Le lait, le sourire de la laitière et celui du consommateur!

Par · 10 mai 2010

Marguerite-Photo MadamenatureAutrefois considéré comme un aliment indispensable pour la santé, le lait est aujourd’hui accusé de tous les maux. On le dit lourd pour l’estomac autant que pour la planète. Les agriculteurs peinent à gagner leur vie en le produisant… Quelle est l’empreinte écologique du lait, y a-t-il de meilleurs laits que d’autres, quelles alternatives sont plus saines, plus douces pour la planète, ou plus éthiques? Ce lundi, Nuwa (La première, RTBF) vous proposait de boire du petit lait en vous penchant sur l’immaculé breuvage! Ceux qui ne veulent pas rater une goutte de l’émission peuvent la réécouter ici!

Le Belge consomme plus de 50 litres de lait par an… Le Wallon en particulier consomme en moyenne et par an 55 kg de lait, 20 kg de fromage, 15 kg de yaourts, 6 kg de beurre et 10 kg d’autres produits laitiers frais…Chez nous comme ailleurs en Europe, le lait a eu tout au long du XXe siècle en particulier une image de « super-aliment ». Mais depuis quelques années, le liquide voit sa réputation jusque là immaculée s’assombrir de quelques taches. Le premier de ces nuages qui planent sur le lait prend la forme d’une polémique… Alors qu’on a longtemps promu le lait comme une source indispensable de calcium, et donc comme un aliment permettant à la fois une bonne croissance et la lutte contre l’ostéoporose, certains scientifiques affirment aujourd’hui que consommer plus de calcium laitier n’améliore en rien la santé des os.

 

Quels sont les arguments des détracteurs du lait ?

Ils pointent du doigt le fait que les pays les plus consommateurs de lait sont aussi ceux qui souffrent le plus de l’ostéoporose, cette maladie caractérisée par une fragilité excessive du squelette. Ils rappellent aussi que dans certaines régions du monde où l’on ne consomme aucun produit laitier, l’ostéoporose n’existe pas. Certains suggèrent même qu’il existerait peut-être un lien entre la consommation de lait et le cancer de la prostate ou des ovaires, ou encore avec la maladie de Parkinson ou le diabète de type-1. Enfin, 70% des habitants de cette planète seraient soit intolérants au lactose, soit carrément allergiques au lait. Pour les chevaliers de cette croisade anti-lait, comme Thierry Souccar, par exemple, auteur du livre « Lait, mensonges et propagande » (éditions Thierry Souccar), il serait «  irresponsable d’encourager la consommation de laitage ».

 

Le lait serait-il donc un poison ?

Les recommandations nutritionnelles belges considèrent toujours le lait et les produits laitiers comme une source de calcium alimentaire très intéressante, permettant une absorption atteignant 1/3 du calcium présent dans l’aliment. Ce qui pose problème, probablement, c’est le fait que le lait tel qu’il est produit et proposé aux consommateurs aujourd’hui n’a plus les mêmes qualités que le lait d’autrefois. Alors que jusqu’il y a quelques décennies, les vaches se nourrissaient d’herbe et de fourrages, on leur fournit aujourd’hui une alimentation à base de farine de soja et des tourteaux industriels (des résidus de graines, de fruits oléagineux dont on a extrait l’huile). La composition du lait en est modifiée, notamment au niveau des matières grasses. Les traitements subis par le lait pour assurer sa conservation lui enlèvent  aussi des qualités nutritionnelles : la pasteurisation ou le traitement UHT (Ultra Haute Température) altèrent certaines vitamines présentes dans le lait cru et dégradent aussi ses composants naturels protecteurs, ceux qui permettaient un renforcement du système immunitaire.

 

Du point de vue environnemental aussi le lait fait parler de lui…

Vous avez sans doute déjà entendu parler de la quantité astronomique de pets et de rots, par laquelle Marguerite, Roussette et leurs copines  participeraient au réchauffement climatique. Chaque vache diffuse dans l’atmosphère, à peu près 90 kg par an de méthane, ce gaz à effet de serre.  Or, en 2007, ce sont près de 225 millions de vaches qui ont produit 551 millions de tonnes de lait dans le monde… Une production qui monte en flèche, puisque l’on en avait produit que 470 millions de tonnes dix ans plus tôt). Selon la FAO et l’OCDE, ce sont même plus de 700 millions de tonnes de lait qui devraient être produites en 2010 (645 884 en 2007). Outre leurs excréments qui participent aussi à la pollution des nappes phréatiques, en terme d’empreinte écologique, on oublie aussi souvent que pour produire du lait, les vaches consomment aussi beaucoup d’eau : pour produire 1 litre de lait, il faut plus de 6 litres d’eau !

Enfin, le lait à beaucoup a défrayé la chronique ces derniers mois pour des raisons économiques et éthiques…

On se souvient des millions de litres de lait déversés l’an dernier par les producteurs belges pour attirer l’attention des décideurs politiques sur leur sort à travers la crise du lait… Avec l’arrivée des nouveaux Etats membres sur le marché laitier, et la baisse de la demande internationale, le prix d’achat du lait aux producteurs a baissé à tel point que ceux-ci le vendent parfois à perte. Les laiteries industrielles et le secteur agro-alimentaire de façon plus large négocient ces prix à la baisse en s’appuyant sur les productions moins coûteuses de l’Europe de l’Est. Et les producteurs craignent que les choses s’aggravent encore avec la suppression progressive des quotas laitiers , et leur disparition définitive prévue à l’horizon 2015…

Une fois de plus cette question : faut-il s’arrêter de consommer du lait, ou existe-t-il d’autres solutions ?

La première chose à garder en tête, c’est que nous avons tendance à consommer plus de produits laitiers et de produits d’originale animale qu’avant…. Et souvent même trop. Diminuer sa consommation, et l’équilibrer par des apports végétaux est une bonne idée, tant pour votre santé que pour la planète. Ensuite, on peut aussi mieux choisir son lait… Car il y a désormais des laits moins laids que d’autres ! La production de lait bio par exemple est plus respectueuse des animaux et de l’environnement que la production conventionnelle : les vaches sont nourries avec des aliments bio, elles doivent avoir accès à l’extérieur en permanence, et ne peuvent être attachées, sauf dérogation. L’usage des antibiotiques est limité et sévèrement réglementé et contrôlé… Résultat : on sait aujourd’hui que le lait bio est de meilleure qualité nutritionnelle que le lait conventionnel. Une étude initiée par l’Union Européenne depuis 2004, intitulée « Quality Low Input Food », montre que le lait bio est plus riches en vitamine E, en beta-carotène, en oméga 3 et qu’il contient 60% d’antioxydants en plus.

Est-il pour autant plus digeste ?

Pour un lait facile à digérer, on peut se diriger vers le lait de chèvre, celui de brebis ou encore celui de jument. Les laits végétaux (châtaigne, soja et compagnie) sont très tendance en ce moment, mais ils ont d’autres inconvénients (il n’y a pas d’aliment parfait !), et notamment parfois sont produits loin de chez nous… Quant au lait de vache idéal, finalement, c’est le lait cru.

 

On peut encore trouver du lait cru aujourd’hui ?

C’était très difficile jusqu’il y a peu, mais cela redevient de plus en plus facile… La crise du lait a stimulé quelques initiatives laitières intéressantes. Pour mieux maîtriser les prix d’achat de leur productions, les producteurs laitiers innovent : ils réduisent le nombre des intermédiaires pour négocier directement le prix de leur lait avec les grandes surfaces, sans passer par des centrales d’achat. C’est de cette façon que s’est créée il y a quelques jours la marque de lait Fairebel, émanation d’une coopérative d’agriculteurs wallons et flamands. Moins d’intermédiaires encore pour les agriculteurs qui proposent du lait en vente directe à la ferme, ou via des groupes d’achat collectifs.  Et enfin, on voit fleurir, un peu partout en Wallonie, des distributeurs de lait cru…Ces machines, qui ressemblent à des distributeurs de soda, permettent de se procurer du lait cru frais du jour. Tout bénéfice pour votre estomac, votre santé, et pour le portefeuille de l’agriculteur…Ces machines à lait ont un réel succès en Italie, où plus de 1500 distributeurs sont installés. En France, il y a en plus de 140, tandis que chez nous, ces appareils sont déjà environs 35 en Flandre et une dizaine et peut-être plus en Wallonie : on en trouve un à Andenne, à Florenville, à BaudourPépinster, Leignon, Thorembais-Saint-Trond, Jodoigne, Bois-Seigneur-Isaac

 

Et si on veut éviter le lait, y a –t-il d’autres sources de calcium ? Oui ! Il y a les légumes crucifères (dont toute la famille des choux), sardines, amandes, noisettes, figues séchées et autres fruits secs mais aussi le bouillon de poule et certaines eaux minérales, etc… Mais pour avoir des os en bonne santé, il ne suffit pas de consommer du calcium… Il faut faire de l’exercice, avoir une alimentation équilibrée, riche en fruits et légumes… et profiter du soleil tout en protégeant sa peau : ses rayons chaleureux font du bien au moral mais assurent aussi un rôle clé dans la synthèse de la vitamine D, indispensable pour une bonne absorption du calcium… Une raison de plus pour prendre l’air, enfourcher son vélo ou partir à pied remplir votre pot au lait !

 

 

 

 

Y en a un peu plus, je vous le mets quand même? Voilà une petite anecdote…

En Australie, le méthane dégagé par moutons et bovins représente 14% des gaz à effet de serre émis par le pays. Or, au pays des kangourous, un chercheur vient de découvrir que la flore intestinale des marsupiaux est différente de celle des bovins. Les bactéries n’y produisent pas du méthane mais de l’acétate. Les scientifiques planchent du coup sur l’idée de transférer les bactéries du kangourou dans les tubes digestifs des vaches et moutons pour éviter qu’ils ne dégagent du méthane…

Commentaires4 Comments

  1. Florent dit :

    Bonjour,

    Je trouve cette article intéressant mais j’ai toujours du mal à comprendre que la souffrance des animaux soit si peu évoquée dans les problèmes alimentaires.
    Ça devrait pourtant être un moteur de nos réflexions. Le lait implique systématiquement des mauvais traitements. Insémination artificielle, fatigue des grossesses successives, fatigue de l’allaitement permanent, séparation mère/veau, abattage des vaches moins productives, engraissement et abattage des mâles (et femelles en surnombres), conditions d’abattage le plus souvent terribles, l’écornage dans les systèmes intensifs, la stabulation…
    (Plus de choses à lire sur http://lavachequipleure.com )
    Tant de faits qui pourraient aussi avoir une place dans nos choix alimentaires.

    Florent

  2. Florent dit :

    Petit message pour prévenir que « La vache qui pleure » change de nom et devient « Lait Vache ». Le site déménage donc pour http://www.lait-vache.info

    Florent

  3. Marsiat dit :

    Bonjour!
    Juste un petit mot….d’étonnement.
    Pourquoi publier sur votre site une photo de vache sans corne?
    Les opérations qui consistent à les enlever ou à empêcher qu’elles poussent me paraissent bien éloignées en effet des pratiques d’élevage en harmonie avec la nature, si tant est que la notion d’élevage le soit elle même…
    Un jour, nos enfants ignoreront que les vaches ont naturellement des cornes.
    Pour s’en convaincre, il suffit de regarder leurs dessins.
    Bien à vous

  4. Isabelle dit :

    Bonjour,

    voici deux réponses tardives à vos réactions. Tout d’abord, concernant la souffrance des vaches: je pense personnellement qu’il faut éviter de mettre toutes les exploitations agricoles dans le même sac. Certains agriculteurs sont très attentifs au bien-être de leurs vaches. Ce bien-être fait de plus l’objet de règles strictes dans le secteur bio. Bref, il y a lait et lait! Ce qui est difficile aujourd’hui, c’est de savoir exactement d’où provient le lait qu’on achète, et donc quelle est la qualité de l’exploitation qui l’a produit. C’est à ce titre, notamment, qu’il me semble que la filière courte est à nouveau une alternative intéressante.

    Deuxième réponse: une photo de vache sans corne… parce que c’est une vache! Je parlais dans cette chronique du lait, avec ses qualités et ses défauts… Or la plupart des vaches ressemblent aujourd’hui à celle qui est sur cette photo, dans notre pays… J’ai pris cette photo un jour en me promenant. Force est de constater qu’il devient rare de croiser une vache cornue. Merci pour votre message qui nous rappelle que les vaches ont bien des cornes!

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