Cosméteuse vs industrie cosmétique: et si la slow cosmétique était la vraie solution?

Par · 9 déc 2011

Aujourd’hui, je vous propose un retour sur un sujet qui fait le buzz sur internet en ce moment: la cosmétique maison est-elle vraiment efficace et surtout sans danger ?

Ceux et celles qui s’intéressent de près à la beauté ont sans doute suivi la polémique que suscite depuis sa parution un article du dernier numéro du magazine Votre Beauté (décembre-janvier, p.88), signé par Loly Clerc et intitulé « Pas de cosméto cuisine »… La journaliste y explique son aversion pour la mode actuelle des cosmétiques réalisés soi-même, à la maison…

C’est une vraie mode ? En effet, on peut dire qu’il y a une réelle tendance qui s’est développée ces dernières années : on ne compte plus les blogs de « cosméteuses », comme s’appellent les filles qui pratiquent cette activité et partagent leurs trucs et recettes sur internet. On trouve aussi désormais des bouquins de ces recettes, et puis, c’est un signe, les boutiques d’ingrédients destinés à la fabrication de produits cosmétiques maison se sont multipliées sur internet, où certaines d’entre elles ont un vrai succès…

Et que reproche donc la journaliste dont vous nous parliez à cette tendance ?
En vrac, elle attaque les cosmétiques home made en leur reprochant leur mauvaise conservation, l’impossibilité selon elle pour les cosméteuses d’isoler des actifs issus de plantes de façon aussi efficace que l’industrie cosmétique, et d’utiliser des huiles essentielles à tort et à travers…

Que penser de ces critiques ? Sont-elles justifiées ? Je pense que le sujet méritait un vrai dossier, bien documenté, assorti d’une réelle enquête. Il aurait pu être un simple coup de gueule sous forme d’une chronique humoristique assumant son parti pris. Au lieu de ça, c’est un article assez partisan qui essaye de se faire passer pour un véritable travail d’enquête. Or, il ne s’agit pas d’une enquête à charge et à décharge, puisque la journaliste Loly Clerc n’a demandé l’avis que d’une personne, Jean-Claude Le Joliff, biologiste de formation, qui travaille dans le domaine de l’innovation en cosmétique et est par ailleurs Professeur associé à l’Université de Versailles Saint Quentin (UVSQ). Loly Clerc pose un jugement de valeur plus qu’un regard critique, puisqu’elle va jusqu’à taxer les cosméteuses maison de ringardise, en rapprochant leurs recettes de celles que l’on peut trouver dans un petit Larousse de la ménagère du début du Xxe siècle (je cite).

Le fait que cet article sorte dans une revue dédiée à la beauté est-il significatif ? On peut le dire oui… Depuis la parution des dossiers cosmetox de Greenpeace, ou encore du livre « La Vérité sur les cosmétiques » de Rita Stiens, les consommateurs et en l’occurrence plutôt les consommatrices sont de mieux en mieux informées et de plus en plus méfiantes par rapport à la cosmétique industrielle. De là est née la mode des cosméteuses. Ces dernières sont encore loin de faire le poids face aux ventes de l’industrie de la beauté, mais si on ajoute la croissance du marché des cosmétiques naturels ou bio au cours des dernières années, on comprend que l’industrie cosmétique traditionnelle, qui se voit grignoter des parts de marché, soit un peu sur le pied de guerre. Or, ne nous faisons pas d’illusion, les liens de cette industrie avec la presse sont importants, puisque cette industrie est grande pourvoyeuse de publicité…

Est-ce que certaines de ces critiques ne sont pas justifiées ? Cet article a suscité des réactions souvent enflammées sur le net, et parmi celles-ci, celle qui me semble une des plus documentées et réfléchies est celle publiée sur le blog de Caly, une cosméteuse renommée sur la toile. Cette réaction n’est pas des moindres car elle est signée par la très sérieuse Sylvie Hampikian, experte pharmacotoxicologue agréée et auteur de nombreux livres sur la beauté au naturel.  Sylvie Hampikian y démonte les contre-vérités réunies dans l’article.
 Selon Loly Clerc par exemple, les cosméteuses auraient tort de croire pouvoir exploiter elles-mêmes les vertus cosmétiques de végétaux tels que le concombre, car selon elle, « le principe actif du concombre est dans les pépins ». Sylvie Hampikian rappelle qu’ « En cosmétique naturelle, comme en phytothérapie, une plante est considérée comme un totum, c’est-à-dire un ensemble de molécules actives et de nutriments, présents dans tout ou partie du végétal et dont la synergie concourt à l’efficacité du soin. (…) » C’est leur association qui contribue aux propriétés du végétal utilisé brut, et cela malgré le fait que « le principe actif » en soit absent. Sylvie Hampikian conclut sur ce point que « S’il est possible, pour les industriels, de breveter certains extraits végétaux très spécifiques, il n’en demeure pas moins que la supériorité du totum a fait largement ses preuves dans bien des domaines. »

Bien, mais un des problèmes des cosmétiques maison n’est-il pas tout de même, comme le dit Loly Clerc, leur faible longueur de conservation ? Là aussi, Sylvie Hampikian réagit à juste titre en rappelant d’abord que les cosmétiques maison n’ont pas les contraintes de conservation des produits industriels, qui sont conçus pour rester des mois dans les entrepôts, les magasins puis les placards des consommateurs. « Les cosmétiques maison étant fabriqués à la demande, en fonction des besoins, on les emploie généralement quelques minutes après leur préparation. La durée de conservation peut aller jusqu’à 2-3 mois ou plus pour les préparations qui s’y prêtent. (…) Les produits à base huileuse (sans aucun produit aqueux ajouté) ne craignent pas la contamination microbienne. Comme les huiles alimentaires, ils peuvent parfaitement être conservés à température ambiante, sauf peut être dans les périodes de forte chaleur. En revanche, ils craignent l’oxydation, d’où la nécessité de les conserver à l’abri de l’air et de la lumière (flacon en verre opaque bien fermé). En ce qui concerne les produits contenant de l’eau, il est absolument faux d’affirmer qu’ils « se contaminent immédiatement ». Il eut été plus juste de dire que « les produits contenant de l’eau et des matières organiques favorisent le développement des microorganismes en cas de contamination microbienne ». De tels produits nécessitent donc une hygiène de préparation rigoureuse (comparable à celle mise en œuvre pour les conserves maison) et l’usage de conservateurs antimicrobiens est recommandé. Par exemple l’huile essentielle de lavande vraie à 0,5-1% fonctionne très bien. »

A propos des huiles essentielles, est-ce qu’elles ne représentent pas un risque, tout de même ? C’est un argument souvent donné par les détracteurs de la cosmétique naturelle. Mais il y a une chose que l’on peut constater soi-même : l’immense majorité des filles férues de cosmétique maison ne sont pas des apprenties sorcières et la plupart du temps, elles mentionnent bien sur leurs blogs qu’il faut être prudent avec celles-ci, les tester, les choisir bio et en tout cas chémotypées, et respecter les dosages et usages restrictifs pour les personnes à risque.

Toutefois, il y a, il faut l’admettre, une tendance de la cosmétique maison au sujet de laquelle on peut se poser des questions : certaines cosméteuses font la courses aux recettes les plus élaborées et aux actifs les plus précieux ou recherchés… Ainsi, une blogueuse qui réagit à l’article de Loly Clerc écrit, pour se défendre d’être une ringarde « que la majorité des cosméteuses achète directement sous forme concentrée. Ces mêmes molécules isolées, sous forme de poudre ou de liquide qu’utilisent les industriels. Oui, nous utilisons de l’acide hyaluronique, du vrai, qui sort tout droit du labo. Et nous l’ajoutons à nos préparations, qui contiennent ainsi des molécules actives et pures. » On peut se demander si cela a du sens de courir après de l’acide hyaluronique, de la vitamine E, des conservateurs certes naturels mais qui ont demandé souvent des processus de production industriels. Et là, il reste un vrai flou. Dans son e-book disponible gratuitement sur son site web, Rita Stiens estime quant à elle si « Les ingrédients pour des cosmétiques maison sont souvent vendus dans un contexte en apparence « vert et naturel »(…), tout n’est pas naturel et irréprochable, loin de là. Ce qui est vendu dans ce domaine contient souvent beaucoup de chimie. Les parabènes sont (selon elle) par exemple, les conservateurs les plus vendus pour les cosmétiques maison. »

Bien alors, finalement, pour ou contre la cosmétique maison ? Pour, mais avec un préalable qui est le même que pour la cosmétique tout court : être bien informés, et choisir avec bon sens. Faire des cosmétiques maison peut être une bonne solution pour certaines qui ont envie de cela aussi comme hobby, mais cela ne correspond pas aux envies de tout le monde. On peut souligner toutefois, comme l’a fait Julien Kaibeck,  dans la réaction qu’il a lui aussi signée sur internet, que les cosméteuses ont eu le mérite aussi de faire évoluer le monde de la cosmétique vers plus de bio, moins de pétrochimie, plus d’écologie… Julien, qui en défenseur de la slow cosmétique, propose de se mettre à la gym faciale, et de se rappeler qu’ »une simple huile d’argan à laquelle on ajoute quelques gouttes d’huile essentielle de bois de rose est bien plus active et nutritive que n’importe quelle formule standardisée de la cosmétique conventionnelle ». Pour ma part, je rappellerai aussi que s’ils sont moins glamours, on trouve un tas de produits cosmétiques dans nos frigos, garde-mangers et potagers, et que la première façon de les utiliser reste de les manger ! Se nourrir sainement, devrait rester le premier réflexe beauté !

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