La planète est au bout du rouleau (de papier wc)

Par · 19 avr 2010

Le papier wc, c’est un confort dont on imagine difficilement de se passer. Et pourtant, celui-ci est source de pollution, tout comme nos chasses d’eau. Dans Nuwa (sur La Première, RTBF) ce lundi, nous tentions de minimiser l’empreinte écologique du petit coin avec une chronique qui ne tourne pas autour du pot! A podcaster ici pour écouter là où même le roi va seul… ou ailleurs!

Quoi de plus naturel, dans une émission qui porte le nom d’une déesse chinoise, que de parler d’une invention de l’empire du milieu…Le papier toilette a en effet été inventé en Chine au XIV e siècle avant de devenir un véritable produit industriel dans le courant du XIXe siècle aux Etats-Unis…Il fait à ce point partie de notre quotidien, et disparaît si vite de notre vue une fois sa mission accomplie que nous avons tendance à ignorer son impact écologique.

Petite et légère, la petite feuille utile pèse pourtant un certain poids dans la balance de l’équilibre climatique… 2,5 kilos : c’est l’évaluation des émissions de carbone attribuées à un paquet de 10 rouleaux de papier toilette. Le chiffre est issu d’une analyse publiée en 2009 par le projet pilote « Product Carbon Footprints » initié entre autres par le WWF, et l’Institut de recherche sur les impacts du climat de Potsdam (PIK)… En 2009 toujours, l’enseigne britannique Tesco avait calculé que chaque feuille du papier hygiénique recyclé de sa marque émet 1,1 g de carbone contre les 1,8 g de son papier hygiénique standard. Moins de 2 grammes de CO2 par petite feuille, pas de quoi en faire une montagne, oserait-on dire… Mais sachant que l’utilisateur moyen utilise chaque année 20.805 feuilles, à raison de 8,6 feuilles par séance, l’addition climatique du rouleau molletonné s’annonce plutôt sévère. Dans le monde chaque année, ce sont 22 milliards de rouleaux de papier toilette qui sont déroulés.

Beaucoup se souviennent encore de ce fameux spot publicitaire diffusé à la télé dans les années 70, où l’on voyait un bambin débarquer au milieu des invités dans le salon de papa et maman après avoir déroulé dans tout l’appartement un rouleau de papier toilette… Sommes-nous à l’image de ce bébé, des accros du petit rouleau ? Chaque européen en consommerait treize kilos par an. Avec 3,7 milliards de rouleaux, la consommation annuelle de papier hygiénique sur le Vieux Continent génère 8,5 milliards d’euros. Depuis 2006, le WWF dénonce ce qu’il estime être une consommation destructrice, citant le chiffre de «270 000 arbres utilisés chaque jour sur la planète pour la production de ces produits ménagers». Un Américain en consommerait trois fois plus encore, or 98 % du papier hygiénique vendu aux États-Unis est fabriqué à partir de fibres de bois vierge, tandis que 40 % du papier wc européen est issu du recyclage. C’est ce qui a poussé Greenpeace à se lancer, au printemps de l’année dernière, dans une grande campagne de sensibilisation sur ce sujet. A cette occasion, Allen Hershkowitz, scientifique au NRDC (National Resources Defence Council) avait estimé que « Fabriquer du papier hygiénique à partir de bois vierge est pire que de rouler en Hummer en termes de pollution et d’impact sur le climat ».

Outre-Atlantique, l’affaire a fait du bruit : il paraît même que certaines stars militent pour la diminution de consommation de papier hygiénique. C’est vrai ? Un peu comme Paul Mac Cartney a initié les « meat free Monday », les fameux lundis sans viande, l’an dernier, Sheryl Crow a tenté de lancer la mode des visites à une seule feuille… La chanteuse américaine prônait l’utilisation d’un unique carré de papier pour les petites commissions, tandis qu’elle estimait que 2 à 3 feuilles devraient suffire pour les plus grosses affaires… Autre solution qui fait sourire : le bloggeur américain Chris Rugen, explique qu’en déroulant son rouleau de papier toilette dans un sens plutôt que dans l’autre, on peut économiser jusqu’à 2 feuilles par visite et donc allonger la durée de vie du rouleau.

Plus sérieusement ? Le papier toilette recyclé est-il une solution d’hygiène plus douce pour la planète ? La production de papier toilette à partir de fibres de récupération utilise 50 % d‘énergie en moins que celle à partir de fibres vierges. Il faut savoir que la cellulose utilisée pour fabriquer le papier toilette est achetée sur les marchés mondiaux. Il est donc difficile de connaître son origine avec certitude. Elle provient souvent de l’abattage sauvage de forêts d’Amérique latine, d’Asie et de Russie. Le papier recyclé permet aussi d’économiser de grandes quantités d’eau (utilisée pour extraire la cellulose du bois) et d’éviter les émissions de dioxine liées au processus de blanchiment au chlore du papier. Mieux vaut donc choisir les papiers garantis 100 % recyclés non blanchis et si possible porteurs de l’écolabel européen. Mais ces papiers sont rares : les fabricants hésitent à les produire face aux réticences des consommateurs, qui ont peur d’irriter leur arrière-train avec des papiers à l’aspect moins raffiné…

Pourtant, ce sont les papiers les plus raffinés que l’on devrait fuir, non ? Pour des raisons de pollution autant que de santé : les rouleaux « de luxe » sont imbibés de colorants, de parfums, de conservateurs, ou de bactéricides divers. Autant de substances qui nuisent à sa biodégradabilité. Ces papiers plus épais et chargés de produits chimiques auraient tendance à boucher les toilettes car ils demandent jusqu’à 5 jours pour se dégrader. Bref, pour éviter au maximum les nuisances environnementales et sanitaires, mieux vaut dérouler avec parcimonie des rouleaux constitués d’au moins 50% de fibres recyclées ou de papier porteur du label FSC garantissant que les fibres sont issues de forêts gérées durablement.

Est-ce qu’il existe une alternative hygiénique, pratique et écologique au papier ? Oui, et c’est à nouveau du côté de l’Orient que l’on s’est penché sur la question. Au Pays du Soleil Levant, les toilettes à douchette son quasiment généralisées. C’est en quelque sorte le retour du bidet, avec de grandes améliorations. Les toilettes japonaises sont de véritables bijoux de technologie qui tiennent compte du facteur environnemental. Non seulement, elles permettent de ne pas utiliser de papier, mais elles sont alimentées par l’eau usée du petit évier intégré au-dessus de leur chasse. Ce type de wc est rare en Europe, mais cela pourrait changer dans les années à venir. Tout cela est avant tout une question de mentalité. Difficile de révolutionner des habitudes liées à la culture !

C’est ce qui explique aussi que les toilettes sèches ont plus de mal à séduire les Européens du Sud que ceux du Nord ? Exactement. Les toilettes sèches sont pourtant une solution écologique à un autre grand problème de cet endroit que nous fréquentons 4 à 5 fois par jour : la consommation d’eau ! Les chasses d’eau de nos toilettes représentent entre 20 et 30 % de notre consommation d’eau. Lorsqu’on tire sa révérence aux toilettes, ce sont 6 à 12 litres d’eau potable qui s’évacuent ! Les toilettes sèches évitent cette consommation absurde d’une eau rendue propre à la consommation au prix de traitements coûteux. Le dispositif comprend un seau dans lequel on place une litière : la sciure de bois par exemple, est répandue sur les déjections. Et le tout est évacué régulièrement pour être composté. Cette biomasse est ainsi valorisée, puisqu’au lieu d’être rejetée dans l’eau, elle est réintroduite dans le processus de formation de l’humus. Selon les spécialistes, ce système permettrait de prévenir à plus de 97% la pollution des eaux par les nitrates et aussi en grande partie par les phosphates. Mais ces toilettes sèches ont en effet encore du mal à s’imposer. Tous ceux qui les ont testées pourront pourtant vous dire qu’elles sont confortables, hygiéniques, et sans odeurs…

Pour ceux qui sont frileux face à ces wc écolo, peut-on tout de même donner quelques conseils de préservation de l’or bleu ?

Il est possible de brancher son wc sur un système de récupération d’eau de pluie. On peut aussi placer une chasse d’eau double débit qui utilise 3 ou 6 litres d’eau, selon les besoins. L’astuce plus simple encore, mais très pratique et à la portée de tous est de placer une bouteille d’eau remplie dans le réservoir de la chasse. Vous réduirez ainsi le volume évacué à chaque utilisation !

Enfin, n’utilisez pas de produits nettoyants à base de Javel ou d’autres substances… Il est tout à fait possible, pratique, facile, écologique et économique d’entretenir votre wc avec du vinaigre, du bicarbonate de soude, et quelques gouttes d’huiles essentielles. Voici une recette tirée du livre « Le citron malin », de Julie Frédérique, publié aux Editions S. Leduc.

« Pour désinfecter efficacement vos toilettes, mélangez 40 gouttes d’huile essentielle de citron, de lemon-grass et de pin sylvestre. Dans un pulvérisateur, versez 1 cuillère à café de cette formule désinfectante et 2 cuillères à soupe de vodka ou d’eau-de-vie, puis ajoutez un verre d’eau. Vous pouvez vaporiser ce mélange ou en verser 10 gouttes dans la cuvette après l’avoir nettoyée ».

Vous trouverez aussi des trucs, astuces et recettes écolo-écono sur le site de Raffa, Le Grand Ménage, et dans son livre du même nom.

Commentaires1 Comment

  1. Vincent dit :

    C’est bien de mentionner double débit de chasse et la bouteille d’eau pour diminuer la quantité d’eau du réservoir (réglable bien souvent grâce au flotteur réglable), ce sont des mesures très efficaces.
    J’ajouterais que l’eau de pluie a un effet très bénéfique sur l’entretient du WC car vu son extrême douceur, plus de calcaire, et donc fini les nids de bactéries, les mauvaises odeurs persistantes, les produits agressifs souvent inefficaces, et… le gaspillage d’eau potable.

    Mais le must reste effectivement la toilette sèche, qui demande néanmoins plus d’effort de maintenance.

    Merci pour cet admirable billet!

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