Imprimer plus vert

Par · 1 fév 2010

67318-riti-imprimante-cafeAujourd’hui, 70% des ménages belges disposent d’un ordinateur : c’est une bonne nouvelle puisque la fracture numérique se résorbe, mais le revers de la médaille, c’est l’empreinte écologique de ce matériel informatique, qui ne cesse d’enfler. Un de ces accessoires informatiques pèse doublement sur l’environnement : c’est l’imprimante, puis qu’elle nécessite non seulement de l’énergie pour fonctionner, mais qu’elle consomme aussi du papier et de l’encre… Quelles  solutions pour imprimer plus vert? c’était le thème de ma chronique dans l’émission Nuwa (La Première, RTBF) de ce 1er février, à podcaster sans modération!

 Existe-t-il des imprimantes plus vertes que d’autres ? Il semble que cela bouge très lentement dans ce domaine. En effet, la plupart du temps, les constructeurs d’imprimantes proposent leur propre encre à la vente : pendant longtemps, ils n’ont donc pas tenté de mettre au point des imprimantes moins gourmandes. Heureusement, les mentalités évoluent. Certaines imprimeries travaillent déjà avec des encres végétales, on peut espérer que cela soit bientôt à la portée des particuliers… L’an dernier, lors du concours Greener Gadget Design, une compétition internationale d’inventeurs de gadgets écologiques, c’est l’imprimante Riti qui a fait sensation : la machine est conçue pour utiliser, en lieu et place de l’encre, des résidus de café et de thé… Mais il ne s’agit à l’heure actuelle que d’un prototype. Des innovations plus sérieuses nous viennent du Japon, où la firme Toshiba a mis au point une imprimante SANS ENCRE qui permet d’imprimer 500 fois la même feuille ! Elle utilise pour cela un papier spécial comprenant des pigments qui passent du noir au blanc et inversement, lorsqu’ils sont chauffés à une certaine température.  La fabrication et le traitement de 1000 feuilles de ce papier spécial ne produiraient qu’1kg d’émission de gaz à effet de serre, contre les 6,5 kilos nécessaires pour la même quantité de papier classique. Mais ne crions pas trop vite au miracle !  La B-SX8R, c’est le joli petit nom que porte cette machine géniale, ne s’adresse malheureusement pas aux particuliers : avec son prix supérieur à 7400 euros, cette imprimante n’est pas à la portée de toutes les bourses, seulement celles des entreprises qui ont de grosses quantités de documents à imprimer… 

 

Ce qui est à notre portée, par contre, c’est de repérer le label Energystar qui apparaît sur de plus en plus de machines… Ce label garantit que le constructeur a fait des efforts pour rendre le matériel qu’il propose moins énergivore. En se basant sur une durée de vie de 5 à 6 ans (moyenne européenne) et sur un tarif d’électricité de 13 cents et demi par kWh, l’équipement certifié ENERGY STAR le plus efficace vous permettra d’économiser entre 200 et 270 € sur votre facture d’électricité pour un PC et une imprimante… Ce qui signifie aussi de belles réductions d’émissions de CO2. Reste que même parmi les machines qui portent ce label, il peut y avoir de sérieuses différences de consommation électriques… Ce qu’on ignore souvent, c’est que seulement 8% de la consommation électrique d’une imprimante provient de l’impression : 49% de la consommation provient du mode veille, et 43% du mode éteint !  Pour vous aider à comparer ce que consomment les imprimantes avant d’acheter, il peut être utile de consulter la documentation du fournisseur mais aussi le guide Suisse Topten, consultable en ligne, qui propose un classement des imprimantes les plus écologiques.

 

Finalement, comme en matière d’électricité, ou d’emballages,  la feuille imprimée la plus écolo reste celle qu’on n’a pas imprimée… Mais il n’est pas toujours évident de changer ses habitudes, si on a appris à travailler sur du papier. Pour s’aider les uns les autres à ne pas imprimer à la légère, on peut intégrer à la signature de ses mails un petit message invitant à  » n’imprimer que si nécessaire » ! Il est bon aussi d’apprendre à se servir des impressions numériques, les « pdf », qui permettent d’enregistrer et de se transmettre des documents par mail ou sur des clés usb.

On peut aussi réduire l’impact de ses impressions en configurant son imprimante: la fonction d’impression recto-verso permet de réduire jusqu’à 45% les émissions de CO2. Pour la plupart des usages,  l’impression en noir et blanc et en fonction « brouillon » est souvent suffisante! On peut aussi choisir d’imprimer plusieurs feuilles par page… Une autre fonction qui est très utile, et que l’on devrait toujours utiliser avant d’imprimer, c’est celle de prévisualisation du document : on évite comme ça souvent de devoir réimprimer quelque chose dont la mise en page n’est pas correcte…

 

Ceci dit, ces fonctions ne sont pas toujours possibles sur les imprimantes : il faut donc ouvrir l’œil au moment de l’achat du matériel informatique. En particulier en ce qui concerne l’encre : certaines marques d’imprimantes (dont de grandes marques !) indiquent que les cartouches sont vides alors qu’il reste encore jusqu’à 45% d’encre ! Il est parfois possible de continuer l’impression jusqu’à épuisement de la cartouche, malgré l’avertissement. Mais ce n’est pas le cas sur toutes les machines. Si vous vous êtes laissé piéger, on trouve sur le net quelques blogueurs-bricoleurs qui vous apprennent comment bidouiller votre imprimante : il suffit parfois d’enlever la cartouche et de la replacer comme une neuve, mais dans d’autres cas, la bête est plus difficile à dompter !

 

Une solution, c’est de faire remplir ses cartouches usagées… L’impression de 10.000 pages génère 70kg de déchets de cartouches d’impression. Du plastique, mais aussi des encres, qui contiennent certains métaux lourds, et des solvants qui ont un impact néfaste sur  l’environnement et la santé. En ce qui concerne la fabrication, une cartouche  d’imprimante à jet d’encre demande 1 litre de pétrole, et une cartouche laser jusqu’à 4 litres de pétrole ! Le bon plan, c’est donc en effet de faire remplir à nouveau vos cartouches vides : de plus en plus de magasins le proposent. On peut remplir jusqu’à 5 à 6 fois la même cartouche, ça vaut la peine. Et ensuite, les cartouches peuvent être recyclées. Mais là, malheureusement, il n’y a pas de filière officielle organisée en Belgique, et pas encore d’obligation légale de récupération des cartouches. Certaines marques offrent un service de récupération : c’est là aussi un critère à tenir en compte lors du choix de votre imprimante … En attendant la mise sur pied d’une filière de recyclage officielle, évitez tout de même de jeter vos cartouches dans votre poubelle classique…  Certaines associations ont des points de collectes de cartouches en Belgique  : c’est le cas par exemple de l’association belge de lutte contre la mucoviscidose, qui parvient à rassembler chaque année quelques 20.000 euros grâce au recyclage des cartouches que leur confient quelques 1.000 firmes, écoles, administrations communales et particuliers qui participent à cette action de solidarité verte.

Un dernier truc pour économiser l’encre ? On peut utiliser une police d’imprimante écolo. Très facile à installer, elle s’appelle Ecofont : on la télécharge gratuitement sur http://www.ecofont.eu/. Elle se compose de caractères poinçonnés, qui  permettent d’économiser jusqu’à 20% d’encre… Tout cela avec des trous qui ne se voient pas, en taille de police normale… Pour finir, je dirai juste un mot sur le papier : préférez le recyclé et non blanchi (c’est à dire gris, mais c’est pas si moche, le gris)… On en reparlera prochainement plus en détail, mais c’est une autre histoire, à suivre bientôt dans Nuwa !

Commentaires4 Comments

  1. Vincent dit :

    Encore une fois, bravo, vous allez droit au but: vous dévoilez l’impact réel de nos comportement en ne craignant pas d’aller loin dans l’analyse. Mais comment faites-vous pour vous renseigner si bien? Sujet très difficile que l’énergie grise…!
    Ceci dit, je vous suggère d’oser aller encore plus loin, en remettant plus en question le comportement même qui induit un coût écologique (c’est vraiment ça le bon plan), pour éviter de tomber dans le piège de ne proposer que l’alternative, le »produit vert », comme les voitures dites « vertes » et qui n’ont RIEN de vert, aucune! (Excepté nos bons vieux cuistax de la côte belge…).
    Pour ma part, lorsque l’on a besoin d’une impression, nous allons tout simplement à la librairie du coin, à 50m. Ainsi, nous n’imprimons pas n’importe quoi, et nous n’avons pas à gérer une imprimante chez nous (ça prend trop de place, ça tombe en panne, ça doit se remplacer, ça coûte à l’achat et en cartouche, en €, en consommation et… en empreinte écologique).
    Et au boulot, j’ai estimé que j’utilise environ 10x moins de papier que mes collègues: impression en 2 pages/face (4/feuille) ou 8/feuille s’il s’agit de power point, au lieu d’une page/feuille recto (parfois en A3…). Et surtout, ne rien imprimer est souvent possible: les écrans actuels conviennent très bien pour la lecture. Ce n’est un réflexe à acquérir…

    Merci encore, et continuez! Vincent

  2. Fautsch dit :

    Bonjour,

    Un de vos collègues journalistes a également parlé de ce sujet il y a peu (environ une semaine, soit la fin mars) dans une émission dédiée aux trucs et astuces en informatique (je ne connais le nom ni du journaliste ni de l’émission). Il y renseignait des polices disponibles dans les traitements de texte habituels et qui étaient particulièrement économes en encre à l’impression. Je ne me souviens plus des polices en question (il y avait Gothic dedans …), si vous savez m’aider …

    Merci d’avance,
    Michel

  3. Fautsch dit :

    J’ai oublié de spécifier que c’était également sur La première (RTBF radio) en semaine vers 17h00 si je me souviens bien.

  4. Isabelle dit :

    Bonjour Michel,

    voici le lien vers l’émission en question, qui est encore podcastable, il s’agit de cocktail.com:
    http://www.rtbf.be/radio/player/lapremiere/podcasts?c=LP-COCO&e=994

    Merci pour votre intérêt!

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