Limonène et linalol: danger?

Par · 31 mai 2013

Une auditrice s’inquiète concernant la présence de limonène et de linalol dans des produits cosmétique ou de nettoyage écologiques. Ces substances sont-elles irritantes, toxiques, dangereuses, comme le disent certains articles sur internet ?En fait, la plupart des mises en garde contre le linalol remonte à 2009, année durant laquelle fut publiée une étude suédoise qui fit beaucoup parler d’elle dans les médias. Cette étude de l’université de Gothenburg, menée sur 3.000 patients soumis à des tests allergiques pour déterminer l’origine de leur eczéma, révélait qu’entre 5 et 7% d’entre eux étaient allergiques au linalol lorsqu’il est oxydé au contact de l’air. Le problème, c’est que bien souvent, la conclusion de cette étude a été communiquée de façon biaisée au grand public, qui en a retenu que le linalol est allergisant…

Or il y a du linalol dans beaucoup de produits d’hygiène, de cosmétique, de nettoyage, non ?

Ou, cette substance serait présente dans 60 à 80% des produits d’hygiène parfumés, par exemple dans de nombreux shampooings, après-shampooings, crèmes et savons, y compris des cosmétiques écologiques ou bio, puisque le linalol est une substance parfumante naturellement présente dans les huiles essentielles de thym, lavande officinale et lavandin, pin sylvestre, laurier noble, bigaradier, marjolaine, menthe poivrée, mais aussi dans les extraits de citron, orange, serpolet, ylang-ylang, verveine, myrte, néroli, coriandre, géranium, limette, mélisse, muscade, basilic, bergamote et d’autres plantes.

On peut donc s’inquiéter à juste titre ?

Pas outre-mesure, en fait. C’est ce qu’explique Rita Stiens sur son site « La vérité sur les cosmétiques » : «  L’étude suédoise ne portait, en fait ni sur l’huile de lavande, ni sur les extraits de plantes. Elle ne portait même pas sur le linalol lui-même, mais sur les conséquences de la réaction du linalol avec l’oxygène » Et c’est ça qu’il faut garder en tête : le linalol, lorsqu’il s’oxyde au contact de l’oxygène peut provoquer des allergies. Il faut pour cela de un qu’il s’aoxyde et de 2 que le terrain soit sensible à ce type d’allergie. En fait, ce n’est pas une vraie découverte, car toujours selon Rita Stiens, on sait depuis longtemps que les substances odorantes oxydées peuvent être source de problèmes. « Tout fabricant de cosmétiques naturels et bio compétent sait, par exemple, que les huiles essentielles doivent être stockées de manière à empêcher les processus d’oxydation. » Et comme le rappelle aussi Ria Stiens, « les réactions aux substances odorantes sont des réactions individuelles. Les personnes qui n’ont pas de problème avec le thym, le romarin, la cannelle ou l’huile de citron, ne deviendront pas allergiques à ces substances à leur simple contact. »

Mais est-ce qu’à force d’être en contact avec du parfum, on ne devient pas plus sensible ?

C’est ce que cette étude suédoise tendait aussi à confirmer : le fait que nous soyons littéralement bombardés de substances odorantes peut engendrer une sensibilité plus élevée dans la population… D’autres substances sont régulièrement incriminées, comme par exemple le limonène au sujet duquel s’inquiétait aussi notre auditrice. Le limonène est une molécule aromatique présente dans certains parfums et huiles essentielles, et classée par la réglementation cosmétique parmi les 26 substances aromatiques obligatoirement étiquetables du fait de son caractère allergène. En fait, ici aussi, le potentiel allergisant du limonène est en fait relativement faible : les personnes qui ne sont pas sensibilisées à cette molécule peuvent utiliser sans problème les produits qui en contiennent. Il ne devient irritant pour les personnes qui ne sont pas allergiques que s’il s’oxyde dans l’air, ou s’il est absorbé à très forte doses…

Dans quoi trouve-t-on le limonène ?

Lui aussi dans de nombreux produits d’hygiène, de nettoyage… Il peut être d’origine synthétique ou naturelle. C’est un composant de la peau des agrumes. On le trouve par exemple dans les huiles essentielles de citronnier, orange, néroli, bergamote, mandarine… C’est quelque chose que le consommateur ignore souvent : une même substance parfumante, mentionnée avec le même nom dans la liste INCI des ingrédients peut être d’origine synthétique ou naturelle. Par exemple, toujours selon Rita Stiens, « dans de nombreux produits cosmétiques, on trouve le géraniol sur la liste INCI des ingrédients. Mais il y a géraniol et géraniol. La différence peut s’avérer décisive pour les personnes allergiques car il y a des indications claires et nettes prouvant qu’on ne peut juger de la même façon les huiles naturelles et les substances de synthèse ». Une étude sur le géraniol commanditée par le BDIH (l’interprofession allemande des produits cosmétiques naturels) montre que sur échantillon de 50 personnes allergiques au géraniol, 10 de ces 50 personnes (20 %, donc) ont eu une réaction à la substance odorante géraniol isolée chimiquement, mais aucune des 50 personnes n’a réagi aux huiles essentielles contenant du géraniol. C’est intéressant car cela montre que sous forme non isolée chimiquement, mais sous forme d’HE essentielle, c’est substances ne sont pas aussi allergisantes.

Que peut-on conseiller par rapport à ces substances ? Y a-t-il des précautions d’usage ?

En ce qui concerne le linalol, il faut savoir que la législation européenne impose aux fabricants d’indiquer la présence de linalol dès qu’il est présent à hauteur de 0,001 % dans les produits à ne pas enlever et à 0,01% dans les produits à enlever par rinçage. Maintenant, on l’a compris, ce qui pose problème ce n’est pas tant le linalol que son oxydation qui pose problème. Les industriels mettent dans leurs produits d’autres substances pour retarder ce processus d’oxydation mais cela ne suffit pas toujours. Pour cette raison, ce que l’on conseille aux consommateurs, c’est d’éviter les contacts des cosmétiques contenant du linalol avec l’air ambiant : ça veut dire qu’il faut refermer les pots ou les flacons aussitôt après usage, mais aussi préférer les petites quantités, à consommer assez rapidement… De manière générale, par rapport à ce parfum comme à tous les autres parfums, on ne le répétera jamais assez : mieux vaut essayer au maximum de réduire les contacts avec des parfums, en particulier dans la petite enfance. Plus les contacts et leur fréquence se multiplient, plus le risque de voir apparaître une allergie est important. Donc pas de panique, mais essayons de choisir des produits les moins parfumés possible !

En savoir plus

Commentaires1 Comment

  1. Sophie dit :

    Bonjour, Finalement, si on en trouve dans des flacons d’huiles essentielles, cela veut dire qu’on a rajouté une part chimique au produit de base, c’est bien ça ?
    Et donc si on va plus loin que l’huile essentielle n’est pas complètement pure, d’où des problèmes lorsqu’on l’applique sur la peau, voire si on l’ingère, n’est-ce-pas ?

    Merci de votre article et de votre réponse et belle journée !

Ajouter un commentaire

*