La bière a-t-elle un goût d’amertume pour la planète?

Par · 29 avr 2011

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Dès le retour des beaux jours, elles ont du succès sur les terrasse. Blondes, brunes, ambrées, elles nous font mousser. Elles, ce sont les bières. Mais ce breuvage aux allures naturelles fait-il trinquer notre empreinte écologique ? C'est sur cette question que je me suis penchée cette semaine dans Nuwa (RTBF, La Première).

 

C'est une question qu'on oublie parfois de se poser, au pays de la bière, tant cette boisson fait partie de nos traditions. Les premières bières, jusque vers 1400, étaient fabriquées à base d'orge malté, d'eau et de levure. C'est au XVe siècle que des marchands flamands et hollandais ont introduit le houblon dans le brassage, pour  augmenter  l'amertume de la bière. Légèrement opaque, la bière produite à partir de ces ingrédients contenait beaucoup de protéines et de glucides. On dit encore aujourd'hui qu'une bière vaut 2 tartines, ou que là où le brasseur passe, le boulanger ne passe pas ! C'était donc une très bonne source de nutrition pour toutes les classes de la société, et la boisson était en outre considérée au Moyen Age comme plus saine que l'eau, puisqu'elle nécessitait de faire bouillir l'eau qui la compose.


 

De l’eau, des céréales et des levures : est-ce qu'aujourd'hui la bière est toujours un produit aussi naturel ?

 

Aujourd'hui malheureusement, sa production est moins écologique qu’il n’y paraît : Il y a dix ans, la Chine en importait ainsi plus de 16 millions de tonnes par an pour produire de la bière, plus qu’elle n’en importait pour nourrir sa population. Et le problème est que la fermentation n’utilise que 8 % des éléments nutritifs contenus dans le grain. Or, la production mondiale de bière, bien qu’en baisse ces dernières années, avoisine actuellement les 1400 millions d’hectolitres.

 

Et on imagine que les énormes quantités de céréales nécessaires pour sa production sont souvent issues de cultures intensives. 

 

C'est là que se situe en effet un des problèmes de la bière : les cultures de céréales sont fortement consommatrices de produits chimiques et de pesticides. Outre l'impact environnemental direct, notamment sur la biodiversité, ces intrants pèsent lourd dans les émissions de gaz à effets de serre de notre cervoise moderne...Récemment, la New Belgium Brewing Company, une micro-brasserie installée au Colorado, USA, a fait analyser l'empreinte écologique de sa bière «Fat Tire». Selon ce bilan, sur les 678 grammes d'équivalent de CO2  générés par la production et le mélange des ingrédients (malt, houblon, eau, bulles de CO2 pétillantes) d'un pack de six bouteilles, 244 grammes viennent des engrais synthétiques servant à faire pousser l'orge.  Ce qui fait conclure les auteurs de l'étude que le passage à l'orge bio aurait des répercussions positives sur l'empreinte écologique de cette bière. 

 

On peut mettre un petit bémol à ce plaidoyer pour les bières bio :prendre sa voiture pour trouver une marque rare et écolo loin de chez soi réduirait à néant tous les efforts déployés par le producteur... 

C'est vrai ! Mais ces bières bio existent chez nous, il reste juste à espérer qu'elles soient bientôt mieux distribuées... Ceci dit, au-delà des modes de culture des céréales, un autre enjeu majeur lié à la bière est la consommation d’eau potable liée à sa fabrication. L'eau constitue 80 à 90 % de la bière, mais il faut bien plus qu'un litre d'eau pour fournir un litre de bière ! Jusqu' il y a quelques années, les processus industriels demandaient jusqu'à 20 à 25 litres d'eau pour produire 1 litre de bière. Heureusement, les progrès technologiques ont permis aux brasseurs de faire des économies substantielles et les brasseries les plus modernes utilisent 6 fois moins d'eau en moyenne qu'il y a 30 ans, c'est à dire environ 4 à 10 litres d'eau.

 

Il y a derrière cette démarche une motivation économique : le marché de la bière est aujourd'hui principalement aux mains de grands groupes industriels. Comme le retrace la fameuse série des « Maîtres de l'orge », la concurrence est devenue de plus en plus rude sur un marché devenu international... Les grandes brasseries tentent donc de produire les mêmes quantités de bière tout en réduisant la facture d'électricité, de gaz, de carburant ou d'eau... Le groupe AB-INBEV (au sein duquel sont aujourd'hui englobées les célèbres Stella artois et Jupiler) s'est ainsi engagé en mars 2010 à atteindre d'importants objectifs de réductions de consommations : d'ici 2012, le groupe compte réduire sa consommation par litre de bière produite à 3,5 litres d'eau. Ce nouveau niveau de consommation représentera une réduction de 30 pour cent par unité de production de la consommation d’eau de la société dans le monde depuis 2007, économisant ainsi suffisamment d’eau pour remplir 25 000 piscines olympiques. Le groupe vise aussi 10% d'économies d'énergie et d'émissions de CO2 par hectolitre de production, ainsi qu'un taux de recyclage de 99%.

 

Le site de Jupille est un des fleurons du groupe, du point de vue environnemental...

 

Il faut dire que la brasserie de Jupille n'avait pas attendu la fusion avec le groupe Ambev en 2004 pour améliorer son système de production. En 2007, déjà, la brasserie atteignait déjà le taux de 99,5% de recyclage de ses déchets. Chaque bouteille est en effet réutilisée près de 35 fois, soit 5 fois plus que le nécessaire pour obtenir le label "réutilisable". La brasserie affichait alors déjà également "un bilan neutre en termes d'émissions de CO2", notamment grâce à la production d'énergie verte de sa propre station d'épuration, qui a la capacité de traiter les eaux usées d'une ville de 260 000 personnes, et grâce à l'adaptation de sa chaufferie pour l'utilisation du biogaz.

 

 

On sent bien que cette démarche est aujourd'hui aussi une question d'image pour ces grandes entreprises vis-à-vis des consommateurs...Il faut dire que le marché de la bière est en perte de vitesse ces dernières années...Avec 844 millions de litres de bière, la consommation de bière en Belgique a baissé de 2,8 % en 2010, par rapport à 2009. Une tendance à la baisse qui a commencé il y a plusieurs années:on boit moins d'alcool, et le vin fait aujourd'hui concurrence à la bière... En 1989, le Belge buvait 121 litres de bière par an, en 1999, il n'en buvait plus que 100 litres, tandis que 10 ans plus tard, il n'en boit plus que 81 litres.

 

La concurrence est donc d'autant plus rude sur le marché, et c'est surtout elle qui stimule les innovations... Une fois de plus, économie et écologie semble aller de paire. On a parlé des grands groupes brassicoles qui dominent le marché... Mais il existe aussi de plus petites structures, appelées micro-brasseries, qui se battent aujourd'hui pour placer leurs produits. Et là aussi, souvent, cela passe par des innovations permettant de réduire à la fois les coûts de production et l'empreinte écologique... 

 

Lionnelle Francart avait proposé il y a quelques semaines dans Nuwa un reportage sur la brasserie Dupont, dont les bières bio s'exportent avec beaucoup de succès. 

Autre exemple : Brunehaut fut en 2008 le premier brasseur européen à expédier sa bière d’abbaye, la Saint-Martin, à l’autre bout du monde dans des fûts à recycler. Pour ces petites brasseries en effet,  une des seules solutions pour se développer, est de miser sur les marchés extérieurs où la bière belge jouit d'une très bonne réputation… Or, alors qu'un fût en inox coûte 70 euros et n'est cautionné qu'entre 20 et 40 euros, il peut parfois se passer 9 mois entre deux opérations de remplissage d'un même fut, qui voyage jusqu'à Miami. Outre les 5000 km parcourus en bateau et en camion, le fût classique en inox est nettoyé à la brasserie avec des produits chimiques, beaucoup d'eau et stérilisé à la vapeur. Ce qui demande beaucoup d'énergie. Selon une étude menée par le fabricant de fûts à recycler, ce dernier produirait jusqu'à 60 fois moins de CO2 que son pendant en métal. Il a en tout cas l'avantage d'être moins lourd, notamment dans le portefeuille du brasseur.

 

Bien, mais l'exportation on l'a dit, alourdit néanmoins l'empreinte écologique de la bière... Heureusement, en Belgique, nous sommes bien lotis : la plupart des bières vendues chez nous sont produites aussi chez nous... Selon les chiffres des Brasseurs belges, en 2009, seulement 10% de la quantité de bière consommée a été importée. Dans notre pays où on ne produit que très peu de vin, cela reste une alternative de choix pour l'environnement... Ceci dit, je n'ai pas trouvé de chiffres qui permettent de départager vin et bière sur le plan de leur empreinte écologique. En 2007, un analyste travaillant pour le «Food Climate Research Network» a tenté de faire le bilan des émissions de CO2 liées à la consommation d'alcool au Royaume-Uni. Cette étude n'a pas relevé de différences notables entre vin, bière et spiritueux quant à l'intensité des gaz à effet de serre. Les émissions générées par le vin étaient «légèrement moins importantes» que celles engendrées par la bière, même si l'auteur souligne que les différences infimes relevées (environ 10 grammes d'équivalent de CO2 par unité d'alcool) étaient situées dans la marge d'erreur de l'étude. 

 

Le meilleur choix reste donc à faire au cas par cas, selon la provenance, le contenant, les conditions de fabrication : on peut comme on l'a dit tenter de privilégier la bière bio, si elle est disponible près de chez soi,  et en tout cas choisir la bière la plus locale possible, plutôt à la pression, et si on est à la maison et dans un rayon de 200 km du lieu de production, ce qui en Belgique est assez simple, plutôt en bouteille consignée qu'en canette... La réfrigération, dans les magasins et au domicile des consommateurs, représente un autre tiers de l'empreinte écologique des bières. On peut donc choisir des bières ne nécessitant pas de réfrigération ou conserver les bières légères, qui se consomment fraîches, à la cave plutôt qu'au frigo. Mais ça, c'est une question de goût... De toute façon, le traditionnel conseil de modération qui vaut pour notre santé est bon à prendre pour la planète. Une bière brassée avec savoir se déguste avec sagesse ! Santé !

Commentaires1 Comment

  1. Josiane dit :

    Bonjour,

    j’aimerais savoir si il y a une façon écologique de stériliser son équipement?

    Peut-être le sauraiez-vous?

    Merci

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