Jouets toxiques

Par · 3 déc 2010

Actumobil pour Madame NaturePour cette chronique sur les jouets, Madame Nature est ravie de vous présenter le travail d’Actumobil… Une page de Facebook animée par un papa-photographe-passionné de Playmobil, qui propose régulièrement des reconstitutions de faits d’actualité à l’aide des célèbres figurines. Papamobil m’a fait l’honneur de créer une illu sur le sujet des jouets toxiques! Elle en jette, non?  Revenons aux moutons de Madame Nature et de Nuwa… Les jouets! Ils ont défrayé l’actualité ces derniers mois, avec les rappels par les fabricants américains Mattel et Toys’R'Us de plusieurs millions de jouets fabriqués en Chine. Tandis qu’un colloque sur le thème de la toxicité des jouets a eu lieu à Paris en novembre dernier, la prochaine foire du jouet de Nuremberg, une référence en la matière, aura pour thème « Toys go green » : assiste-t-on à une vraie réflexion concernant l’impact des jouets sur la santé et l’environnement aujourd’hui ?

 

Il est vrai que les choses bougent dans ce domaine, mais ce sont finalement de petites évolutions car il reste beaucoup à faire. Je dresse ce constat après m’être rendue dans des grandes surfaces du jouet pour enquêter… Dans une des grandes surfaces d’une grande enseigne, les vendeurs n’ont pas souhaité me répondre car les consignes de la direction de la chaîne sont claires à ce sujet : pas d’interview. Quand j’ai dit que je ne citerais pas la marque, le chef d’équipe m’a demandé quel type de questions je comptais poser, et m’a répondu que de toute façon il n’aurait pas su répondre. Dans la seconde grande surface du jouet, un magasin indépendant, on a bien voulu me répondre… Mais le chef de rayons m’a expliqué qu’ils n’avaient aucun jouet écologique à sa connaissance, et qu’ils n’accordaient pas d’importance à la non-toxicité des jouets, parce que celle-ci ne fait pas partie des critères de choix des clients… J’ai donc interrogé les clients de ce magasin, en pleine course aux cadeaux hier… Je vous propose d’écouter cette séquence en podcastant l’émission Nuwa.

 

On l’entend dans cette séquence, très peu de parents sont préoccupés par la question de la toxicité des jouets. Est-ce une question si anecdotique ?

Ce n’est pas anecdotique du tout, car les jouets font vraiment partie de l’environnement quotidien des enfants. Les consommateurs européens sont les premiers acheteurs de jouets au monde, avec un marché en hausse de 10% par an et une dépense moyenne par enfant et par an qui atteint 173 € sans les jeux vidéo… et 235 € avec les jeux vidéo. Or, les jouets forment la première catégorie de produits dont on découvre la non conformité par rapport aux normes européennes. Rien que pour 2009, 476 articles de jeux ont ainsi été notifiés par l’outil de surveillance des Etats Membres, un outil que l’on appelle RAPEX. La situation est encore plus grave dans les pays d’Europe de l’Est, du Caucase et d’Asie Centrale. Beaucoup de jouets sont importés dans les pays de l’Est pour pour constituer un véritable marché parallèle illégal, où ils ne sont pas du tout contrôlés. Certains représentent un grave danger pour la santé des enfants : plusieurs cas d’intoxication graves ont été relevés. Les prix des jouets en magasin étant très élevés, les gens préfèrent acheter des jouets à bas prix sur des marchés non contrôlés, qui sont de mauvaise qualité.

 

Est-ce que les enfants sont particulièrement plus vulnérables face à ces jouets ? On a du mal à le croire…

Ils le sont car leur épiderme est plus perméable que celui des adultes, leurs poumons sont immatures et leurs systèmes immunitaire et nerveux sont encore en formation. Or, ils sont exposés quotidiennement à une multitude de substances chimiques nocives, qui – même à très faibles doses – suffisent à porter atteinte à leur développement – avec des effets à long terme. La célèbre publication médicale The Lancet attestait dès 2004 d’une forte augmentation des allergies, des maladies chroniques et des cancers chez les enfants.

Et pourtant les tests publiés par les organismes de protection du consommateur en Europe  nous démontrent régulièrement que de nombreuses substances suspectées d’être des facteurs de ces maladies se retrouvent dans les jouets…

Le lien n’est plus aussi diffus qu’on le pense : alors qu’en août 2009, une étude officielle*(* source: télégramme UBA (Bureau allemand de l’environnement, 27 Août 2009, « Des taux trop élevés de phtalates chez les enfants ! » ) conduite en Allemagne a révélé des taux élevés de phtalates dans le sang et les urines des enfants,  une autre étude menée par le laboratoire TÜV Rheinland en 2010 sur les jouets gonflables a par exemple révélé qu’on pouvait y trouver 300 fois la dose de phtalates autorisée ! Un jouet acheté sur les côtes italiennes contenait 36% de DEHP, un phtalate pourtant interdit en Europe (toléré à 0,1% dans les jouets). Cette étude montre que près de la moitié des jouets vendus (43 / 88 jouets testés) sur les côtes européennes ne sont pas conformes à la réglementation européenne. Pour rappel, les phtalates sont de ces perturbateurs endocriniens dont vous avez encore parlé il y a 2 semaines dans Nuwa, Corinne. Ils sont suspectés de causer des allergies, des cancers et la diminution de la qualité du sperme chez le foetus, les enfants et les adultes.

 

Les phtalates sont des substances chimiques servant essentiellement à augmenter la souplesse et la durabilité des plastiques comme le PVC. Mais ils ne sont pas uniquement présents dans les jouets gonflables…

Non, ce serait simple alors de les éviter. 60 Millions de consommateurs avait révélé dans son enquête de 2009 la présence de phtalates, métaux lourds et/ou formaldéhyde dans 32 jouets sur 66 . AsiaInspection, un prestataire majeur de services de contrôle de la qualité pour l’industrie manufacturière en Asie, a annoncé récemment que selon des tests de laboratoire, 25 % des jouets fabriqués en Chine et prêts à l’expédition en Europe et aux Etats-Unis contiendraient des niveaux dangereux de phtalates. Dans l’échantillon étudié, un kit ludique de premiers secours présentait plus de 130 fois la limite acceptable de DEHP, un phtalate réglementé.

Les phtalates ne sont malheureusement pas les seules substances dangereuses contenues dans les jouets…

13 jouets sur 15 testés par 60 millions de consommateurs fin 2009 contiennent du formaldéhyde ou des métaux lourds.  Les poupées en particulier peuvent contenir de nombreuses substances toxiques. En 2008,  12 des 13 poupées testées par Oekotest ont reçu la note « insatisfaisant ». Peluches et autres doudous, surtout ceux à poils longs ou rembourrés en synthétique, sont eux plus susceptibles de contenir des allergènes et des retardateurs de flammes bromés – qui empêchent le feu de se propager, mais sont dangereux pour la santé. En décembre 2008, Oekotest notait « insatisfaisantes » 3 peluches sur 7 testées.  Dans les feutres, la peinture, les pâtes à modeler ou les kits de maquillage, on peut trouver du barium, du plomb, du formaldé­hyde ou des phtalates. On pourrait encore parler de la présence d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), substances cancérigènes détectées en forte concentration dans plus de la moitié des jouets en plastique testés par Oekotest en 2008…

 

Les jouets ont aussi un impact environnemental…

Nombre d’entre eux  sont faits en PVC, un matériau dont l’impact environnemental est très important comparé aux autres types de plastiques.
Lors de sa fabrication, des toxines sont rejetées dans l’environnement. Lorsque les jouets sont jetés, le PVC se retrouve dans les décharges et surtout dans les incinérateurs où sa combustion dégage des dioxines et des métaux lourds dans l’air. Mais certains jouets causent aussi d’autres types de nuisances : il y a les piles, qui finissent encore trop souvent à la poubelle ou dans la nature, avec tous les métaux lourds extrêmement polluants et toxiques qu’elle contiennent (cadmium, manganèse, plomb, nickel, mercure…). Et puis il y a les jouets sonores  qui sont en constante augmentation et dont les niveaux de bruit sont eux aussi de plus en plus élevés. On estime désormais que pour éviter des lésions importantes de l’oreille interne d’un enfant, la durée d’écoute par 24 heures ne doit pas excéder 2 heures à 90 décibels, 45 minutes à 95… or de nombreux jouets dépassent ces limites !

 

Comment éviter ces toxiques ?

Comme il n’existe aucune obligation d’étiquetage des composants pour les jouets, il n’est pas facile pour le consommateur d’être correctement informé… Il existe un marquage CE qui est obligatoire pour les jouets destinés aux moins de 14 ans : pour pouvoir porter ce sigle, le jouet doit respecter les réglementations européenne et nationale, qui imposent de ne mettre sur le marché que des jouets sûrs et définissent des exigences essentielles de sécurité générales et particulières (concernant notamment les propriétés physiques, mécaniques, chimiques, toxicologiques, électriques, l’inflammabilité et l’étiquetage). Le problème, c’est que le fabriquant appose  lui-même la marque en fonction de l’appréciation qu’il fait de son produit par rapport aux normes en vigueur, sans contrôle par un organisme indépendant. A noter tout de même aussi que 27 % des consommateurs interrogés ne vérifient jamais la présence du marquage CE et 56 % ne le font pas systématiquement, alors qu’il s’agit du premier élément permettant de vérifier que le jouet satisfait aux exigences réglementaires de sécurité.

 

On l’a compris, il n’y a pas encore de label spécifique aux jouets durables… Alors comment s’y retrouver ?

En attendant qu’un véritable label pour les jouets existe, les jeunes parents pourront trouver conseil et se référer au « guide jouets » publié par WECF (Women in Europe for a Commun Future) et téléchargeable sur le site : www.projetnesting.fr. On y trouve par exemple une liste de labels élaborés par certains Etats membres, mais aussi bien d’autres conseils très pratiques. Entre autres, WECF conseille d’ éviter les jouets parfumés, de débarrasser les jouets neufs de leur emballage et de les laisser s’aérer à l’air libre pour évacuer les composés volatils avant de les donner à l’ enfant (2 jours pour les jouets en PVC), ou encore d’éviter de donner comme jouet aux enfants des cadeaux publicitaires ou articles de décoration: même lorsqu’il s’agit de poupées miniatures, les limites fixées par la réglementation jouets n’y sont pas applicables.

 

 

 

On s’intéressera, lors de la séquence interactive qui va suivre, aux matières naturelles… Mais existe aussi d’autres alternatives ?

 

Comme vous le verrez avec vos invités du jour, les matières naturelles ne garantissent pas toujours l’absence de nuisance… Par contre, certaines marques de jouets a priori classiques font de réels efforts qui méritent d’être soulignés. Certains fabricants de jouets en plastique, comme les célèbres Lego et Playmobil, ont banni le PVC depuis plusieurs décennies. A contre-courant du règne de la sous-traitance, cette célèbre marque allemande continue aussi de fabriquer ses jouets en Europe, et les exporte même en Chine… Cela mérite d’être souligné, car un des autres problèmes du monde des jouets est la délocalisation qui a le plus souvent des conséquences négatives sur les salaires et les conditions de travail dans les usines : travail d’enfants, augmentation du temps de travail, diminution des salaires, conditions d’hygiène et de sécurité souvent déplorables,…

 

Si la plupart des jouets sont aujourd’hui fabriqués en Chine, il ne faut pas généraliser les constats : il existe encore des fabriques de jouets européennes, et il existe aussi des usines qui produisent selon des normes sévères en Asie…

 

L’entreprise thaïlandaise PlanToys, par exemple, produit depuis 1981 des jouets éducatifs en bois (issus de caoutchouc qui ne sont plus exploités) non traité, peint avec des peintures non toxiques et façonné dans des usines présentant toutes les certifications sociales et environnementales possibles. D’autre part, on voit émerger des fabricants européens de jouets originaux : Bioviva, une maison d’édition de jeux française, qui est parvenue en quelques années à imposer ses jeux sur le marché, à des prix concurrentiels. Comment font-ils ? J’ai mené ma petite enquête : ils misent sur la durabilité du jeu. Ce ne sont pas des jeux destinés à être à la mode une saison, mais des jeux qui ont un réel succès et donc seront vendus sur un plus long terme, ce qui permet d’en éditer un plus grand nombre, et donc de réaliser des économies d’échelles. Cette maison d’édition a en outre une réelle éthique environnementale et sociale : elle fait réaliser des écobilans de ses jeux, comme son jeu de société à succès Cro-Magnon. Plateau, cartes et boîte en papier recyclé, pions en plâtre naturel, le tout fabriqué en France. Un jeu de ce type, représente

- 12 fois moins de gaz à effets de serre émis

- 9 fois moins d’eau consommée

1,5 fois moins d’énergie consommée et

10 fois moins de composés organiques volatiles émis.

Les jouets durables existent, même s’il faut encore les chercher. Je vous propose de découvrir quelques coups de coeur en carton présentés dans Sans Chichis cette semaine… 
 

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