Huile d’argan

Par · 17 juin 2011

De l'Arganier et de l'huile d'Argan, Ed. Equinoxe, 2008

De l'Arganier et de l'huile d'Argan, Ed. Equinoxe, 2008


C’est un produit aux nombreuses vertus cosmétiques et diététiques : l’huile d’Argan est plus à la mode que jamais. Ses prix se sont envolés suite à son succès depuis quelques années, au point qu’on lui a donné le surnom d’or du Maroc. Mais la production d’huile d’Argan a un impact social et environnemental, et c’est de cela entre autres, que je vous parlais dans Nuwa (La Première, RTBF), ce vendredi 17 juin 2011

Avec le soleil estival, on nous répète qu’il faut prendre soin de notre peau, et l’huile d’Argan est devenu le produit dont on parle beaucoup à ce sujet : on nous la présente souvent comme le produit cosmétique idéal. Il est vrai que les femmes berbères l’utilisent depuis des siècles pour soigner leur peau et leurs cheveux, mais aussi pour ses vertus alimentaires.

L’huile d’argan est produite au départ de l’amande oléagineuse de l’Arganier de son nom scientifique Argania spinosa, un arbre endémique au Maroc. C’est le deuxième arbre le plus important de couverture forestière du pays, juste après le chêne-liège. Il faut généralement attendre vingt ans pour qu’un arganier produise des fruits, même si aujourd’hui des techniques permettent d’obtenir déjà quelques fruits dès l’âge de 5 ans.

Est-ce que l’huile d’Argan est vraiment un produit exceptionnel ?

L’huile d’Argan est riche en vitamine E et oméga-6 : c’est ce qui en fait un allié contre le vieillissement cutané et un puissant hydratant particulièrement conseillé pour les peaux très sèches. Elle s’applique sur le visage et le cou ou sur l’entièreté du corps. Elle est essentiellement composée d’acides gras insaturés comme l’acide linoléique (acide gras essentiel) qui intervient dans la biosynthèse des prostaglandines, hormones régulatrices des échanges membranaires et joue un rôle dans la perméabilité de l’épiderme. Au-delà de son effet hydratant, adoucissant et protecteur, l’huile d’argan aurait des propriétés permettant de cicatriser les lésions cutanées de l’acné et de la varicelle, du psoriasis et de lutter contre les rougeurs. Il est aussi conseillé aux femmes enceintes de l’appliquer sur leur ventre afin de limiter l’apparition des vergetures.

Ses vertus diététiques sont-elles aussi avérées ?

Le point fort de l’huile d’Argan, du point de vue alimentaire, c’est qu’elle, non seulement comme l’huile d’olive, très riche en acides gras insaturés (80%), mais pa r rapport à celle-ci, elle a l’avantage d’être plus équilibrée en acide gras essentiels, ces acides gras que notre corps ne peut synthétiser lui-même et pour lesquels il faut donc un apport via la nourriture… Elle est, en particulier, riche en acide linoléique (35 %). Elle est aussi plus riche en tocophérols (620 mg / kg pour l’huile d’Argan contre 320 mg / kg pour l’huile d’Olive) ayant une activité vitaminique E (de quoi soigner la peau de l’intérieur), et elle possède en plus des quantités appréciables de composants bénéfiques pour la santé comme le béta-carotène, les polyphénols, les stérols et les alcools Terpéniques. Les nutritionnistes la recommandent donc pour son action de protection des artères. Elle stabilise l’hypercholestérolémie en réduisant le taux du mauvais cholestérol et en augmentant le taux du bon cholestérol. Elle réduit l’hypertension. Elle a en outre un effet positif sur le fonctionnement du foie et pourrait même réduire les risques d’infarctus du myocarde et les troubles cardio-vasculaires et est conseillée en cas de risque d’athérosclérose.

Comment la consomme-t-on en cuisine ?

Tout simplement dans les vinaigrettes ou pour la cuisson. Mais attention à ne pas confondre l’huile d’argan alimentaire (couleur miel et foncée) et l’huile d’argan cosmétique (couleur dorée et claire). L’huile culinaire est extraite à chaud après torréfaction, et l’autre cosmétique est préparée à froid, généralement mécaniquement à l’aide de machines spéciales.

L’huile culinaire, historiquement disponible et commercialisée uniquement dans la région d’argan et dans certaines villes environnantes, est actuellement commercialisée à travers tout le Maroc et dans le monde entier. Ses prix varient largement, de 200 Dh/litre localement dans les souks hebdomadaires, à plus de 20 fois ce prix dans les restaurants haut de gamme de Paris ou New York. Les prix de l’huile cosmétique dépassent de loin ceux de l’huile culinaire. Au détail, elle est plus de 4 fois plus chère (50 Dh les 50 ml).

Il faut dire que le marché de l’huile d’argan a littéralement explosé au cours de la dernière décennie.

Depuis que les chercheurs, et les grandes firmes de cosmétiques ont confirmé l’importance des propriétés chimiques de cette huile pour un usage cosmétique et esthétique, voire médicinal, celle-ci a pu être commercialisée dans les marchés internationaux de haute valeur. Le prix des fruits d’argan dans les souks hebdomadaires a presque doublé entre les 1999 et 2007 et a augmenté plus rapidement que le prix de l’huile d’argan en raison de la forte demande des fruits par les marchés de l’huile d’argan de haute valeur (coopératives, sociétés privées).

Est-ce que ce boum bénéficie aux populations locales ?

Une enquête diagnostic réalisée par des chercheurs de Meknès et de l’Université de Californie, montre que cette question est complexe… D’une part, il semble que les ménages qui exploitent l’argan pour son huile sont plus susceptibles d’envoyer leurs filles à l’école secondaire. Mais l’enquête montre aussi qu’il y a de plus en plus de conflits entre les habitants autour des ressources de la forêt d’arganier : cela se traduit par des clôtures, parfois illégales, des arbres d’arganier. Or, jusque là, l’exploitation de la forêt et l’accès aux fruits d’argan était collective dans la plupart des cas et répondait à des règles précises : au cours de la période de récolte des fruits (Mai à Septembre), une partie de la forêt était exploitée individuellement pour la collecte des fruits selon le droit appelé droit d’agdal. L’autre partie de la forêt appelée azroug était exploitée collectivement durant toute l’année que ce soit pour la collecte des fruits, du bois ou le pâturage.

Voilà quelque chose qu’on ignore souvent chez nous : la forêt d’Argan n’est pas uniquement source d’huile, elle assure aussi d’autres fonctions pour les populations locales…

Près de 90 % de l’économie rurale de la région d’argan dépend du système agro-forestier de l’arganier. L’arbre possède de plus des racines profondes qui jouent un rôle important dans la stabilisation des écosystèmes arides et constituent un obstacle important à l’avancement des déserts. L’UNESCO a d’ailleurs reconnu la valeur écologique et économique locale de la région forestière de l’arganier en la déclarant Réserve de Biosphère en 1998.Or, ce qu’on peut constate depuis quelques années, c’est que les ménages ne montrent pas un comportement collectif à long terme pour la conservation de la forêt. Près de la moitié des forêts de l’arganier a disparu entre le début du Xxe siècle et les années 1980.

Le succès international de l’huile d’argan est plus récent : ce phénomène n’est donc pas uniquement du à ce boum commercial…

En effet : la forte régression de la forêt de l’arganier est due son exploitation pour la fabrication du charbon de bois de haute qualité, mais aussi à la forte pression dûe au pâturage, à la collecte du bois et plus récemment à la conversion vers la production agricole des cultures d’exportations et la forte demande en immobilier rural. Mais la production d’huile d’argan accentue aussi cet impact : certains ménages pratiquent des techniques agressives pour la collecte des fruits comme le gaulage,une pratique qui consiste à frapper les branches des arbres à l’aide de bâtons ou de pierres pour faire tomber les fruits avant leur maturation, qui blesse les arbres. Et puis, beaucoup de ménages profitent aussi du boom d’argan pour investir dans l’élevage caprin qui est très menaçant pour la forêt d’argan.

On a beaucoup parlé de la création de coopératives permettant de produire une huile d’argan plus éthique et plus respectueuse de l’environnement : est-ce que ces initiatives permettent de redresser la situation ?

Durant les années 1990, des femmes rurales, qui sont les personnes les plus impliquées dans les activités d’argan, ont créé des coopératives féminines de production de l’huile d’argan à travers la région de l’arganier. L’organisation de la production artisanale en coopératives, et l’accroissement de la qualité de l’huile recherchée au sein de celles-ci a permis à ces organisations collectives d’obtenir des prix plus rémunérateurs en conquérant le marché international… De 1996 à 2005, le prix de l’huile est passé d’environ 3euros le litre à 17 euros le litre. Ces coopératives offrent aussi une opportunité d’alphabétisation et d’éducation aux femmes qui les intègrent.

Mais on a aussi beaucoup parlé de coopératives fantômes…

C’est un problème souligné par Zoubida Charrouf, professeure à l’université de Rabat (voir le très intéressant rapport « Huile d’Argan, l’or du Maroc? » publié par le CTB)  : il existe de fausses coopératives qui utilisent des femmes en façade qu’elles ne rétribuent pas du fruit de leur travail. Le rôle éducatif et formateur des vraies coopératives est d’autant plus important, et il est aussi important de les soutenir pour cela…

Mais comment savoir si on peut avoir confiance en une de ces coopératives ?

Tout d’abord, il semble que depuis qu’elles ont été dénoncées, il n’y ait pas eu de naissance de nouvelle coopérative fantôme. Ensuite, si celles-ci représenteraient 10 à 20% des coopératives, les bonnes coopératives ont milité ces dernières années pour la création d’un label et donc ‘un système de contrôle qui permette de vérifier le fonctionnement de la coopérative à tous les stades de la production.

Et ce label existe aujourd’hui ?

Une loi consacrant l’appellation d’origine a été adoptée par le Maroc en 2008, l’indication géographique en 2008 : première en Afrique, l’Indication Géographique Protégée (IGP) pour l’huile d’argan du Maroc a pour objectif de protéger cette huile des piratages et des tricheries (certaines huiles sur le marché sont frelatées). On peut espérer que ce label de qualité joue aussi un rôle de levier au niveau environnemental, pour une meilleure conservation de la forêt : pour obtenir des amendons de qualité, il faut en effet limiter la pression des chèvres sur la forêt… On peut souligner un autre fait positif : entre 2001 et 2008, les surfaces reboisées de l’arganeraie ont augmenté de 33%…

Que faire pour soutenir la forêt d’argan en tant que consommateur ?

Choisir une huile issue d’une coopérative et certifiée IGP… Aujourd’hui,on considère que l’huile d’argan fait vivre 2 millions de femmes dont 4500 sont groupées au sein de coopératives et le reste au sein de l’industrie. Il y a encore de la marge pour faire évoluer les choses dans le bon sens !

Deux recettes pour profiter des bienfaits cosmétiques de l’huile d’argan:

  • La recette des femmes berbères: mélanger pour moitié de l’huile d’argan et du jus de citron. S’enduire les ongles et laisser le produit agir une nuit en se protégeant les ongles avec des gants.
  • Pour redonner vigueur et santé aux cheveux fragilisés, appliquez l’huile d’argan 30 mn avant le shampooing, sur toute la longueur du cheveu; lavez et rincez. Pour protéger les cheveux des effets déshydratants des bains de soleil, de mer et du chlore, utiliser en huile coiffante en effleurant la chevelure. 
Résultat assuré!

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