Huile de Neem, mode d’emploi

Par · 26 oct 2012

Il y a quelques temps,je vous parlais de l’huile de Neem à utiliser comme anti-mites. Retour plus en détails sur cette substance, entourée de polémiques. D’abord, qu’est-ce que le Neem ?

Le Neem, Azadirachta indica en latin, Margousier en Français, est un arbre de la famille des méliacées, comme l’acajou, le mahogany, le carapa. Il pousse en Inde et dans le Sud-Est asiatique et on en trouve aussi en Australie, en Afrique, aux Antilles, en Amérique tropicale. Dans le sud des USA et de l’Europe on a pu acclimater des variétés provenant du Nord de l’Inde et résistant mieux aux gelées.

C’est un arbre auquel on prête de nombreuses vertus…

Sur tout le sub-continent indien, le Neem est utilisé depuis plus de 2000 ans dans la médecine ayurvédique et considéré comme un arbre « protecteur » dans la culture traditionnelle de l’Inde. Surnommé « pharmacie du village, il y était surtout connu pour ses vertus anti-parasitaires (insecticides, nématicides et fongicides). Son nom sanskrit « nimba » signifie « qui confère la santé ».

Les feuilles séchées du Neem sont utilisées depuis longtemps dans les piles de vêtements pour les protéger des insectes (dont les fameuses mites!). Toutes les parties de l’arbre, même l’écorce et le bois, contiennent des substances actives, mais ce sont surtout les fruits qui en sont riches. On extrait de l’huile de l’amande de son fruit jaune, qui ressemble un peu à un abricot. Cette huile est utilisée comme vermifuge, mais aussi, contre les poux et tiques. En émulsion avec de l’eau, et  en pulvérisation, comme traitement foliaire, vis-à-vis des principales maladies des cultures légumières et fruitières, et comme insecticide. Elle est aussi utilisée en cosmétique contre les maladies de peau.

 

Ces vertus se vérifient aujourd’hui à la lueur des sciences :o n a découvert que cet arbre contient des substances possédant des propriétés pharmacologiques intéressantes, mais c’est surtout dans la lutte contre les insectes ravageurs que le neem, semble le plus prometteur. Le groupe FAO d’experts des ressources énergétiques forestières, a reconnu sa valeur réelle et son potentiel, et l’a cité parmi les espèces méritant la priorité absolue pour les pays tropicaux de la zone sèche. Ces 25 dernières années, les entomologistes ont isolé quelques 400 espèces d’insectes différentes (dont certaines résistantes aux pesticides chimiques), affectées par l’activité biologique de cet arbre unique. Sans compter un large assortiment de mites, nématodes, bactéries et même quelques virus.

 

Certaines compagnies ont d’ailleurs tenté de s’accaparer cette ressource naturelle, non : c’est un cas emblématique de brevetage du vivant. Des compagnies agrochimiques américaines soutenues par le gouvernement des USA ont « breveté » cet arbre en 1995, mais il semblerait qu’après une campagne internationale dénonçant ces procédés, l’Europe ait décidé de ne pas reconnaître la légalité de ces brevets abusifs.

 

Ceci dit, si le Neem nuit à certains insectes, est-ce que ce n’est pas un produit dangereux pour l’Homme ?

Il y a polémique à ce sujet. En 2008 l’Union Européenne avait d’ailleurs refusé d’inscrire l’azadirachtine, principe actif principal de l’huile de neem, à l’annexe I de la directive 91/414, texte réglementaire qui autorise l’utilisation de substances dans des préparations à visée phytosanitaire (les pesticides en fait…). En 2011, l’UE a fait volte-face et enfin inscrit cette substance à cette même annexe I, l’autorisant potentiellement à faire partie de la composition de produits de traitements phytosanitaire (homologation sur pomme de terre comme insecticide). Cependant malgré ce feu vert de l’UE les pays de l’union sont libres de l’autoriser ou pas dans leur propre espace national: en France toute utilisation de produits à base de Neem reste interdite…

 

Pourquoi les autorités françaises s’acharnent-elles à l’interdire alors qu’aux USA, l’huile de neem  est qualifiée GRAS, Generaly Recognized As Safe, par la FDA ?

C’est assez étonnant, d’autant que l’huile de neem est aussi homologuée en Australie, Nouvelle Zélande, et dans tous les pays du Pacifique. Malgré cela, en France, les services régionaux de l’alimentation l’assimilent aux « déchets industriels spéciaux », et « experts » du Ministère de l’Agriculture estiment qu’elle aurait « un profil toxicologique avéré et incontestable »… Certains y voient simplement l’effet de la puissance française du lobby des industries de la chimie qui verrait d’un mauvais oeil l’arrivée de ce produit qui pourrait leur faire concurrence…

 

Est-ce que pour autant l’huile de Neem est aussi innoffensive pour la santé humaine qu’on le dit sur de nombreux forums pour jardiniers amateurs ?

La vérité est entre les deux… Les propriétés de l’huile de Neem sont certes connues depuis environ 2000 ans, mais cela n’en fait pas un produit totalement inoffensif. En fait, il faut vraiment faire la part des choses entre l’huile de neem entière issue de la plante entière et pulvérisée à faible dose sur des plantes et l’azadirachtine, principe actif de l’huile de Neem, est potentiellement dangereux. Des études montrent que cette substance, prise isolément, aurait des impacts négatifs sur les milieux aquatiques, provoquerait des atrophies sur les jeunes abeilles et qu’elle serait aussi un perturbateur endocrinien, et même un abortif, à dose élevée. Par contre, l’extrait aqueux (tisane, macération), l’huile ou les feuilles de Neem ne présentent pas de danger (communication orale du Pr Jean Louis Pousset, Chercheur au Museum d’Histoire Naturelle de Paris, agrégé en Pharmacognosie à l’université de Poitiers, spécialiste de la flore tropicale). L’huile de neem sous ces formes est en fait contient de nombreuses autres substances actives qu l’azadirachtine, et c’est la combinaison de l’ensemble de ces substances qui détermine sa qualité et sa non dangerosité. Cet insecticide possèderait plusieurs avantages : non seulement il n’aurait pas de toxicité directe pour les organismes à sang chaud, mais il serait très rapidement détruit par la lumière, ce qui limiterait son impact éventuellement négatif sur l’environnement. Bref, utiliser l’huile de Neem, oui, mais avec prudence, et plutôt à partir d’extraits de plantes bruts que de principes actifs isolés !

 

En savoir plus:

Un précédent article sur les mites

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Commentaires2 Comments

  1. Daniel dit :

    Je voudrais utiliser de l’huile de Neem comme insecticide sur mon gazon.
    Qu’el devrait être le taux d’épandage L/mc d’un mélange de 5ml/L?

  2. REV NOUMSI dit :

    le nem soigne t-il le diabete ? si oui le mode d,emploi

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