Le vrai/faux du Bio

Par · 15 sept 2012

On a parlé de fraudes au bio récemment dans la presse, on y a aussi lu ou entendu que la valeur nutritive du bio ne serait pas supérieure à celle des aliments produits par l’agriculture conventionnelle. L’occasion de faire le point sur le (la disent les Français) bio…

Le bio est sur la sellette ces dernières semaines. Ça a commencé fin août avec la publication d’un article du Canard enchaîné (édition du 22 août) titré « Les farces et attrapes du bio industriel ». Un article qui à la fois dénonce le faux bio dans lequel il englobe les fraudes, mais aussi ce qu’il désigne comme des « dérives » autorisées par la règlementation européenne. Ce que rapporte Le Canard Enchaîné, c’est notamment le trafic de faux produits bio démantelé en Italie en décembre dernier… La police italienne a mis la main sur des trafiquants qui achetaient en Roumanie des céréales et des fruits secs bon marché, les transformaient en produits bio grâce à de faux documents, et les revendaient quatre fois plus cher à des grossistes qui n’y voyaient que du feu. Neuf pays européens ont ainsi été arrosés de ces marchandises pleines de pesticides, et indûment étiquetées « bio ».

Ce genre de faits met légitimement des doutes dans la tête des consommateurs. Le bio est sensé être contrôlé, pourtant. Mais le Canard Enchaîné explique que si les organismes de contrôle « épluchent les dossiers de candidature et renouvellent, ou pas, les licences octroyées pour un an », «  la Répression des fraudes, qui intervient en deuxième ligne, sur les étals n’aurait pas de troupes suffisantes pour veiller au grain »… L’hebdomadaire satirique n’hésite pas à jeter davantage de doutes sur le bio dans son ensemble, en dénonçant le fait que la nouvelle réglementation européenne du bio a ouvert la voie à des dérives telles que le poulet bio industriel ou la production de légumes bio en serre…

Est-ce que tout ça est vrai ? Malheureusement, les fraudes existent, et il est vrai que le règlement bio européen permet de produire des tomates en serre ou du poulet industriel. Mais ce que regrettent certains (c’est l’avis par exemple exprimé dans un article du site Forum Phyto, site issu de l’initiative d’organisations françaises de la filière fruits et légumes) c’est qu’en amalgamant fraudes et évolutions laxistes de la règlementation européenne, Le Canard Enchaîné jette le discrédit sur l’ensemble de la filière. de nombreux acteurs de la filière bio sont pourtant conscients de ces problèmes et agissent par exemple pour faire progresser la lutte anti-fraudes, et pour faire évoluer la réglementation bio… En fait, on assiste à un débat important qui a lieu au sein de la filière bio, avec d’un côté les partisans d’un bio puriste et local, à petite échelle de développement, et de l’autre côté ceux qui défendent un bio international qui trouve sa place économique dans un monde  globalisé…

L’image du bio a subi d’autres attaques ces derniers jours… On a aussi entendu dire que les produits bio ne sont pas meilleurs pour la santé que les conventionnels. Beaucoup de médias ont relayé de façon un peu simpliste une nouvelle étude sur les produits bio, publiée le 4 septembre par la revue américaine « Annales of Internal Medicine ». Mais comme l’ont regretté ensuite Bioforum Wallonie, au travers d’un article dans Le Soir, mais aussi les auteurs d’articles parus sur des sites comme Doc Buzz ou Psychomedia, sur internet, la plupart des articles parus dans la presse ont relayé la synthèse hâtive et peu fouillée fournie par l’agence Reuters, sans prendre la peine de retourner aux sources : l’étude dirigée par le Dr Dena Bravata du Center for Health Policy de l’Université Standford.

En fait, ce n’est pas une étude en elle-même, mais ce qu’on appelle une méta-analyse. Le Dr Bravata et plusieurs de ses confrères ont passé en revue 17 études concernant les effets sur la santé des aliments bio et 223 études portant sur les niveaux de nutriments et de produits toxiques dans les aliments. Leur but était d’examiner ces études pour répondre à 3 questions. – Les produits biologiques sont-ils meilleurs pour la santé?
- Les produits biologiques sont-ils plus nutritifs ?
- Les produits biologiques sont-il moins contaminés par les pesticides ?

Et quelles étaient les réponses à ces questions ? « Il n’y a pas de différence significative »: c’est en gros ce qui a été relayé dans la presse, et pourtant, quand on se penche vraiment sur l’étude, on se rend compte que ses auteurs livrent des résultats bien plus nuancés. Pour répondre à la première question, le critère santé, seulement 3 études menées chez l’homme ont été analysées. Elles ne retrouvent pas de différence entre les consommateurs d’aliments biologiques et les autres mais n’évaluent ce critère “santé” que sous 2 angles : la survenue de phénomènes allergiques et celle d’infections bactériennes à Campylobacter. Ajoutons à cela qu’aucune des 3 études n’a duré plus de 2 ans.

C’est un peu court pour conclure à autre chose que le manque d’études au sujet de l’impact du bio sur la santé. Qu’en est-il pour les autres questions ? En matière nutritionnelle, les auteurs soulignent que pour de nombreux nutriments, il n’y a pas de différence nutritionnelle significative, mais ils confirment néanmoins que les produits laitiers et la viande de poulet bio sont plus riches en oméga 3, et que de manière générale les aliments bio contiennent plus de polyphénols que les conventionnels…Concernant les contaminations microbiennes, les auteurs arrivent à la conclusion qu’il n’y a pas de risque de contamination plus élevé en bio qu’en conventionnel, mais un risque plus faible d’être exposé à des bactéries résistantes aux antibiotiques. Plus important encore, les auteurs concluent que seulement 7% des aliments bio contiennent des résidus de pesticides contre 38% des conventionnels…

En fait, c’est étonnant, cette étude contrairement à ce qu’on en a dit est plutôt favorable au bio ? Oui, c’est étonnant en effet que de nombreux commentateurs aient compris le contraire… Certains évoquent d’ailleurs qu’il y ait des conflits d’intérêt entre le géant alimentaire Cargill et le centre au sein duquel travaille le Dr qui a dirigé cette étude. Mais cela n’explique pas pour autant que les articles de presse aient été si négatifs et aient omis de retourner aux sources. Tout cela montre en fait que le bio est plus que jamais l’enjeu de passions et de débats, sans doute parce qu’il représente désormais un enjeu économique. Pour conclure, concernant les fraudes, je dirais que l’on peut y échapper en tant que consommateur en privilégiant des achats locaux, du producteur au consommateur. Pour le reste, l’impact du bio sur la santé, il faut sans doute le voir de manière plus large : puisque cette étude confirme déjà qu’il y a moins de pesticides dans les produits bio, et que les études confirmant l’impact de ces pesticides se multiplient, on peut raisonnablement admettre que si le lien n’est pas encore scientifiquement prouvé, le bio reste une alternative positive ne fut-ce que pour l’environnement, la biodiversité, la santé des gens qui cultivent…

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Commentaires1 Comment

  1. Mlle Pigut dit :

    Effectivement, des fraudes comme partout, il y en a malheureusement.

    Pour le reste, c’est amusant de constater comme les journalistes s’acharnent (et c’est bien normal) à décortiquer une étude mettant à mal les OGM, cherchant les erreurs et raccourcis. D’un autre côté, on voit que peu s’embêtent à comprendre et examiner vraiment une analyse ayant tout l’air de ne pas vanter le bio…
    Si je faisais des raccourcis comme ces journalistes, je serai tentée de me dire que : le bio ne présente pas d’intérêt ; les OGM et pesticides, ne posent aucun problème. Mais bien sûr…

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