Informatique dans les nuages…

Par · 17 mai 2010

Layout 1Ipad, e-book et autres solutions de dématérialisation de l’écrit font couler de l’encre concernant leur empreinte écologique. Pour l’environnement, in fine, vaut-il mieux continuer à acheter des livres en papier, ou lire sur les écrans d’ordinateur ? Aujourd’hui, dans Nuwa (sur La première, RTBF), nous nous penchions aussi sur l’empreinte écologique des réseaux sociaux et plus globalement sur celui des serveurs internet. Le podcast de l’émission est caché dans les nuages, ici

 

Vous avez sans doute pu constater que l’Ipad d’Apple, présenté à la fin du mois de mars dernier, a beaucoup fait parler de lui ! Sa sortie ravive le débat autour d’un match écologique très contemporain : d’un côté du ring, il y a les aficionados du livre électronique, qui vantent les économies de papier, d’encre, de transport et de fabrication des livres et journaux que permettent ces petites machines. Et de l’autre le secteur des imprimeurs, éditeurs, et papetiers qui clame que l’écrit sur papier reste plus écologique que les nouvelles solutions de lecture électronique…

 Pas facile de trancher, on l’imagine. Qui sort gagnant de ce match ?

Comme pour tous les produits de l’industrie électronique ,le point noir des tablettes de lecture est l’extraction minière des matières premières, l’énergie consommée lors de l’utilisation et les déchets électroniques. Côté papier, les impacts écologiques sont liés à la fabrication du papier, à l’impression et à la distribution. Selon The Green Press Initiative, en 2008, 125 millions d’arbres ont été abattus pour alimenter l’industrie du livre et de la presse aux Etats-Unis. L’industrie papetière se défend en rappelant que la plupart du temps, les arbres ne sont pas coupés pour fabriquer du papier, mais que l’on utilise les sous-produits d’exploitation sylvicole : des têtes et autres résidus d’arbres qui ne sont pas exploitables pour des fonctions plus nobles, comme par exemple pour la construction et le mobilier. L’industrie papetière rappelle aussi que les journaux utilisent du papier recyclé à hauteur de 35%. En Europe on parle même de 50 % de papier issu du recycle, et 58 % en Belgique. Mais la revue Environmental Science and Technology signale que l’industrie du papier reste particulièrement gourmande en eau et estime que la production de livres nécessite 78 fois plus d’eau que celle de liseuses électroniques : voilà qui complique ce bilan !

 

Ce sont peut-être les émissions de gaz à effet de serre qui permettent de trancher ?

 

Toujours aux USA, le Cleantech Group, cabinet de conseil qui tente de prévoir les tendances qui animeront le monde des technologies propres, a calculé les émissionsde  la liseuse électronique Kindle, et estimé que l’objet émettrait 168 kg équivalent CO2 sur l’ensemble de son cycle de vie. Posé sur cette balance carbone, le livre moyen affiche 7,46 kg éq. CO2 du berceau à la tombe. Selon ces données, la liseuse serait compensée à partir du 23e livre  lu, soit une année de lecture pour un lecteur moyen…Mais tout le monde n’est pas du même avis : dans une étude commandée par Hachette, le cabinet de conseil Carbone 4 estime quant à lui qu’un bouquin ne pèse qu’1 kg éq. CO2 contre 250 pour une liseuse électronique. Selon ces données, la liseuse ne se rentabiliserait alors qu’après 250 livres, soit plus de dix ans de lecture au rythme de 2 livres par mois.

 

Mais le lecteur aura-t-il conservé son appareil jusque là ? La durée de vie et surtout d’utilisation du matériel électronique est aujourd’hui un point noir de ce secteur, nous l’avons déjà dit.

L’autre point faible de ces nouvelles technologies, c’est le cloud computing… Le terme signifie « informatique dans les nuages »… Une jolie expression poétique qui désigne un fait que nous avons tendance à oublier dans le calcul de l’empreinte écologique des nouvelles technologies reliées à internet : l’iPad comme d’autres machines utilise des données et services hébergés à distance… Les mails et fichiers échangés sur des messageries comme hotmail, les photos partagées sur Facebook, et de nombreux autres fichiers sont stockés sur des serveurs distants, pour être accessibles depuis n’importe quel poste relié à Internet. En fait, ces données vous l’aurez compris mais ça mérite d’être répété, ne sont pas stockées par magie dans les nuages, mais sur les serveurs, bien réels, des entreprises.

Quel est l’impact écologique de ces serveurs « cachés » ? Greenpeace publiait la semaine-même de la sortie de l’Ipad un rapport soulignant l’impact concret de nos échanges virtuels. L’organisation environnementale y pointe en particulier la consommation énergétique des « datacenters » des grandes entreprises du Web. Avec plus d’1.5 milliards d’internautes créant chaque jour des quantités invraisemblables de données, les grands sites Internet doivent sans cesse investir dans de nouveaux serveurs et de nouveaux datacenters. Ces « fermes » à serveurs tournent jours et nuits, et consomment de l’énergie, notamment au travers des  stations de climatisation industrielles qui sont nécessaires pour les refroidir. A titre de comparaison, en 2007, la consommation électrique de ces serveurs rangés dans d’immenses hangars était de 330 milliards de kWh, soit plus de trois fois la consommation de toute la Belgique. Google possèderait plus d’un million de serveurs, Microsoft plusieurs centaines de milliers également. Quant à Facebook, s’il est encore loin de ces chiffres, sa popularité croissante risque de le contraindre à augmenter ses capacités. Selon Greenpeace, d’ici à 2020, les acteurs majeurs d’Internet utilisant le cloud computing consommeront à eux seuls autant d’électricité que la France, le Brésil, l’Allemagne et le Canada réunis !

Les calculs se multiplient pour tenter de nous faire prendre conscience de cette consommation énergétique gargantuesque…On a par exemple entendu qu’un personnage virtuel de Second Life consommerait chaque année autant d’électricité qu’un Brésilien et 10 fois plus qu’un Camerounais !

Dans le même registre, télécharger la version électronique d’un quotidien consommerait autant d’électricité que de faire une lessive (source : institut de recherche IZT), une recherche Google équivaut à l’énergie consommée pendant une heure par une ampoule à économie d’énergie (source : Strato), et selon l’Université de Stanford, la consommation électrique des plus grands datacenters du monde aurait doublé entre 2000 et 2005…Pour ce qui est des gaz à effets de serre,  les 50 millions de tweets envoyés chaque jour engendreraient l’équivalent d’ une tonne de CO2 par jour, et la totalité des datacenters dans le monde rejetteraient davantage de CO2 que l’Argentine. Une étude de McKinsey & Co affirme que d’ici 2020 les centres de traitement de données, nécessaires aujourd’hui pour le fonctionnement de n’importe quel parc informatique d’une entreprise, produiront davantage de gaz à effet de serre que la totalité des avions de ligne.
Ce problème qui se cache dans les nuages devient d’autant plus terre à terre à la lumière de la croissance des besoins informatiques de pays comme la Chine et l’Inde, dont on estime que les besoins en consommation liés aux nouvelles technologies devraient quadrupler d’ici 2020.

 

Les géants du net en ont-ils pris conscience, ne fut-ce que pour des raisons économiques ?

 

Pas tous, malheureusement. C’est pour cette raison que, fidèle à ses méthodes, Greenpeace a décidé de décerner, au travers de ce rapport, de bons et de mauvais points aux géants du secteur. L’organisation salue les efforts de Google et Microsoft, et leur volonté d’utiliser les énergies renouvelables. Yahoo ! reçoit une distinction grâce à son nouveau « data center », situé stratégiquement pour économiser de l’énergie et qui sera alimenté par une centrale hydroélectrique. A la traîne du classement, il y a Apple pénalisé par l’emplacement d’une nouvelle ferme à serveurs en Caroline du Nord, un Etat dont 60 % de la production d’énergie provient du charbon. Facebook s’est aussi vu attribuer un bonnet d’âne en raison de l’alimentation d’ un nouveau centre par Pacific Corp, l’un des fournisseurs d’électricité les moins chers mais les plus polluants, selon l’ONG. Greenpeace incite donc les internautes membres de Facebook à rejoindre le groupe « Nous voulons que Facebook fonctionne à 100% aux énergies renouvelables » , qui comptabilise plus de 243.000 membres. We want facebook to use 100% renewable energy

A part faire pression sur les géants du net, que peut faire le simple internaute pour minimiser son empreinte écologique ?

Si vous avez un site web, vous pouvez choisir pour celui-ci un hébergement vert : ils sont de plus en plus nombreux. On peut citer par exemple Ikoula : cet hébergeur engagé dans une politique environnementale ambitieuse utilise des composants de serveurs à faible consommation électrique ; recycle les déchets informatiques des serveurs, privilégie l’énergie propre (20% de l’énergie consommée issue de sources propres et renouvelables) et a rénové ses serveurs pour intégrer un échange thermique naturel (free-cooling) afin de diminuer les besoins en climatisation et donc, la consommation électrique… Les internautes qui ne sont pas webmasters peuvent eux aussi agir, en apprenant à optimiser les options d’économie d’énergie de leur ordinateur. On peut pour cela consulter le site de la Climate Savers Computing Initiative, une initiative lancée sous la houlette du WWF par les principales entreprises informatiques (Dell, HP, IBM, Lenovo, Microsoft, Google, Intel,…) avec pour objectif d’ économiser 5,5 milliards de dollars de dépenses énergétiques par an et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 54 millions de tonnes annuelles. Que l’on soit finalement accro de livres électroniques ou inconditionnels du papier, tous les amoureux de l’écrit peuvent faire quelques chose…Préférer les portables, moins énergivores, aux gros ordinateurs,  ne pas multiplier les gadgets et les faire vivre le plus longtemps possible, pour les uns. Et prolonger la vie de ses livres en papier en les offrant, les échangeant, les revendant, les prêtant, pour ce qui est du livre papier. Ne diabolisons pas internet pour autant : ce dernier stimule des initiatives intéressantes. Si vous êtes utilisateur de Facebook, allez donc jeter un œil sur le groupe « Le livre voyageur » : la page fait la promotion du crossbooking, çad de l’abandon de livres qu’on a aimé lire dans des lieux publics, pour que ceux-ci trouvent un nouveau lecteur, et une seconde vie, puis un troisième, et ainsi de suite.

 

Commentaires2 Comments

  1. Carbone 11 dit :

    Merci pour cette article qui témoigne bien de la complexité de comparer des produits entre eux : le livre et les tablettes numériques ou le papier et l’électronique.
    Vous soulignez bien l’importance du choix du champ d’application pour effectuer les comparaisons. Et qu’il faut souvent chercher bien plus loin de ce que l’on voit ou croit pour que l’analyse soit pertinente.

  2. Agustina Martinez dit :

    Je viens d’écouter vos commentaires sur Nuwa (fort intéressants!) et me suis empressée à les chercher sur votre site pour les traduire à l’espagnol et transmettre à mes amis et famille en Espagne qui utilisent Facebook pour un oui, pour un non.
    J’espère que ces réflexions changeront les consciences car l’utilisation de ces technologies est souvent abusive et Inutile nous éloignant de l’Essentiel.
    Merci beaucoup!

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