jusqu’à dire que le prisonnier qui en porte sur lui, à même la peau, réussirait son évasion : la Brinvilliers (principale protagoniste de l’affaire du collier de la Reine, cette fameuse escroquerie qui éclaboussa la réputation de la reine Marie-Antoinette) aurait essayé ce procédé magique pour échapper à la prison mais, à son contact, la chélidoine se serait desséchée, tant cette femme était mauvaise ! On sait depuis qu’ il faut, bien sûr, pour réussir cette évasion grâce à la chélidoine, être une victime injustement détenue…

Plus sérieusement, son suc jaune orangé a également la propriété de brûler les verrues… C’est ce qui lui valut aussi le nom d’Herbe aux verrues : on applique le suc frais sur les cals, cors au pied et verrues de 1 à 4 fois par jour. Ils disparaitront au fil des applications grâce à l’action caustique et rubéfiante des alcaloïdes contenus dans la plante. Attention à protéger le reste de la peau contre son action corrosive. Et puis notez qu’il est déconseillé d’user de la chélidoine en usage interne sans l’avis d’un spécialiste. Le suc de la plante est en effet TOXIQUE et à n’utiliser qu’avec discernement.

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