Cosmétique: comment se servir de la liste INCI des ingrédients

Par · 16 mar 2012

Les ingrédients de nos produits cosmétique peuvent jouer sur notre santé. Aujourd’hui je vous propose d’apprendre à décoder les étiquettes pour éviter les substances les plus toxiques…Les consommateurs disposent pour cela d’un outil un peu compliqué mais qui a le mérite d’exister : la liste INCI des ingrédients.

INCI signifie International Nomenclature for Cosmetic Ingredients, en Français, la nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques. Les fabricants de produits cosmétiques ont l’obligation, selon une Directive européenne, d’afficher la liste des ingrédients de chaque produit sur son emballage de nos produits de beauté. Apprendre à la décoder permet de savoir si le produit que vous achetez contient des matières premières polluantes pour l’environnement, ou toxiques pour la santé. Cela permet aussi de démasquer des astuces marketing pas forcément honnêtes…

Ce n’est pas forcément facile parce que ces listes sont écrites en tout petits caractères, en anglais ou en latin, et que les termes ne signifient pas grand chose pour le commun des mortels.C’est vrai, mais en s’entrainant un peu, il y a moyen de devenir un as du décodage. Premier petit truc à retenir : l’ordre de la liste des ingrédients vous donne déjà de précieuses indications. Ils doivent apparaître dans la liste INCI par ordre décroissant, en fonction de leur dosage dans le produit. Le premier ingrédient est celui qui est en plus grande proportion dans le produit, et ainsi de suite… En général,les 4 ou 5 ingrédients listés en premier constituent prés de 90 % du produit.

Une majorité de listes commencent par « aqua », c’est bon signe ? L’eau n’est pas toxique, c’est sûr. Les choses sont moins réjouissantes lorsque la liste commence par Paraffinum liquidium, ce qui signifie que le plus gros de la formule est constituée d’un sous produit pétrolier, la paraffine. Attention aussi aux exceptions à la règle de l’ordre décroissant: les ingrédients dosés à moins de 1% de la formule totale peuvent être mentionnés dans le désordre en fin de liste. C’est une astuce souvent utilisée par les fabricants pour préserver le secret de leur formule, mais aussi pour faire croire que certains ingrédients sont plus présents que d’autres… Les pourcentages ne sont en effet pas obligatoires dans les listes INCI. Mais il y a tout de même un petit truc qui peut vous aider à repérer où se situe la limite des moins de 1% dans une liste INCI : comme la législation limite le dosage de certains ingrédients (le paraben par exemple ne peut excéder 0,4 %, le phenoxyethanol (solvant des parabens) est limité à 1%), il suffit de les repérer s’ils sont présents dans la formule pour savoir où se situe la barre des matières premières présentes à moins de 1%.

Mais la difficulté est justement de s’y retrouver parmi les centaines d’ingrédients : rien que les plus courants sont au nombre de 2500 ! Retenez que l’eau est désignée par le terme aqua, et que les autres noms latins désignent souvent des extraits naturels de plantes. Les terminaisons en « -one » ou en « -ane » sont des dérivés du silicone : ils ne sont pas toxiques pour la santé mais très polluants pour l’environnement car non biodégradables. Petrolatum et paraffinum, sont des dérivés pétrochimiques. Parmi les substances les plus à risque, il y a le BHT (Butylhydroxytoluène) et le BHA (Butylhydroxyanisole), connus pour modifier le système immunitaire dans les test sur des animaux. Il y a aussi les amines aromatiques, substances de base des colorants capillaires d’oxydation, qui peuvent être absorbées par la peau et sont très sensibilisantes. Le toluène, quant à lui, solvant de nombreux vernis à ongles, appartient aux substances préoccupantes pour leur potentiel cancérigène, mutagène et reprotoxique… N’oubliez pas d’aérer au maximum si vous utilisez ce type de produit pour en inhaler le moins possible. Les phtalates sont soupçonnés de nuire à la fertilité…

Ce tableau n’est pas très réjouissant… Et vous n’avez pas encore parlé des colorants et des parfums. Pour traquer les colorants, il faut repérer la mention CI. Les plus douteux sont les colorants dits azoïques, qui présentent des couleurs intenses et peuvent causer des problèmes toxicologiques : des études montrent que 25 des colorants utilisés en Europe peuvent franchir la peau et endommager le foie. Ils sont soupçonnés d’être cancérigènes. Les parfums quant à eux ne doivent pas être mentionnés précisément. Toujours pour respecter le secret industriel de fabrication du produit, ils peuvent être regroupés avec les arômes sous l’appellation « Parfum et Aroma », exception faite de 26 substances parfumantes allergènes dont la présence doit être signalée. Les muscs synthétiques par exemple sont des substances odorantes à risque, provoquant des allergies et modifications du système endocrinien.

Il reste donc pas mal d’exceptions qui empêchent l’étiquette d’être vraiment transparente sur le contenu des produits et donc des risques encourus.

Ajoutons à cela le fait que sous couvert du secret professionnel, certaines substances peuvent demander à être masquées sous un numéro spécial attribué sur demande dérogatoire payante : des substances reconnues ou soupçonnées allergènes peuvent ainsi se dissimuler dans un produit. Pour choisir au mieux vos produits de beauté et d’hygiène, je vous propose cette excellente lecture : la toute nouvelle version du livre « La vérité sur les cosmétiques » (Editions Leduc S. , 2012), une bible en la matière, écrite par Rita Stiens, et dans lequel on trouve un classement des produits présents sur le marché, mais aussi un index des composants cosmétiques qui permet d’un seul coup d’oeil d’évaluer leur nocivité…

Voici 3 analyses de produits qui montrent qu’il ne faut pas se fier aux apparences des emballages :

Beauté initiale de Chanel : oui, j’avoue, je me suis laissée tenter un jour où je cherchais une crème de toute urgence dans une boutique où il n’y avait rien de bio. Une vendeuse a fait son travail à merveille, me promettant un produit très bien toléré par toutes les peaux. La mienne a fait un rejet catégorique après 2 jours, et j’ai alors passé au crible l’étiquette. Eau, Ethylhexyl Methoxycinnamate (filtre UV chimique qui obtient 2 mauvais points au classement de Ria Stiens car soupçonné de pouvoir déclencher un effet hormonal), alcohol, glycerine, polymethylsilsesquioxane (mauvais pour l’environnement), ammonium acryloyldimethyltaurate/VP polymer (substance de contrôle de viscosité, pas bon pour la santé ni l’environnement), plusieurs paraben (conservateurs, bof)…

Déo Laino « Le soin naturel » : celui-ci, acheté en pharmacie, ne mérite pas vraiment ce titre de « soin naturel » avec comme premier ingrédients l’alcool, mais aussi du dimethicone (dérivé du silicone), et même du triclosan,…

Lait démaquillant «Caresse d’herboriste » de Cattier : bonne surprise, ici, ce n’est pas du greenwashing ! Les ingrédients sont : eau, extrait de bleuet, dicaprylyl carbonate (huile d’ester, ok), Caprylic triglycéride (émulsifiant ok), huile de tournesol, cetearyl glycosides (émulsifiant ok), cetearyl alcohol (ok), sodium benzoate (conservateur ok), benzyl alcohol (conservateur ok), stearic acid (émulsifiant ok), gomme de xanthane (liant, gélifiant, ok), tocophérol (anti-oxydant ok), acide lactique (conservateur, ok). Ouf !

La conclusion : il y a moyen de trouver des produits efficaces et doux pour la peau et l’environnement, mais cela demande de l’attention… et une bonne loupe !

 

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Commentaires1 Comment

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