Comment ne pas transformer le tea time en désastre écologique…

Par · 14 oct 2011

Il est on ne peut plus tendance, partout dans le monde. Noir traditionnel, vert et tonique, blanc et voluptueux: il y en a de toutes les couleurs et pour tous les goûts…  Le thé a des atouts santé, et pourtant sa culture peut avoir des effets néfastes sur ceux qui le récoltent… Le point sur le tea time, c’était dans Nuwa (La Première, RTBF) mais c’est aussi ICI!

Je dois dire que ce sujet me trottait en tête depuis longtemps car je suis une grande buveuse de thé : j’en bois presqu’autant que les Anglais, qui (au-dessus de 10 ans) en consomment environ 1200 tasses par an ! Et comme je sais que dans le monde, le thé est, après l’eau , la boisson la plus consommée, on parle de 25.000 tasses par seconde, je me suis dit que cette consommation n’était pas anodine et valait la peine qu’on se penche dessus !

C’est pourtant une habitude assez neuve, en Europe, de boire du thé!

En Chine, c’est un breuvage ancestral, mais en effet, il faudra attendre 1610 pour que la Compagnie hollandaise des Indes orientales introduise le thé en Europe. Il est resté longtemps rare et chère. Et c’est seulement au XVIIIe siècle que sa consommation a fait l’objet d’ un véritable engouement en Angleterre. Plus récemment encore, et surtout depuis la fin des années 1990, le thé est devenu une boisson plus populaire chez nous aussi : on se souvient qu’il y a quelques années encore, on ne proposait que du café. Aujourd’hui, il n’est pas rare de trouver du thé un peu partout…

On en trouve aussi de toutes sortes : avant on ne trouvait que du classique thé noir, mais aujourd’hui le thé vert est très en vogue, et il y a le thé blanc aussi…

Et on le sait trop rarement encore : tous ces thés sont issus de la même plante. C’est ce que découvrit dès 1843 l’aventurier et naturaliste écossais Robert Fortune : le thé, quelle que soit sa couleur, provient d’un seul et même arbre, le camellia Sinensis. C’est le mode de préparation des feuilles de cette plante qui peut varier et produir ainsi les différentes sortes de thé.
 La désignation « thé vert » n’a rien à voir avec l’aspect de ses feuilles ou la couleur du liquide. Cela désigne un thé non fermenté. Le thé noir quant à lui, qui représente environ 80% de la consommation de théen Europe, est fermenté. Il y a aussi le thé oolong, dont les feuilles de thé sont partiellement fermentées, et le thé blanc, plus rare, et donc plus cher, qui est composé bourgeons très peu séchés et fermentés.

Si le thé est tellement à la mode en ce moment, c’est notamment parce qu’on nous le vante comme boisson santé par excellence: est-ce que c’est vrai ?

Ce qui est vrai, c’est qu’on trouve dans une tasse de thé plus de 500 substances actives : des tannins, des protéines, des vitamines (B, C et E notamment), des acides organiques, des minéraux (phosphore, fluor, magnésium), des polyphénols et d’autres substances diverses (arômes, caféine, etc.). Le thé vert est un puissant anti-oxydant grâce aux nombreux polyphénols qu’il contient. Le thé vert aurait un effet sur l’hypertension, l’athérosclérose et la thrombose, qui sont tous des facteurs de risque importants pouvant mener à un AVC. Ses bienfaits seraient principalement attribuables aux catéchines qu’il contient, des polyphénols trois fois plus présents dans le thé vert que dans le thé noir. 
Très riche en vitamine C, 2 à 3 tasses de thé vert par jour suffisent à couvrir environ 20 à 30% des besoins journaliers.

Le thé noir contient-il aussi cette vitamine C ?

Non, à cause de la fermentation. Il est également moins riche en polyphénols, d’où une activité anti-oxydante moindre que pour les thés verts. Mais il a lui aussi des vertus : il existerait un lien entre une consommation quotidienne de plus de trois tasses de thé noir et une réduction du risque de troubles coronariens : une réduction de 11 % dans le cas précis de l’infarctus du myocarde. Cet effet serait attribuable aux propriétés antioxydantes des flavonoïdes contenus dans le thé. À noter que l’ajout de lait dans le thé ne semblerait pas entraver l’action des flavonoïdes. De plus, le thé noir contient du fluor qui protège aussi contre la plaque et la carie dentaire. Enfin, divers composés du thé noir favoriseraient la densité minérale des os, surtout chez les femmes. Toutefois, les preuves sont plus ténues dans ces derniers cas. Par contre, le thé noir pourrait entraver l’absorption du fer dans l’organisme. Il serait indiqué, selon les auteurs, que les personnes souffrant d’anémie évitent de prendre le thé à l’heure des repas.

Certains chercheurs ont été jusqu’à dire que boire du thé était plus avantageux que boire de l’eau, ce n’est pas exagéré ?

Si, ça l’est sans doute. Par contre, mieux vaut boire du thé que du café. On sait en effet que l’ingestion excessive de caféine (de 300 mg à 600 mg par jour) serait liée à un risque accru de déshydratation. Or, le thé n’en contient pas assez pour avoir une telle conséquence. Une tasse de thé noir contient environ 40 mg de caféine, comparativement à près de 100 mg pour une tasse de café. Le thé blanc comme le thé vert, ont quant à eux un taux de caféine encore plus faible.

Caféine, ou plutôt  théine ? C’est la même chose !

Par contre, ce qu’on oublie souvent de dire, c’est que le thé contient parfois aussi beaucoup de résidus de pesticides…

Et oui, avec ce succès mondial, la culture du thé est devenue une monoculture intensive. C’est un vrai problème en terme de destruction des sols et notamment d’érosion. Mas aussi parce qu’on recourt beaucoup aux pratiques chimique dans les plantations. Et malheureusement, ces produits se retrouvent dans votre tasse : en 2001, une analyse de l’UFC Que Choisir qui portait sur série de 60 thés verts couramment vendus en France montrait que 27 thés contenaient des pesticides à fortes doses et du plomb contenant du fenvalérate au-delà de la valeur limite autorisée (0,05 mg/kg) par la réglementation européenne), 6 thés étaient à éviter car ils contenaient du DDT au-delà de la valeur limite autorisée (0,2 mg/kg) par la réglementation française, 11 thés étaient à la limite de l’acceptable (contenant des résidus de pesticides mais sans dépasser les limites réglementaires) et seulement 16 thés étaient sans reproches…

Est-ce que la situation a changé depuis lors ?

Il n’y a pas eu d’étude plus récente à ma connaissance, mais par contre l’actualité montre que cela reste un fléau en tout cas pour les personnes qui travaillent dans les plantations.

L’UITA (union internationale des travailleurs de l’agro-alimentaire) a présenté début octobre 2010 les conclusions d’une enquête menée à la suite du décès de trois travailleurs d’une plantation de thé de l’Etat de Assam, au nord-est de l’Inde, appartenant au célèbre conglomérat indien Tata, qui commercialise son thé sous la marque Tetley. Un jeune travailleur de 25 ans y est mort le 28 Mai 2010 alors qu’il répandait des pesticides dans une plantation de thé. L’UITA soulignait l’absence totale de mesures de prévention des risques. Les travailleurs chargés d’asperger des produits toxiques sur les plantations ne sont équipés ni de masque, ni de gants, ni de vêtements de protection. Lorsque Gopal Tanti est tombé inconscient, il ne portait qu’un short, un t-shirt et des sandales en caoutchouc. L’enquête a permis d’établir que cela faisait 75 jours d’affilée que la victime consacrait de 8 à 12 heures par jour à l’épandage de pesticides.

C’est un problème aussi en ce qui concerne la biodiversité dans les régions productrices de thé, on l’imagine…

De fait, toujours dans l’Etat de l’Assam en Inde, les administrateurs du parc naturel national de Kaziranga ont demandé début 2011 l’interdiction des pesticides sur les plantations de thé de la région. Après des centaines d’oiseaux, de nombreuses vaches et des vautours qui avaient mangé les carcasses de celles-ci, deux éléphantes gravides, ont été mortellement empoisonnées en broutant à proximité de plantations de thé pulvérisées de produits anti-fourmis.

Mais il y a pourtant moyen de cultiver le thé de façon plus respectueuse de l’environnement, des travailleurs, et des consommateurs, non ?

C’est ce que démontrait en effet en 2009, Nigel Melican, consultant international en culture et transformation du thé, au travers d’un intéressant bilan carbone du thé. Selon lui, certaines plantations sont plus écologiques que d’autres : « Au Kenya, les producteurs utilisent en moyenne 150 kg de fertilisants azotés (engrais) par hectare, tandis qu’au Japon, la quantité moyenne est de 1 100 kg/ha ». Et c’est au Rwanda qu’on utilise le moins de fertilisants azotés dans les plantations de thé : on y fait pousser sur place des arbres qui servent de carburant pour le séchage du thé et le chauffage des installations. Le bois, bien sec, est brûlé dans des fours efficaces dont la vapeur est récupérée comme source d’énergie. Une origine de thé n’est pas l’autre…

Puisqu’on parle de carbone, quel est le bilan d’une tasse de thé ?

Notez d’abord que le théier, comme tous les arbres, constitue un véritable « piège » à CO2. Chaque année, un théier retient 2,6 kg de carbone, principalement dans ses branches et ses racines. En tout, le théier permet d’« économiser » 30,8 g de CO2 pour une tasse de thé. Mais sachez aussi que la façon dont vous faites bouillir l’eau aura son importance : avec de l’eau du robinet et une bouilloire électrique, vous obtenez une tasse qui génère 31 g de CO2, avec de l’eau en bouteille et une bouilloire électrique, cela monte à 142 d de CO2 par tasse, tandis qu’avec de l’eau du robinet et une bouilloire sur un feu à gaz, on est seulement à 15g de CO2 ! Donc voilà, votre tasse peut avoir un bilan final médiocre d’environ 143g de CO2 ou un bilan normal voir très bas de 17 g ou moins de CO2. Cela dépend de vos choix, aussi ! A titre de comparaison, pour 250 ml de jus d’orange, on est à 360 g de CO2, toujours selon cette étude…

Puisqu’on parle de choix de consommation, comment boire du thé de la façon la plus éthique possible ?

Le choisi bio et équitable, c’est aujourd’hui possible. Essayez aussi de trouver des thés conditionnés sur place. En effet, l’opération de transformation ainsi que de l’emballage représentent 80 % du prix de vente final qui est au détail. Sur un paquet de thé à 3€ seulement 0,60€ reviennent au producteur. Lorsque les thés sont conditionnés sur place, cela permet de créer des emplois et de faire revenir 45% du prix final au pays d’origine. Enfin, plutôt que d’acheter des filtres en papier chloré, l’idéal est de choisir une pince à thé, ou des filtres à thé en chanvre, sans chlore, que vous pourrez jeter au compost.

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