Des nanoparticules dans les crèmes solaires…

Par · 31 mai 2010

Nuwa crème solaireAvec l’été et le temps des vacances, le nombre d’heures durant lesquelles nous nous exposons au soleil augmente. On le sait, les protections solaires sont essentielles pour préserver la santé de la peau. Mais certains cosmétiques solaires représenteraient un risque pour notre santé et pour l’environnement. Le 31 mai dernier, dans Nuwa, je vous donnais ces quelques pistes pour prendre un bain de soleil en toute sécurité… et dans le respect de la planète !

D’abord, un petit rappel essentiel. Ce n’est pas pour rien que le soleil fait du bien à notre moral ! Pas question de le diaboliser : l’exposition au soleil est source de vitalité et de bien-être, elle favorise la circulation et stimule la formation de vitamine D. Le problème une fois de plus n’est donc pas l’exposition au soleil en elle-même, mais la façon de nous exposer : ces dernières décennies, le bronzage est à la mode. Il est devenu une pratique culturelle et sociale à part entière. On s’expose plus qu’auparavant au soleil, et parfois trop, et puis surtout aux mauvaises heures, et sans tenir compte de notre type de peau…

 

Quels sont les effets pervers de cette exposition exagérée ?

Les rayons ultraviolets sont de 3 types. Les UVC  sont ceux dont on parle le moins, et c’est normal puisque jusqu’à présent, la couche d’ozone nous en protège… Heureusement, car ce sont les plus nocifs ! Seuls les UVA et UVB parviennent à toucher notre peau :  les UVB sont ceux dont on a presque tous déjà senti les effets… Ils sont la principale cause des coups de soleil et constituent à long terme le principal facteur de risque de cancer de la peau, dont le mélanome. Mais il faut aussi se méfier des UVA : moins puissants que les UVB, ils sont plus traîtres car ils pénètrent plus profondément dans la peau. Leurs dégâts ne sont précédés d’aucun signe visible. Ils sont pourtant responsables du vieillissement précoce et augmentent le risque de cancer de la peau.

 

Mais l’industrie cosmétique a développé une gamme de produits pour prévenir les risques liés à la surexposition aux rayons ultraviolets A et B : ils ne sont pas efficaces ?

La cosmétique conventionnelle utilise principalement des filtres chimiques. Les molécules synthétiques de ces filtres agissent en absorbant les rayons du soleil. Leur emploi est facile, mais on sait aujourd’hui qu’ils cumulent une série d’inconvénients : ils doivent être renouvelés fréquemment, sont impliqués dans des irritations et des allergies, et surtout, ils ont montré des effets nocifs sur notre organisme. Une étude publiée par des chercheurs suisses de l’Université de Zurich a mis en lumière l’activité oestrogénique de certains filtres UV qui pourrait favoriser le développement de cancer et provoquer des troubles du développement des organes sexuels et du cerveau. En franchissant la barrière de la peau, ces substances se retrouvent dans notre organisme. Une  autre étude menée dans le cadre du programme national de recherche sur les «perturbateurs endocriniens» suisse (PNR 50) a révélé la présence de ces substances dans le lait maternel.

 

Ces substances avec lesquelles nous nous baignons empoisonnent-elles aussi l’environnement ?

C’est en effet le second problème posé par ces filtres chimiques : une grande partie de la crème solaire dont nous nous enduisons finit dans l’eau de baignade, de sorte que ces substances ont été identifiées dans des poissons de rivières, de lacs, de mers…C’est non seulement toute la chaîne alimentaire qui est contaminée, mais aussi un véritable risque de voir disparaître certains organismes qui ne les supportent pas, comme les coraux. Une étude italienne, publiée en 2008 dans la revue américaine Environmental Health Perspectives, réalisée par l’équipe du Professeur Roberto Danovaro montre que les filtres chimiques peuvent également activer des virus capables de détruire les microalgues qui vivent en symbiose avec les coraux. Suite à la disparition de ces précieux organismes, les coraux blanchissent. Fragilisés, peuvent mourir. Ces nuisances des produitssolaires sur la fauneet la flore aquatique avaient déjà été observées par exemple au Yucatan où les célèbres cénotes – des grottes remplies d’eau douce — attirent des plongeurs du monde entier.

La parade viendrait-elle des filtres minéraux que l’on voit en cosmétique bio ?

Les filtres synthétiques sont interdits dans les cosmétiques bio en effet. On les remplace dans ces produits, et dans certains produits solaires conventionnels  par des minéraux : le dioxyde de titane ou du dioxyde de zinc, en particulier, dont les molécules nous protègent des rayons lumineux en les réfléchissant. Ces écrans sont efficaces immédiatement, non allergisants et ne présentent pas la nocivité des filtres chimiques, mais ils ne sont pas parfaits. D’une part, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a déterminé que le dioxyde de titane, majoritairement utilisé comme composant pour les écrans, était un cancérogène du groupe 2B « susceptible d’être cancérogène pour l’humain » en cas d’inhalation. Il représente donc un risque pour les personnes qui manipulent ce composé lors de la fabrication. Et d’autre part, les filtres minéraux laissent sur la peau une pellicule blanchâtre que certains bronzeurs n’aiment pas…

 

Une pellicule blanche sur la peau : ce n’est pas bien grave…

Pour vous et moi, non, sans doute. Mais les labos cosmétiquesont décidé de réduire ces substances minérales à l’état de nanoparticules, c’est-à-dire des particules mesurant moins de 100 nanomètres, un nanomètre correspondant à un milliardième de mètre. Mais si les nanoparticules permettent d’obtenir un filtre solaire transparent, leur effet sur la santé est controversé. Selon l’ONG Les Amis de La Terre,  lorsque ces nanoparticules d’oxyde de titane et d’oxyde de zinc sont exposées aux UV de la lumière solaire, elles produiraient des radicaux libres et endommageraient l’ADN des cellules de la peau. 

 

Bien que les études soient à ce sujet encore rares et contradictoires, on peut appliquer le principe de précaution. Suffit-il alors de se diriger vers des filtres minéraux classiques, et donc vers les produits solaires bio ?

Le problème, c’est que jusqu’à aujourd’hui, il n’y a aucun moyen de savoir si un produit quel qu’il soit contient des nanoparticules : la liste INCI (nomenclature internationale des ingrédients cosmétiques), obligatoire, qui détaille tous les ingrédients de la formule, ne précise pas si les molécules utilisées le sont sous forme nano ou pas. Et même le label bio ne garantit aucunement l’absence de nanoparticules ! L’offre en produits solaires bio, de plus, s’est vue fortement réduite suite à de nouvelles recommandations européennes sur les préparations solaires qui exigent que ces produits procurent une protection minimum contre les UVA et fassent preuve d’un rapport minimum de 1/3 entre les protections UVA et UVB. Face à ce défi, plusieurs fabricants ont carrément jeté l’éponge. La bonne nouvelle, c’est que les produits solaires bio qui sont aujourd’hui sur le marché correspondent à ces normes… Pour bien les choisir, on peut les tester… et préférer ceux qui laissent une trace blanche !

D’autres solutions ?

La recherche avance…Les chercheurs de l’Université de Nantes ont mesuré le pouvoir filtrant des rayons UV-B et UV-A d’une douzaine d’extraits végétaux. Les résultats les plus encourageants contre les UV-B sont obtenus avec des extraits de carotte ou d’artichaut, contre les UV-A avec un extrait de menthe poivrée.  On sait aussi que les huiles de jojoba, d’olive ou de sésame agissent comme des filtres solaires naturels. Mais ce sont des filtres légers. Alors, outre le choix cornélien des produits solaires, le meilleur conseil est de respecter des consignes basiques pleines de bon sens : on peut aider notre corps à développer ses facultés naturelles de protection en s’exposant de façon progressive au soleil. Le bronzage naturel est la protection solaire la plus  efficace et la plus saine, mais il faut se souvenir que notre degré d’ exposition doit être adapté à notre type de peau. On évitera aussi d’altérer la défense de la peau en décapant sa couche protectrice, en renonçant aux douches avant et immédiatement après l’exposition au soleil. Et puis, on ne le répétera jamais, s’exposer au soleil entre 11 heures et 16 heures ou de façon prolongée n’est vraiment pas conseillé, et en particulier à proscrire pour les enfants… T-shirt, casquette, chapeau et parasol sont de mise pour tous à ces heures, et de façon générale pour les petits. Enfin, et c’est un conseil de mise en Belgique, méfiez-vous du ciel couvert, il n’est pas une garantie contre les coups de soleil !

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