Des plastiques écologiques, vraiment?

Par · 27 mai 2011

Le plastique est-il en train de devenir réellement fantastique? De nombreuses entreprises communiquent sur des innovations qui rendent leurs emballages plastiques plus écologiques : réel progrès ou greenwashing, c’est ce qu’on examinait aujourd’hui dans Nuwa (La Première, RTBF).

Le plastique est un vrai symbole de la société de consommation du 20ème siècle et de l’ère du jetable ! Chaque habitant de pays développé en utilise plus de 100 kg par : on le trouve dans les emballages bien sûr mais aussi dans bien d’autres domaines de la vie quotidienne : pièces de voiture, électroménager, matériaux d’isolation, jouets d’enfant, table de jardin, tissu microfibre…Sa production annuelle mondiale, multipliée par 3 dans les 20 dernières années, dépasse aujourd’hui celle des métaux et engloutit 8 % du pétrole extrait dans le monde… Ce polymère synthétique dérivé du pétrole a, depuis son invention dans les années 20, été constamment adapté, diversifié et amélioré dans ses propriétés mécaniques, thermiques ou esthétiques.

Et voilà maintenant qu’on nous annonce des améliorations sur le plan environnemental : certaines entreprises communiquent autour de ces nouveaux plastiques comme s’il s’agissait d’une vraie révolution. C’est le cas ?

Au printemps dernier, Danone a annoncé que sa petite bouteille d’Actimel se mettrait désormais au vert : le groupe mentionne que le plastique HDPE (polyéthylène haute densité) de cette bouteille sera désormais fabriqué à partir de canne à sucre et non plus de pétrole. En fait, la nouvelle bouteille est constituée à 95% de matériaux d’origine végétale. Cette innovation permettra de réduire de 70% l’empreinte carbone de l’emballage de ce produit, et représentera pour Danone une économie de 42.000 tonnes d’équivalent CO2.

Est-ce que la production de plastique à base de canne à sucre est vraiment durable ?

90% des cannes à sucres destinées à la production d’éthanol sont cultivées au Brésil… Danone indique que ces plantations sont « situées à plus de 2500 km de la forêt amazonienne et généralement sur d’anciens pâturages dégradés »… Le communiqué de presse mentionne aussi que le producteur brésilien de ce polyéthylène végétal est engagé auprès des producteurs de canne à sucre dans un code de bonne conduite fondé sur le respect de 3 programmes agro-environnementaux du gouvernement brésilien. A noter toutefois que ces derniers jours, le Brésil est en train de tourner le dos à sa Loi sur la Protection de la Forêt, avec un nouveau projet de loi qui fait craindre un reprise de la déforestation. Or, si la culture de canne à sucre ne représente aujourd’hui qu’1% des terres arables destinées à la fabrication d’éthanol au Brésil, l’intérêt croissant pour les biocarburants ou des dérivés tels que ce type de plastique pourraient accroître cette pression sur la forêt…

On le voit, ce nouveau plastique a de gros avantages, mais il a aussi ses limites en terme de respect de l’environnement…

On peut saluer ce progrès, mais on peut se demander s’il est bien vraiment utile de communiquer autant autour de cette innovation. A force de répéter aux consommateurs qu’il s’agit d’n plastique « vert », il y a un risque de le déresponsabiliser et qu’il se sente affranchi du geste du recyclage, qui reste essentiel, pour cette bouteille comme pour les autres bouteilles en PET, car elles ne sont pas pour autant aussi biodégradables que les produits en véritable bioplastique.

On peut aussi se rappeler qu’il s’agit de yaourt en dosettes : est-ce qu’il ne serait pas plus simple d’abaisser l’empreinte écologique du yaourt en privilégiant le choix de grands contenants ?

Bonne réflexion en effet Corinne, et il n’y a pas vraiment de hasard finalement derrière tout cela… Si l’entreprise fait bel et bien un effort, elle le fait aussi sans doute pour des raisons de marketing…

Petit rappel : l’an dernier, le groupe alimentaire français avait annoncé le retrait de ses demandes de labellisation santé pour les yaourts Activia et le lait fermenté Actimel déposées auprès de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Or les analystes financiers ont immédiatement sanctionné cette décision par une chute du titre en bourse. Les campagnes publicitaires vantant les bénéfices pour la santé de ces deux laitages-vedettes du groupe (qui « représentent » ensemble 25% de ses ventes) avaient été jugées trompeuses par de nombreux pays et par l’Autorité européenne… Pour des groupes alimentaires comme Danone, qui ont fait de la santé un axe stratégique, il devient trop coûteux de devoir financer des études cliniques pour étayer leurs demandes d’allégation santé. On peut imaginer que l’axe écologique est une autre façon de préserver des prix élevés sur des produits alimentaires banalisés (par exemple le yaourt ou les produits laitiers, dont les prix sont en baisse du fait notamment de l’arrivée des marques de distributeurs)…


Reste, comme on l’a déjà dit dans cette émission, que pour distinguer une démarche durable d’un coup de poudre aux yeux il faut que ce type d’innovation s’étende à une large partie de la gamme d’une marque, et pas à un seul produit !

C’est vrai : et à ce titre, une entreprise n’est pas l’autre face à l’utilisation de ce nouveau plastique. On peut citer par exemple ECOVER, fabricant de produits de nettoyage écologiques, qui utilise lui aussi désormais ce plastique végétal, provenant du même fournisseur brésilien, l’entreprise Braksem. Mais ici, l’intégralité de ses flacons y passent, et la démarche écologique va bien plus loin, puisqu’elle s’étend au contenu des flacons, ou même à leur réutilisation : Ecover incite ses clients à venir recharger ces contenants réutilisables 30 fois au moins dans les magasins au remplissage… Du côté de Danone, en comparaison, on parle d’appliquer cette technologie aux bouteilles de Gervais à boire. Le groupe indique qu’il travaille au calcul des émissions co2 de toutes les références produits provenant de tous les pays. Mais même si l’usine de Rotselaar (productrice d’Actimel) est présentée comme un fleuron de la démarche durable du groupe, il est bon de se rappeler qu’Actimel n’est qu’un référence parmi de nombreuses autres d’un groupe dont le chiffre d’affaires s’est élevé à 14 982 millions d’euros en 2009, qui est n°1 mondial des produits laitiers frais, n°2 mondial des eaux embouteillées et de la nutrition infantile, et qui possède plusieurs dizaines de références produits…

Danone Waters a annoncé tout de même dans la foulée que ses marques Evian et Volvic utiliseraient aussi désormais ce plastique végétal.

La nouvelle bouteille d’1,5 litres de Volvic se compose désormais de 20% de plastique d’origine végétale, et de 35% de PET recyclé… C’est un progrès qui permet de réduire de 43% son empreinte carbone. Quant aux bouteilles d’Evian, on annonce qu’elles sont 30% plus légères qu’il y a 20 ans, 100% recyclables et composées de plus en plus de rPET (PET recyclé : jusqu’à 50%)… A noter que Spa est entré dans le même type de démarche… Mais replaçons cela dans le contexte du marché des eaux en bouteilles, qui lui aussi souffre beaucoup ces dernières années d’une sensibilisation croissante des consommateurs aux problèmes découlant de l’embouteillage d’eaux. On y avait consacré une chronique il y a quelques mois… Les polémiques autour de l’eau en bouteille se succèdent, et c’est pour cette raison que les marques d’eau minérale repensent leur emballage pour réduire leurs impact environnementaux… On peut rappeler toutefois que l’industrie de l’eau utilise 1,5 millions de tonnes de plastique chaque année dans le monde, et que seulement 1/5 de ces bouteilles est recyclé (même si, soulignons-le, on atteint le chiffre de 75% en Belgique)…

Enfin, toutes ces démarches sont expliquées sous l’angle des émissions de CO2. Est-ce que ça ne biaise pas les choses : le bilan écologique ne concerne pas que les dépense carbone ?

Il ne faut pas oublier en effet qu’un tonne de plastique ne représente pas seulement des émissions de CO2 et d’autres GAS, mais aussi d’autres impacts comme la consommation en eau : pour produire une tonne de plastique, il faut 2 millions de litres d’eau. Si les entreprises s’intéressent au plastique végétal, même si à l’heure actuelle il coûte plus cher que le plastique classique, c’est que le pétrole risque de devenir encore plus cher ces prochaines années, ce qui rendra bientôt le plastique végétal rentable. D’autre part, n’oublions pas que les économies en CO2 des industries, si elles sont une bonne chose, représentent un intérêt économique. Bref, ne nous leurrons pas : pour réduire son empreinte écologique en matière de contenants et emballages, rien ne vaut le bon sens et garder en ligne de mire sa propre consommation… On voit apparaître en ce moment des innovations comme le Gobi, une gourde réutilisable, légère et design, fabriquée en France, sans BPA et supportant le lavage en machine. De quoi nous aider à passer à l’eau du robinet, d’autant que l’entreprise qui la commercialise prévoit de créer une cartographie participative des points d’eau publics et cafés et restaurants acceptant de donner de l’eau du robinet… Et pour ce qui est du yaourt, n’oubliez pas qu’il est facile d’en faire soi-même: voici un site qui vous explique en détails une recette qui permet de réaliser un yaourt sans yaourtière! Comme quoi, il n’est pas toujours nécessaire d’acheter!

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