Local ou bio: que choisir?

Par · 10 mai 2013

Alors que le locavorisme et le bio ont le vent en poupe, de nouvelles questions se posent aux consommateurs… Vaut-il mieux consommer des produits bio importés de loin que des produits locaux obtenus parfois à grands renforts de chauffage de serre ou d’engrais et autres substances phyto-sanitaires chimiques ? 

J’ai eu envie de parler de cette question suite à un article paru sur le site Consoglobe qui posait la question suivante : « une fraise bio importée d’Espagne serait-elle plus écologique qu’une fraise cultivée en France, mais pour laquelle on aurait utilisé de nombreux intrants chimiques et que l’on aurait fait pousser dans une serre ? » L’auteur de l’article poursuivait en expliquant que selon lui, « rien n’est moins sûr », ce qui a jeté le trouble chez de nombreux internautes.

Qu’est-ce qui compte le plus dans un bilan écologique : le transport, ou le mode de culture ?

Tout compte, c’est ça la difficulté que nous avons en tant que consommateurs pour évaluer l’impact des produits. Consoglobe cite une étude menée par l’Ademe et Bio Intelligence service, selon laquelle la culture sous serre chauffée consomme 10 à 110 fois plus d’énergie que la culture à ciel ouvert. Le transport par camion est lui aussi moins lourd pour l’environnement que la culture sous serre. Donc, si la serre est chauffée et que les fraises ont été arrosées de produits chimiques, mieux vaut sans doute cultiver des fraises bio d’Espagne. Mais l’idéal, c’est d’attendre de trouver près de chez soi des fraises bio, ou de les cultiver soi-même, bien entendu !

Dans le même style, on entend parfois dire que le bilan énergétique d’une rose cultivée au Kenya et transportée par avion sera tout de même plus faible que celui d’une rose cultivée beaucoup plus près, aux Pays-Bas par exemple. Et c’est vrai : le bilan énergétique d’une rose cultivée au Kenya et transportée en avion reste inférieur de moitié (335g de CO2) à celui d’une rose cultivée dans une serre hollandaise chauffée et éclairée 24h/24 (670 g). Mais cela n’en fait pas pour autant une rose écologique à acheter les yeux fermés pour votre maman, ce dimanche… Mais il n’y a pas que le CO2 et le pétrole qui comptent dans la vie d’un écolo !-) Le gros point noir de ces fleurs provenant de pays lointains, c’est qu’elles sont cultivées dans des conditions assez pénibles pour les travailleurs… Dans ces pays du Sud, on utilise des pesticides hautement toxiques, dont certains sont interdits chez nous. Ce qui constitue une source de pollution pour l’eau et les sols, mais aussi une source d’intoxication pour les travailleurs qui ne sont pas protégés par un équipement adéquat, et dont en outre les salaires sont terriblement bas… Donc, en l’occurrence, à moins de vous procurer des roses bio et ou équitables chez votre fleuriste, il vaut peut-être mieux faire un autre choix. La difficulté, c’est qu’il existe peu de fleurs bio et locales sur le marché… Parlez-en avec votre fleuriste qui pourra peut-être vous conseiller des fleurs plus écologiques que d’autres, s’il est sensible à ces questions. Sinon, offrez une plante, cueillez des fleurs de votre jardin, c’est encore ce qui a l’empreinte écologique la moins importante. Il y a aussi les champs de fleurs à couper dont on a déjà parlé, et qui se développent pas mal en Belgique… Mais là aussi tout n’est pas complètement rose. J’ai contacté ce matin un des cultivateurs qui cultivent ces champs qui m’a bien expliqué qu’ils sont le moins traités possible, reçoivent des engrais organiques par exemple, mais les semences utilisées sont des semences traitées, et on utilise tout de même un célèbre désherbant sur ces cultures, même si c’est en tentant de réduire ces utilisations au minimum…

Tout cela est donc complexe: il faut effectuer ce calcul pour chaque produit, or on n’a pas toujours les données de base… C’est en partie ce qui explique le succès du locavorisme. En achetant les produits en circuit-court, on peut discuter avec le producteur, lui poser des questions, et connaître les conditions de culture du produit…

 

L’idéal, c’est le produit à la fois local et bio. Mais le problème, c’est qu’on ne trouve pas toujours tous les produits bio disponibles localement… En Belgique, en 2009, près de 80% des produits biologiques disponibles dans les rayons des magasins étaient importés. Il faut faire la part des choses avec ce chiffre de 80%, car la Belgique est un petit pays, et de nombreux produits sont en fait importés de pays limitrophes. Mais ce qui apparait aujourd’hui, c’est en effet que sur le marché du bio, on trouve parfois des produits importés qui sont pourtant disponibles localement. Blaise Hommelen, directeur de l’organisme de contrôle Certisys m’expliquait ce matin qu’il arrive par exemple qu’il y ait un surplus de céréales bio en Belgique à cause des importations. Il est donc important d’essayer de cumuler les critères, et de continuer à ouvrir l’oeil, car le label bio ne garantit pas la perfection écologique d’un produit.

 

En fait, choisir entre bio et local est un faux débat. Pourtant, il semble en effet que les consommateurs soient amenés ces derniers temps à se positionner sur cette question, sans doute parce que des intérêts commerciaux sont en jeu. Mon confrère Didier Dillen soulignait à juste titre récemment dans Bio Info que le dernier programme national pour l’alimentation (PNA) à destination des collectivités présenté par les autorités en février 2011, faisait « la part belle à l’alimentation locale. Jusqu’à carrément oublier l’agriculture biologique dans ses recommandations ! » et que, « les consommateurs occasionnels du bio semblent aujourd’hui accorder leurs préférences aux produits locaux, poussés en cela par les stratégies des groupes agroalimentaires et de la grande distribution qui y voient une belle opportunité de développement économique, dans un secteur par ailleurs mal en point ». Ce qui est important, en tant que consommateur, c’est de ne pas être dupe de ces enjeux ! Tout ce qui est local n’est pas bio ou durable, mais inversement, tout ce qui est bio n’est pas toujours durable, et tout ce qui est bio et durable n’est pas toujours local… Un exemple encore, celui de la tomate : des dizaines de milliers de tonnes de tomates sont cultivées chaque année en Belgique, aux Pays-Bas ou en Bretagne, principalement sous serres, ce qui nécessite une grande consommation d’énergie et multiplie les émissions de CO2 : 1 kg de tomates d’Espagne produit 0,6 kg de CO2 et le même kilo de tomates cultivées sous serre en dégage 2,3 kg ! Mais c’est sans compter les éventuels pesticides et engrais chimiques. La solution pourrait venir du bio, mais attention, il est admis par le règlement européen de cultiver des tomates bio sous serre chauffée…

On l’a bien compris, tout n’est jamais tout blanc et tout noir. Au final, comment choisir les tomates, les fleurs, les fraises à l’empreinte écologique la plus faible ? Ce qu’on peut recommander, c’est d’effectuer pour chaque achat un arbitrage qui tiendra compte d’un maximum de critères. Personnellement, j’essaye avant toute chose de respecter la saisonnalité. A cela j’ajoute les critères santé-environnement et localisation, pas toujours dans le même ordre, selon les produits. Si aucune alternative locale n’existe, par exemple pour des agrumes ou des bananes, je consomme des produits importés de loin, mais seulement s’ils sont dotés de garanties sociales et environnementales. Pour le reste, consommer des produits à la fois bio et locaux, c’est l’idéal ! Plutôt que d’opposer ces deux critères, j’essaye de les réunir en me dirigeant vers les circuits-courts pour pouvoir poser des questions au producteur. Ce qu’on constate en effet souvent, c’est que c’est lorsque le bio ou le local deviennent industriels qu’ils deviennent moins durables. Donc, la clé, pour moi, c’est en partie les circuits courts, qui permettent, comme le suggère l’association Saveurs paysannes de demander dans quelles conditions un poulet a été élevé, avec quel type d’aliment, ou combien de fois des fruits été traités, avec quelles substances, etc.  Parfois, ces questions feront même évoluer le producteur dans sa démarche…

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