Huile d’olive frelatée: une vieille tradition remise au goût du jour

Par · 24 fév 2012

On a pu lire à plusieurs reprises ces dernières années que l’huile d’olive pouvait être frelatée. Y a-t-il de l’huile d’olive frauduleuse dans les rayons de nos supermarchés ?

Plus que probablement, oui! Un article du quotidien italien La Repubblica révélait en décembre dernier que 4 bouteilles d’huile d’olive extra-vierge « italienne » sur 5, soit 80%, seraient en réalité coupées avec de l’huile d’origine étrangère, provenant du Maroc, de Grèce, d’Espagne, du Maroc ou de Tunisie…

Mais pourquoi cette fraude ? L’Italie produit pourtant sa propre huile d’olive… La raison de cette fraude est simple : l’huile d’olive italienne est réputée de meilleure qualité et se vend plus cher. Le gain est important :  selon La Repubblica, l’huile d’olive étrangère est importée pour seulement 0,2 €/kg, puis est revendue plus de 4 €/kg. C’est ce profit facile à réaliser qui pousse certains producteurs italiens à frauder…

Le phénomène n’est pas neuf: durant l’Antiquité, les Romains avaient dû mettre en place un étiquetage anti-fraudes sur les amphores d’huile d’olive. Mais l’ ampleur de la fraude actuelle est sans précédent : l’Italie produit environ 700 000 tonnes d’huiles d’olive et en exporte 1,5 million de tonnes ! (production mondiale = 2,1 Mt.) Toujours selon La Repubblica, ce secteur représente un chiffre d’affaires annuel de 5 milliards d’euros. Certains, en Italie, n’hésitent pas à parler d’une véritable mafia agricole dans le secteur de l’huile d’olive, à l’instar de Stefano Masini, membre de Coldiretti, principale organisation agricole italienne, qui confiait au journal qu’  » il y a un groupe puissant dans le secteur de l’alimentation qui fait d’énormes bénéfices grâce à l’importation et à l’absence de traçabilité pour les huiles d’olive faisant l’objet de mélanges ».Tom Mueller, un écrivain américain qui a publié un livre sur la fraude dans l’industrie de l’huile d’olive italienne à partir d’une enquête publiée sur le sujet dès 2007 pour le New Yorker estime que «Les bénéfices [de la fraude d'huile d'olive] sont comparables à ceux du trafic de cocaïne, sans les risques. »

Le problème: la difficulté de démasquer les fraudeurs…Face à ces pratiques, les douanes et le fisc italiens ont évidemment lancé une enquête, mais autant il est facile aujourd’hui de mélanger des huiles différentes, puis de leur donner un emballage trompeur, pour faire croire à une seule huile d’olive, autant il est difficile de découvrir l’arnaque…L’ huile trafiquée ne se reconnait pas facilement, ni à l’oeil et ni au nez.

Il faut recourir à des laboratoires qui calculent le taux d’acide oléique dans l’huile pour mettre le doigt sur le pot aux roses. Grâce à ces labos, on sait aujourd’hui qu’il n’y a pas que le type de fraude évoquée à l’instant, mais qu’il en existe d’autres, plus graves, et surtout que le phénomène est bien croissant. Les analyses de l’Agence canadienne d’inspection des aliments ont mis en évidence une augmentation de l’altération de l’huile d’olive par rapport aux exercices précédents». L’Agence note l’utilisation de l’huile de canola, de tournesol ou alors la fabrication de l’huile avec des résidus d’olives plutôt qu’avec la pulpe. En 2002-2003, les inspecteurs de l’Agence avaient testé 49 échantillons d’huile. Seulement deux étaient falsifiés. Pour 2006-2007, 15 des 45 échantillons passés au laboratoire avaient été altérés. Seulement les deux tiers étaient conformes.

Ce ne sont donc pas seulement les producteurs italiens qui sont incriminés… Cette fraude est aussi réalisée par des importateurs, et on parle là parfois même d’huile à moteur trouvée dans de l’huile d’olive, ou du recyclage d’huile rance avec de la plus fraîche, ainsi que d’ajout de chlorophylle pour donner une couleur verte. On trouve aussi de l’huile frelatée en Provence, par exemple, où certains vendeurs présents sur les marchés n’hésitent pas à tricher sur l’origine de l’huile qu’ils vendent, et ça marche, grâce à l’ambiance typique de ces marchés, et aux emballages d’allure artisanale…

On le comprend à l’énumération des types de fraudes : ces arnaques n’ont pas seulement des conséquences économiques…

Dans le cas d’huiles périmées ou d’huile obtenues à partir de noyaux d’olives par exemple, ces huiles n’ont bien entendu plus la valeur nutritive que l’on recherche précisément dans l’huile d’olive. En dehors des cas graves d’huiles coupées à l’huile de moteur (on se souvient de cas survenus en 2008), une fraude plus courante qui consiste à couper l’huile d’olive avec de l’huile de noisette peut entraîner des problèmes de sécurité sanitaire sérieux, notamment des allergies.

Bien, mais concrètement, en tant que consommateur, comment éviter l’huile d’olive frelatée et être sûr d’en choisir une de qualité ?

Tout d’abord, il faut évidemment choisir de l’huile dite extra vierge. Elle est issue d’une 1ère pression à froid par procédés physiques sans traitement chimique. Elle est pure, et ne contient ni huile raffinée ou ni huiles issues d’autres graines ou noix oléagineuses. Attention au prix : on peut se méfier des huiles d’olives extra-vierges qui sont vendues à des prix écrasés. Il faut rechercher des huiles d’olive jeunes : la bouteille doit toujours porter une date de péremption et celle-ci, idéalement, ne doit pas dépasser 24 mois après la date de mise en bouteille, qui est parfois indiquée. Parfois cette dernière date n’est pas indiquée, mais si la date de péremption est proche, c’est que l’huile a déjà presque 2 ans… Pour avoir de bonnes garanties d’une huile de qualité, on peut chercher des huiles qui proviennent directement du producteur, dont le nom est alors affiché sur la bouteille. Plus il y a d’intermédiaires entre le producteur et le consommateur, plus les risques de fraudes se multiplient. On peut normalement aussi se fier aux produits des grandes chaînes d’alimentation, qui ont généralement les moyens de contrôler l’origine de leurs produits, et n’ont pas du tout envie de voir leur nom entaché par une fraude. On peut aussi généralement se fier aux commerces spécialisés.

Et les labels, sont-ils un gage de fiabilité ? Il y en a de toutes sortes, et ceux-ci offrent des garanties très variables. L’ AOP ou appellation d’origine protégée est l’appellation la plus exigeante : elle indique que la production, la transformation et l’élaboration de l’huile doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée avec un savoir-faire reconnu et constaté. L’AOC selon un règlement de l’UE, très controversé, précise par exemple que les huiles extraites en France avec des olives importées peuvent porter la mention « origine France ». L’IGP (indication géographique protégée) indique aussi un lien avec le terroir, à un des stades au moins de la production, de la transformation ou de l’élaboration. Ce n’est donc pas nécessairement une assurance quant à l’origine des olives…

En savoir plus:

Commentaires3 Comments

  1. Fornieri dit :

    Bonjour Madame Masson-Loodts,

    Je suis né en Belgique de parents Italien. J’habite en Belgique mais je suis oléiculteur en Toscane (4ème génération).
    J’ai entendu votre intervention sur La Première ce vendredi.
    Je tenais à vous féliciter parce que c’est la première fois que j’entends quelqu’un parler aussi bien de l’huile d’olive, aussi clairement et en donnant de judicieux conseils en plus. Je relis l’article de votre blog et je confirme.

    J’ai presque cru un moment que vous lisiez mes notes (lol) (je donne des conférences sur l’huile d’olive…) .

    Si un jour vous voulez faire un article sur l’oléiculture ou si vous voulez venir voir une récolte en Toscane… n’hésitez pas à me contacter.

    Bonne continuation.

    Olivier

  2. Isabelle dit :

    Bonjour Olivier,

    merci pour votre commentaire qui me va droit au coeur… Continuez votre magnifique métier. Il n’y a rien de comparable au goût d’une huile d’olive fraiche!

    Excellent we à vous!

    Isabelle

  3. Lorenzo dit :

    J’ai visionné la vidéo de l’année dernière et cet article qui expliquent clairement une situation toujours présente et peu connue des consommateurs.

    Moi aussi à mon niveau je défends l’authenticité, la qualité et la traçabilité de l’huile d’olive extra vierge de Sicile, pas facile face aux « géants » de l’agroalimentaire..

    Toutefois, tous ceux qui prennent connaissance de ce type d’ »arnaque » deviennent plus attentifs et se font moins avoir !

    Félicitations pour votre travail.
    Lorenzo

Ajouter un commentaire

*