La banane se déshabille…

Par · 2 fév 2013

En toutes saisons, elle trône sur les étals. Riche en potassium et en énergie, la banane est un fruit à succès. On en oublierait presque qu’il s’agit d’un fruit exotique, symbole d’un travail souvent mal récompensé et issu trop fréquemment de cultures intensives…

S’il y a bien un fruit qu’on aime, c’est la banane ! Des générations de bébés ont appris à l’apprécier dès les premières panades, de sorte qu’elle nous est aujourd’hui très familière.  Elle est devenue de consommation tellement commune et est tellement bon marché, qu’on oublie qu’elle vient d’Afrique, d’Amérique du Sud, des Caraïbes…

 

Elle doit son succès à son goût mais aussi à ses formidables qualités nutritionnelles…

Tout d’abord, les bananes contiennent 3 sucres naturels (sucrose, fructose et glucose) combinés avec des fibres, ce qui en fait une bombe énergétique : 2 bananes fournissent assez d’énergie pour 90 minutes d’exercices physiques. C’est le fruit des athlètes !

 

On lui prête aussi d’autres atouts : est-il vrai qu’elle est bonne pour le moral et justifie donc l’expression « avoir la banane » ?

La banane contient du tryptophane, une substance que le corps convertit en sérotonine, une autre substance connue comme relaxant : elle améliore notre état émotionnel et génère un sentiment de bien-être. La banane, c’est bien connu, est riche en potassium tout en étant faible en sel, ce qui fait qu’elle est notamment recommandée pour réguler la pression artérielle. L’administration « US Food and Drug »  a d’ailleurs accordé à l’industrie de la banane le droit de déclarer la propriété qu’a ce fruit de réduire le risque de pression et de crise cardiaque. Le potassium est aussi réputé pour aider à l’apprentissage en rendant les pupilles plus alertes. Notons aussi que la banane régule le transit intestinal, et contient un antiacide naturel, qui permet de lutter contre les brûlures d’estomac… On pourrait encore citer de nombreuses qualités de la banane, comme sa richesse en vitamines B.

 

On pourrait presque dire « Une banane par jour , en forme toujours» ? Oui ! On pourrait paraphraser l’expression anglaise « An apple a day keeps de doctor away » . Et pourtant, si l’on peut, du point de vue éthique et environnemental, il est sans doute préférable de ne pas en faire un aliment aussi quotidien que peut l’être la pomme, surtout lorsqu’elle est locale. D’abord, parce que c’est un fruit d’importation : le voyage depuis les Antilles dure par exemple une dizaine de jours dans des conteneurs réfrigérés à 13°C, pour garder les bananes vertes. Arrivées en métropoles, les bananes sont stockées pendant une demi-douzaine de jours dans des entrepôts à 18°C, où on leur insuffle de l’éthylène (un gaz qu’elles émettent elles-mêmes dans les conditions naturelles), pour les faire mûrir.

 

C’est une véritable industrie !

La banane, c’est 80 millions de tonnes produites dans le monde en 2006, dont une grosse part sert à la consommation locale (L’Inde, le Brésil sont par exemple d’énormes producteurs mais n’exportent pas).  16 millions de tonnes de bananes parcourent la planète et entrent sur le marché mondial (source FAO). Au total plusieurs millions de personnes dépendent du commerce international de ce fruit, le plus cultivé au monde (et qui figure en prime au quatrième rang, après le riz, le blé et le maïs, des produits alimentaires les plus cultivés). Ce sont des groses entreprises néanmoins qui dominent le marché : A elles seules Dole, Del Monte, Chiquita, Fyffes et Noboa représentent 80% du commerce international de la banane. Une des premières conséquences de la mondialisation du marché de la banane est qu’alors qu’il existe plus de 300 variétés de bananes, une seule fait l’objet de cette production à grande échelle : c’est la banane Cavendish.

 

Quels sont les impacts de cette culture intensive ?

Le commerce international de la banane implique des fruits parfaitement calibrés et d’aspect impeccable. Du coup, 30 à 40% des récoltes finissent à la poubelle, selon The Ecologist (Bananas : from plantation to plate, de Ed Hamer juin 2008). Cette culture génère d’autres déchets, comme les sacs plastiques imbibés de produits chimiques qui protègent chaque régime de bananes des insectes et des araignées pendant qu’elles mûrissent. En matière de pesticides, justement, la banane est  juste derrière le coton, la culture la plus consommatrice d’intrants chimiques. De plus, la culture des bananes épuise les sols : les bananiers ont besoin de terres très riches et monopolisent donc les terres les plus fertiles pendant 30 à 40 ans parfois. Résultat : la plante est  fragilisée et l’emploi de produits de synthèse, inévitable.

 

Est-ce qu’il y a des alternatives à ces produits?

Des chercheurs tentent de mettre au point des alternatives aux pesticides de synthèse. Ainsi, dans Le Quinzième Jour, journal de l’Université de Liège, au mois de juin dernier, on pouvait découvrir les travaux de Ludivine Lassois, assistante à l’unité de phytopathologie de Gembloux Agro-Bio Tech, spécialiste des maladies tropicales, mène des recherches sur ce fruit qui fait vivre des millions de personnes en Amérique du Sud et en Afrique.
 Ludivine Lassois a notamment collaboré à la mise au point  de moyens de lutte intégrée permettant la réduction de l’utilisation des produits chimiques dans les bananeraies. Certaines levures notamment permettent de limiter la maladie causée par les champignons après la récolte, pour autant que les cultures se soient épanouies dans un environnement favorable.  Mais si les firmes agro-industrielles ont trouvé ces résultats encourageants ils ne sont pas encore prêts à adopter les levures, car si elles limitent les dégâts, elles ne les empêchent pas totalement, or, il semble qu’aujourd’hui la production soit toujours régie par des critères de visuels : le consommateur veut un fruit sans  tache. En tout cas, c’est ce qu’on persiste à croire !

 

Et on imagine bien que ce sont les ouvriers agricoles des plantations qui subissent les premiers et de plein fouet l’effet de ces pesticides. C’est sans compter les conditions de travail et de vie sont souvent précaires, proches de l’esclavage. Des conditions d’autant plus dures pour les femmes et pour les enfants, embauchés parfois dans les plantations dès l’âge de 8 à 13 ans.

 

Que peut-on faire concrètement : y a-t-il de meilleures bananes que d’autres ?

La banane labellisée équitable est apparue au milieu des années 90. Aujourd’hui, elle représente 2% du commerce mondial du fruit. Le marché du bio lui aussi est en expansion : il tournait autour de 1% du commerce mondial en 2002, selon la FAO. Les grandes marques se mettent doucement à modifier leurs pratiques.  Les cinq géants américains de la banane ont publié des codes de bonne conduite sociale et environnementale. La multinationale Chiquita semble être allée un peu plus loin, en s’alliant avec l’ONG Rainforest Alliance. Au début des années 90, Rainforest Allaince lance un programme pour rendre la banane plus responsable. Aujourd’hui, 15% du marché est certifié Eco OK par Rainforest Alliance, dont une très grosse part provient de plantations Chiquita. Au cahier des charges de la banane Eco OK : suppression des pesticides dangereux, dispositifs pour protéger les ouvriers, des produits toxiques, recyclage des sacs en plastique… Mais selon les ONG, comme Banana Link, cette démarche est critiquable car en se liant d’aussi près avec Chiquita, Rainforest Alliance aurait été amenée à atténuer les exigences de sa norme Eco OK…

 

Est-ce que boycotter les bananes de grandes marques est une bonne solution ?

Alors, bien sûr, avant de choisir des bananes, on peut essayer d’ acheter en priorité des fruits locaux et de saison. Mais il ne faut pas oublier non plus que la culture de la banane fait vivre des millions de familles en Amérique du Sud et dans les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), dont c’est l’unique source de revenus. Ce qu’il faut surtout, c’est soutenir le changement des pratiques agricoles, en choisissant des bananes bio et/ou équitables…

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