Faut-il avoir peur du bisphénol A?

Par · 15 fév 2010

Madame Nature il y a un peu plus de 30 ans: c'était la période des premiers biberons au bisphénol...

Madame Nature il y a un peu plus de 30 ans: c’était la période des premiers biberons au bisphénol…

Depuis quelques mois, on voit apparaître sur le marché des biberons estampillés « sans BPA ». BPA : on en entend parler mais on ne sait pas ce qu’on doit vraiment en penser. Faut-il avoir peur de ces 3 lettres ? J’ai tenté de vous donner une réponse à cette question dans l’émission Nuwa (La Première RTBF) de ce jour, à podcaster à volonté ici !

Tout d’abord, qu’est-ce que le BPA ? Le BPA, c’est l’acronyme du bisphénol A, une substance chimique que l’on retrouve dans certains plastiques durs, transparents et résistants à la chaleur, les polycarbonates. Le bisphénol A a été découvert en 1891 par un scientifique russe, Alexandre Dianin. Dans un premier temps, le BPA a été utilisé en laboratoire comme substitut à l’œstrogène, donc en clair comme hormone de synthèse. Puis, lorsqu’on s’est aperçus qu’il pouvait aider à produire des plastiques rigides et transparents, sa fabrication commerciale a explosé.  Depuis plus de 40 ans, il est apprécié dans l’industrie pour beaucoup d’applications : on en produit quelques 3 milliards de kilos par an.  Le hic, c’est que l’on sait aussi qu’il appartient à la famille des disrupteurs endocriniens, c’est à dire des molécules qui miment le comportement des hormones.  Le BPA imite l’action des œstrogènes, hormones sexuelles féminines qui, au-delà de leur rôle dans la fonction de reproduction, sont essentielles au développement du cerveau ou du système cardio-vasculaire.

C’est ce type de substances que traquent depuis quelques années les scientifiques : les chercheurs tentent de mettre le doigt sur les responsables des problèmes endocriniens qui sont de plus en plus nombreux, comme celui de la fertilité masculine, ou le syndrome d’obésité organique. Les problèmes de fertilité masculine n’apparaissent pas chez les bovins : on peut donc penser qu’ils sont liés au mode de vie humain…Or, une étude menée sur 2500 personnes aux Etats-Unis a montré qu’on décelait du bisphénol dans l’urine de 93% de la population. Cette étude ainsi que d’autres publications font penser à certains qu’il existe un lien entre les pathologies du système endocrinien et le bisphénol.

Depuis les années 1990, des voix remettent en cause l’innocuité du bisphénol : elles semblent enfin se faire entendre, après plusieurs rebondissements : alors qu’en 2008, le Canada interdisait le BPA dans les biberons, la même année, l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (EFSA), et la Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis, concluaient à l’absence de risque du bisphénol A pour le consommateur, moyennant le respect de certaines normes. Début 2010, face à de nouvelles données, la FDA a fait savoir qu’elle était préoccupée par les effets du BPA « sur le cerveau et le développement de la prostate chez les fœtus, nourrissons et enfants ». La FDA a recommandé aux industriels d’arrêter de produire des biberons et conserves pour bébés contenant du bisphénol A. Le Canada envisage d’aller plus loin encore et d’interdire radicalement le BPA. Et pendant ce temps, chez nous, on attend un nouveau rapport de l’autorité européenne de sécurité des aliments qui devrait être rendu public en mai. En France, l’AFSSA, l’agence française de sécurité des aliments vient à la fin du mois de janvier d’en appeler à la prudence vis à vis du bisphénol A (BPA). Chez nous en Belgique, l’AFSCA (agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) m’expliquait lors d’une interview qu’elle n’était pas habilitée à donner un avis sur les normes, mais plutôt à les faire respecter…(Concrètement, l’AFSCA teste des biberons et autres récipients en vérifiant que ceux-ci ne franchissent pas la limite de migration du bisphénol fixée à 0,6 mg par kg dans le milieu utilisé, c’est à dire dans la substance dont on remplit le récipient, sachant que plusieurs substances sont testée comme le vinaigre, l’eau, etc). Pendant ce temps, les organisations environnementales, telles que le Réseau Environnement Santé en France et Inter Environnement Wallonie chez nous, tirent la sonnette d’alarme

Il y a de quoi se perdre dans ces tergiversations : quelles sont les données qui expliquent ces changements d’avis sur la toxicité du Bisphénol A?  Pour comprendre, il faut remonter le temps jusqu’à Paracelse, un médecin suisse de la Renaissance, précurseur de la toxicologie. Ce dernier estimait que  « c’est la dose qui fait le poison », et c’est sur base de ce principe que la dose journalière de bisphénol A considérée comme acceptable par l’Europe a été fixée à 50 microgrammes par kilo.  Or on sait aujourd’hui que ce fameux principe ne s’applique pas pour les perturbateurs endocriniens dont certains peuvent agir à de très faibles doses, et particulièrement lors de périodes où les individus exposés sont très sensibles. Plusieurs études récentes sur l’animal ont montré des effets tels que des troubles du comportement avec une exposition inférieure à la dose journalière tolérable. Mais d’autres scientifiques estimaient jusqu’à présent que l’on ne pouvait pas extrapoler ces résultats pour l’homme, car celui-ci élimine plus facilement le bpa via le foie que les rats et autres rongeurs. C’est sur base de ce schéma qu’on a établi que pour courir un quelconque danger, un bébé devrait consommer quotidiennement 400 % d’un régime alimentaire normal dans un biberon avec bisphénol : voilà qui était rassurant ! Mais une recherche récente de l’Institut français de recherche agronomique vient de bouleverser la donne :  l’INRA a publié fin 2009 une étude qui montrait que l’exposition au BPA avait des conséquences sur la fonction intestinale des rats. Selon Alfred Bernard, professeur en toxicologie à l’UCL, cette dernière étude est décisive. Les chercheurs ont démontré que le BPA avait des effets sur l’intestin, premier organe au contact des contaminants ingérés, dès une dose dix fois inférieure à la dose admissible pourtant considérée comme très sécuritaire pour l’homme.

 

Faut-il fuir le bisphénol ? Oui mais sans paniquer. On vient probablement de trouver un de ces fameux perturbateurs endocriniens. Le bon sens veut que l’on s’en passe, mais cela ne résoudra pas tout : il reste dans notre environnement de nombreuses substances dont on n’a pas encore cerné ou reconnu les effets. Sans développer de phobie, et en attendant le rapport européen, on peut conseiller aux consommateurs de faire attention durant les périodes à risques : c’est lors de la grossesse et avant l’âge de 9 ans que le système endocrinien se met en place.

Où se cache le BPA ? 90% des biberons vendus en France en 2008 en contenaient… Voilà pourquoi ils sont devenus l’emblème des campagnes anti-bisphénol… Mais on en trouve aussi dans les cannettes, les conserves, les fontaines à eau, et d’autres plastiques alimentaires. Ces derniers sont les plus faciles à repérer : ils portent en général un sigle triangulaire contenant un chiffre qui indique de quel type de plastique il s’agit. Les polycarbonates font partie de la famille 7… Mieux vaut donc éviter les plastiques dont le triangle mentionne ce chiffre ou les lettres PC. Et si vous vous en servez quand même, évitez à tout prix de les chauffer, car la température favorise la migration du bisphénol. Prenez soin aussi de les jeter dès qu’ils montrent des signes d’usure…

 

Les choses sont plus compliquées avec les conserves et cannettes : leur revêtement époxy intérieur peut contenir du BPA mais rien ne le mentionne. Interrogé, un grand fabricant de sodas dont on a déjà parlé ne cache pas que ses cannettes contiennent du BPA.  Les marques se protègent en respectant les normes actuelles, et disent suivre ce dossier de près, mais mis à part les fabricants de biberons, peu décident d’elles-mêmes de se passer du BPA. On peut soupçonner que le lobby industriel du BPA n’y soit pas pour rien, puisque sur son site web, le groupe Polycarbonate/Bisphenol A (BPA) de l’association PlasticsEurope estime que les craintes autour du bisphénol A font partie des mythes et légendes urbaines ! Voilà qui est un peu fort de café pour une substance autour de laquelle les études donnent des avis controversés depuis des années!

reste une question importante pour les consommateurs: peut-on considérer les biberons et autres plastiques certifiés « sans bpa » comme des alternatives dignes de confiances ? On ignore les effets sur la santé des biberons sans BPA. On sait ce qu’on perd mais on ne sait pas ce qu’on gagne. On peut toutefois conseiller de choisir le verre, la céramique, ou l’inox. Et pour les plastiques, de préférer ceux portant le chiffre 5 (polypropylène ou PP), 2 ou 4 (polyéthylènes à haute ou basse densité).

 

On évoque aussi la présence de BPA dans des matériaux utilisés en dentisterie : doit-on aussi s’en méfier ? Les nouveaux matériaux composites utilisées en dentisterie sont des mélanges de céramique et de résine qui remplacent de plus en plus souvent les amalgames argentés qui contiennent du mercure. Les nouveaux matériaux composites ont l’avantage d’être plus esthétiques, ce qui explique que ce sont eux qui sont choisis pour traiter 70% des caries. Certains de ces matériaux, mais pas tous, contiennent donc du bisphénol. Cela pose question, quand on sait qu’en bouche, on a aussi souvent de la nourriture et des boissons chaudes. Du côté de la Société de Médecine dentaire on se dit attentifs à l’évolution des connaissances. Il faut savoir qu’il y a 180 ans, on faisait des réparations dentaires en or : un matériau qui est sûr mais qui n’était pas très accessible, ni très esthétique. On les a remplacés par un mélange à base d’argent-cuivre-zinc et mercure. Ces fameux plombages gris ne sont pas complètements abandonnés. Ils pourraient être utilisé aujourd’hui en toute sécurité, mais ils sont évidemment moins esthétique que les nouveaux matériaux composites qui imitent la couleur des dents… Mais les composites sans BPA existent. On peut toujours en parler avec son dentiste, et surtout se souvenir que le meilleur matériau en bouche est celui qui n’a pas dû être utilisé : vive le brossage des dents et sus aux caries !

 

Voilà un sujet sur lequel il resterait beaucoup de choses à dire : à suivre, sans aucun doute, sur le blog ! Je placerai d’ailleurs dès ce soir une série de liens vers des articles intéressants sur le sujet du BPA. Bonne lecture, et surtout ne manquez pas de réagir, poser vos questions, faire des suggestions: c’est toujours intéressant!

Commentaires9 Comments

  1. henquin alain dit :

    Bonjour, et d’abord félicitations pour vos rubriques .J’ai fait le choix par soucis écologique de ne presque plus acheter de bouteilles d’eau en plastique, à la maison l’eau lors des repas est servie dans une cruche qui filtre l’eau du robinet pour la rendre plus pure (genre brita ) . J’ai bien cherché des indices sur la présence de BPA mais je n’ai rien trouvé , pourriez vous me rassurer et me confirmer que mon choix ne presente aucuns danger pour la santé de mes trois enfants

  2. katia dit :

    Alain, malheureusement quand on ne trouve pas le logo indiquant la famille du plastique constituant l’objet, il vaut mieux rester très prudent. Personnellement je n’utiliserai plus cette carafe filtrante jusqu’à l’obtention d’informations provenant directement du fabricant : pourquoi ne pas les contacter en leur donnant bien les références de votre carafe ?

  3. Isabelle dit :

    Bonjour Alain,
    Bonjour Katia,

    en fait, sije tardais un peu à répondre, c’est que j’ai vérifié sur une carafe Brita et que rien ne permet de dire de quel type de plastique il s’agit. J’ai ensuite été voir sur leur site. Mais rien n’est indiqué. J’ai donc envoyé une demande de renseignement hier. Et je vous tiens au courant. A très vite, j’espère! et merci pour votre intérêt!

  4. henquin alain dit :

    merci beaucoup

  5. Laurent dit :

    Bonjour, je me suis posé la même question concernant les carafes Brita. Il n’y a certes pas de chiffre dans le triangle, mais il est indiqué en dessous « SAN », ie « Styrène-acrylonitrile resin » qui rentre dans la catégorie 7 (=fourre-tout). Il n’y a a priori pas de bisphénol-A contenu dedans, mais ça ne veut pas dire que c’est entièrement sûr… je n’ai pas trouvé d’info concernant la toxicité (ou l’absence de) de ce produit. Si quelqu’un en trouve je suis preneur !

  6. Régina dit :

    Comment se nomme ces mélanges résine-céramique sans BPA ?
    Le plombage classique est-il sans danger ?

    Merci Isabelle

  7. Laurence dit :

    Bonjour,

    Je voulais savoir si vous aviez eu une réponse par rapport à la carafe brita, contient-elle du BPA ou pas?

    Merci

  8. maillot dit :

    bonjour,
    je me pose la m^me question sur les carafes brita, avez vous obtenu une réponse ?
    je vous remercie,
    sonia M

  9. maillot dit :

    VOTRE R2PONSE SUR LA CARAFE BRITA M INTERESSE EGALEMENT
    MERCI

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