Iphone 5, obsolescence 1000

Par · 24 sept 2012

On a beaucoup entendu parler de ce smartphone depuis plusieurs semaines, et ce n’est pas la première fois qu’on parle de téléphonie mobile et d’obsolescence programmée dans cette chronique. Alors pourquoi revenir une nouvelle fois sur le sujet ? Sans doute parce que cette fois, les partisans de la décroissance ne sont plus le seuls à s’interroger sur la vitesse avec laquelle on tente de faire passer les objets comme obsolètes. Beaucoup d’internautes ont dénoncé à leur manière le fait que ce nouvel Iphone n’était pas une réelle avancée technologique, mais un événement créé de toute pièce pour susciter un besoin là où il n’existe pas. Même les Guignols de l’info y sont allés de leurs moqueries à ce sujet…

Rares sont le journaux qui n’ont pas souligné leur déception face au fait qu’Apple ait par exemple décidé de changer la connectique de ce nouvel Iphone, rendant obsolète les anciens cables que les utilisateurs possédaient déjà, où rendant au minimum obligatoire l’achat d’un nouvel adaptateur.

 

L’association Le Amis de La Terre a profité de la sortie de l’Iphone 5 pour dénoncer « la course à l’innovation que se livrent les géants du secteur high-tech Apple, Samsung et Nokia en tête. » L’association se demande si cette course justifie que « les chargeurs, enceintes et autres gadgets des précédentes générations d’iPhone finissent dans nos tiroirs ou pire dans nos poubelles ». Elle souligne aussi que « si la généralisation du micro-USB tend à résoudre en partie le problème », il reste de nombreux accessoires comme les coques qui deviennent très/trop rapidement inutiles.

 

En fait, il n’y a pas qu’Apple qui pratique ce genre de petit jeu: l’ensemble des acteurs du marché informatique exploite plusieurs formes d’obsolescences programmées.C’est le site pcimpact qui l’explique : « leur but est à la fois de pousser le marché vers le haut (CPU et GPU plus puissants, disques durs plus gros et plus rapides, mémoires plus importantes, etc.), ce qui, de facto, pousse à la consommation et au remplacement régulier. Cela fait une trentaine d’années que c’est le cas. »

 

Or, ce qu’on oublie encore trop souvent, c’est que « l’obsolescence programmée du secteur high-tech » a un coût écologique et social. A ce sujet, il y a aussi eu du neuf ces derniers jours. Le journal Shanghai Evening Post aurait récemment réussi à faire entrer l’un de ses journalistes dans les usines du géant Foxconn. Ce dernier y aurait travaillé une dizaine de jours comme ouvrier dans une chaine de fabrication de l’iPhone 5. Publié fin août, son récit a été résumé et traduit en anglais par le blogueur  MicGadget , et le site PC Inpact en livre une traduction en Français.

 

Bien qu’il soit difficile de vérifier l’authenticité de ce récit, les détails rapportés paraissent vraisemblables, compte tenu des conditions de travail pratiquées chez Foxconn et déjà dénoncées par plusieurs organisations de défense des travailleurs par le passé. Je ne vous fais pas le détail de ces conditions de travail déplorables, mais vous en livre un court mais édifiant aperçu : saleté et cafards dans le dortoir, pollution sonore et toxique, surveillance extrême des ouvriers. « Le journaliste précise qu’il devait gérer une coque d’iPhone 5 parfois toutes les trois secondes, c’est-à-dire prendre la coque, apposer quatre points d’huile bien précis et reposer la coque durant ce laps de temps. Ceci durant des heures, et en pleine nuit (entre minuit et 6h du matin non-stop). L’infiltré, peu habitué à un tel rythme de travail, a rapidement eu des douleurs au cou et aux muscles des bras. Et il n’était pas le seul dans ce cas selon son récit. Mais il lui était interdit d’arrêter jusqu’à la fin du travail. En moyenne, selon ses calculs, il a dû marquer environ 3000 coques d’iPhone 5 en 10h.

Ce ne sont pas des conditions de travail exceptionnelles en Asie…

Non, malheureusement. Chez Foxconn qui fait régulièrement la Une des journaux, plusieurs augmentations salariales ont eu lieu pour calmer les esprits et endiguer les départs, notamment suite à de nombreux suicides ayant touché la société. Mais ce récit permet de prendre conscience du fait que les conditions de travail sont encore terriblement dures. De nombreuses usines à travers le monde (et en Europe) ont des conditions de travail difficiles et la pression sur les salariés n’est pas propre à Foxconn ni même aux usines chinoises. Le journal Le Monde rapportait cet été le cas d’enfants employés comme ouvriers dans les usines chinoises de Samsung… Le même quotidien évoquait aussi cette semaine le fait que des étudiants étaient embauchés de force pour permettre à Foxconn d’honorer les commandes. Apple affirmait s’attendre à des ventes record:  jusqu’à 10 millions d’appareils le premier jour (ce qui s’est révélé quasiment exact, au terme du premier we après la miseen vente), et 50 millions d’ici la fin de l’année.

 

Que faire face à ce fléau ?

Mettre fin à l’obsolescence programmée peut passer par plusieurs niveaux d’actions. Au niveau législatif par exemple, les Amis de la Terre ont saisi la sortie de l’iPhone 5 pour inviter les parlementaires ainsi que les sénateurs français « à mettre un terme à l’aberration environnementale et sociale que constitue l’obsolescence programmée, en adoptant une loi pour allonger la durée de garantie de 2 à 10 ans sur les biens de consommation, pour imposer aux producteurs de mettre sur les marchés des produits réparables et de garantir la mise à disposition des pièces détachées pour faciliter la réparation dans les 10 années suivant l’achat d’un bien ». Pour rappel, en Belgique, une proposition d’un loi similaire avait été déposée fin 2011…

 

Mais que faire en attendant ou espérant que cette proposition se matérialise en une véritable loi? Cesser d’acheter ?

 

Tenter en tout cas d’essayer de faire durer les objets plus longtemps. Une fois n’est pas coutume mais je terminerai avec quelques bonnes nouvelles : il semble qu’un nombre croissant de consommateurs aient décidé de prendre ce problème à bras le corps. Les petits réparateurs qui étaient devenus très rares sont en train de se développer. On trouve ainsi désormais certains d’entre eux qui sont capables de redonner une nouvelle vie à votre smartphone trop vite fatigué ou cassé. Vous vous souvenez aussi sans doute des fameux Repair Cafés hollandais dont je vous avais parlé il y a quelques mois ? Et bien grande nouvelle, Bruxelles est désormais aussi dotée d’un Repair Café. Il est ouvert une fois par mois et fonctionne grâce aux bénévoles qui s’y investissent…

En savoir plus:

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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