Chocolat durable… Une denrée rare!

Par · 26 nov 2010

chocolat IsaOn aime le chocolat, surtout en cette saison. Il est tellement rentré dans nos habitudes que l’on croit le connaître… Pourtant, le chocolat, même lorsqu’il n’est pas noir, a ses zones d’ombre : dans Nuwa (La Première, RTBF), ce vendredi, je vous proposais de voir si sa réputation d’aliment bon pour la santé est méritée, de chercher comment distinguer un vrai chocolat d’une friandise chocolatée, et puis aussi de trouver des pistes pour éviter de participer à l’esclavage des enfants dans les producteurs de cacao…

Selon l’article que je vous invite à consulter « La filière du cacao, une question de goût », le cacao est la 3ème denrée alimentaire la plus vendue dans le monde, après le sucre et le café. Le marché du chocolat est dominé par seulement 8 entreprises (Barry Callebaut, Cargill, ADM, Mars, Nestlé, Hershey, Kraft- Cadbury, Ferrero). Vu leur faible nombre, elles ont une influence déterminante sur le marché, notamment pour fixer le prix du cacao payé au producteur. Ces multinationales font pression pour payer le prix le plus bas, laissant souvent les producteurs démunis dans des situations extrêmement précaires.

Selon une enquête de Barry Callebaut publiée en 2008, près de la moitié des Belges mange du chocolat quelques fois par semaine, et 6 Belges sur 10 en mangent au moins quelques fois par mois. Bref, il fait partie de notre quotidien… Et pourtant, il n’est pas entré dans les mœurs il y a si longtemps que cela. Nos ancêtres les Gaulois n’en consommaient pas puisqu’en Europe, il faut attendre la période de Charles Quint, çad le XVIe siècle pour que la boisson appelée « chocolat » connaisse le succès. C’est Hernan Cortès, un conquistador espagnol, qui le premier ramena à la cour de l’empereur des fèves de cacao d’Amérique du Sud… C’est de là en effet que le chocolat tient ses origines : il y a plus de 2000 ans, Les Olmecs, puis les Mayas et les Aztèques fabriquaient cette boisson, à partir des fèves de cacao, qui étaient aussi une véritable monnaie puisqu’ils les utilisaient aussi pour payer les impôts et les esclaves. Au fil des siècles, la fièvre du cacao se propage dans le monde entier.

Les colons hollandais l’introduisent à Java en 1560, les Espagnols aux Philippines en 1614. Les Anglais la cultivent à Ceylan, en Inde, à Madagascar, aux îles Fidji, à partir du XIXème siècle et en 1871, les fèves atteignent l’Afrique par le Ghana. Et c’est là aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest, qu’elles sont le plus cultivées.

La marquise de Sévigné dira plus tard que le chocolat « vous flatte pour un temps, et puis il vous allume tout d’un coup une fièvre continue… » Qu’en est-il de la réputation aphrodisiaque du chocolat? Bien qu’un sondage ait révélé que la majorité des femmes anglaises préféreraient le chocolat à l’amour, le chocolat n’est pas un aphrodisiaque… Il procure néanmoins du plaisir. Sans doute parce qu’il contient de la caféine, de la tyramine, de la théobromine et de la phénylalanine. Des substances qui ont des effets antidépresseurs ou psychostimulants. La consommation du chocolat libèrerait en nous de la dopamine, une hormone qui stimule la sensation de plaisir, et la sécrétion d’endorphine, une substance comparable à l’opium.

On comprend pourquoi certaines personnes sont «accros» au chocolat! Celles-ci se justifient parfois en évoquant le fait que le chocolat est bon pour la santé. C’est vrai? Le chocolat noir compte plus de 400 composés phytochimiques. Il est une source de magnésium, de fer et de phosphore, et fournit aussi un peu de potassium, de vitamines B1 et B2. Mais les composés du chocolat dont on parle le plus pour leurs bénéfices pour la santé sont les polyphénols. Ce sont des antioxydants qui sont aussi présents dans les fruits, les légumes, le thé vert et le vin. Les antioxydants sont intéressants car ils participent à notre protection contre les maladies cardiovasculaires et certaines formes de cancer en luttant contre les radicaux libres…

Pour rappel, les radicaux libres, ce sont des molécules d’oxygène instables et incomplètes qui peuvent se retrouver dans l’organisme et qui tentent de s’accoupler à des éléments de nos propres cellules afin de se compléter : une opération au cours de laquelle ils détruisent des cellules saines.  Donc, les polyphénols luttent contre ces radicaux libres, et ils diminuent aussi l’inflammation des vaisseaux sanguins. Une équipe de chercheurs de l’Université suédoise de Linkoping a aussi découvert que la consommation de chocolat noir aide à contrôler un enzyme appelée ECA (Enzyme de Conversion de l’Angiotensine), qui intervient dans la régulation de la pression artérielle…

Peut-on pour autant parler d’ aliment miracle? Non, car si le chocolat présente des avantages certains pour la santé, tout dépend du type de chocolat et de la consommation que l’on en fait! Ces fameux polyphénols présents dans le chocolat proviennent essentiellement du cacao. La poudre de cacao renferme 20 mg de polyphénols par gramme, alors que le chocolat noir en recèle environ 8 mg par gramme et le chocolat au lait, 5 mg par gramme. En somme, plus le pourcentage de cacao est élevé, plus le chocolat est riche en antioxydants. Or plus il y a de sucre, moins il y a de cacao : le chocolat au lait contient 25% de cacao, contre 35 à 48% pour le chocolat noir…Seul le chocolat noir ( à 70% de cacao minimum)contient suffisamment de flavonoïdes pour que l’on puisse considérer qu’il a une action bénéfique sur la santé.

On a pourtant longtemps accusé le chocolat d’être riche en gras et surtout en gras saturés, une vraie «catastrophe» pour les artères. Il est vrai que le chocolat a forte teneur en lipides: de 30 à 35 g par 100 g, en moyenne. Or 60% de ces lipides sont des acides gras saturés, dont on sait qu’ils ne sont pas bénéfiques pour les artères… Cependant, la majeure partie des ces acides gras sont des acides stéariques et oléiques qui, selon plusieurs études scientifiques, n’augmentent pas le taux de cholestérol sanguin, lorsqu’ils sont consommés avec modération…

Mais ces acides gras sont ceux que l’on trouve dans le beurre de cacao… Or on trouve désormais des chocolats qui contiennent d’autres graisses végétales, dont de l’huile de palme par exemple… Jusqu’en 2003, le chocolat pour mériter son nom devait contenir 20% de beurre de cacao minimum… Depuis lors, on applique la directive européenne 2000/36/CE qui autorise les fabricants de chocolat à substituer le beurre de cacao par une autre graisse végétale à concurrence de 5% du produit fini… Cette mesure abaisse les coûts de fabrication (l’huile de palme coûte 10 fois moins cher que le beurre de cacao)…Mais pour le consommateur, elle se matérialise par des produit qui contiennent souvent davantage de graisses trans. Incriminées dans la formation de certains cancers, ces graisses augmentent aussi le mauvais cholestérol. C’est une bonne raison pour chercher, sur les étiquettes des chocolats, la mention 100% pur beurre de cacao. Le Dr Frank Senninger, auteur du petit livre « Les bienfaits du chocolat », Ed. Jouvence, donne aussi ce petit truc pour reconnaître ce pseudo-chocolat : il blanchit plus vite (en une à 2 semaines) que le pur chocolat. Il a aussi une consistance graisseuse en bouche.

Bon à savoir tout de même : les graisses constituent plus de la moitié des 515 calories que fournissent 100 g de chocolat noir. Le chocolat au lait offre presque deux fois moins de magnésium et de fer, mais quatre fois plus de calcium, trois fois plus de vitamine B2 et le double de phosphore. Il est aussi riche en glucides et légèrement plus gras et calorique (540 calories par 100 g) que le chocolat noir. Même si le chocolat n’apporte pas que des calories vides, sa haute teneur en sucre et en gras en fait un aliment à consommer avec modération.

 

On l’a compris, consommé modérément, s’il est bien choisi, le chocolat nous fait du bien… Pourtant, il ne fait pas du bien à tout le monde, ainsi que le suggère une récente campagne d’Oxfam. Et puis vous n’êtes certainement pas passés à côté de cette campagne « L’esclavage des enfants, c’est dégoûtant » : on voit des visages dégoûtés de personnes qui mangent du chocolat… On en avait parlé récemment dans une chronique sur les bonbons, ce qu’Oxfam dénonce, c’est l’exploitation de plus de 100.000 enfants  dans la production de cacao en Afrique de l’Ouest. Des enfants qui sont obligés de travailler dans les pires conditions, allant jusqu’à des situations d’esclavage. Plus de 10.000 d’entre eux sont victimes du commerce des enfants ! Une grande part du chocolat vendu dans les rayons des magasins serait le fruit de cette exploitation. 

Oxfam n’est pas le premier à dénoncer cette exploitation. Non, et l’ONG reprend pour cela le procédé utilisé dans l’émission Panorama de la BBC, qui dans son reportage du 24 mars 2010 proposait à des consommateurs potentiels de goûter du chocolat dont l’emballage garantissait à 100% qu’il avait été produit par des enfants esclaves, afin de susciter auprès d’eux une réaction spontanée de dégoût et désapprobation. Une provocation à but de conscientisation qui elle non plus n’était pas une première. En mars 2003, Teun van de Keuken, un journaliste de la télévision hollandaise s’était rendu à la police d’Amsterdam, en demandant qu’on l’arrête pour avoir mangé du chocolat illégalement produit en ayant recours à l’esclavage. N’ayant pas été arrêté, le journaliste a remis ça en 2005, en demandant à un ancien travailleur du cacao, Kohi Hermann, de porter plainte contre lui. Finalement, en 2007, un tribunal a entendu l’ancien esclave du Burkina Faso. Le juge dans sa décision, a reconnu les conditions de travail déplorables de l’industrie du chocolat mais conclu que la responsabilité n’en incombait pas aux consommateurs.

Les consommateurs peuvent néanmoins agir, non ? Oui, par exemple en choisissant les produits du commerce équitable, qui interdisent l’esclavage des enfants. Cependant, comme l’explique Corentin Dayez, du service politique d’Oxfam Magasins du Monde, dans un article sur le site web de l’ONG, le commerce équitable ne peut garantir à 100% un chocolat qui ne soit pas directement le produit de l’exploitation des enfants… Il est déjà arrivé que l’organisme de certification Flo-cert relève des infractions à ce niveau… Le retrait du label des produits d’une organisation de producteurs est néanmoins la dernière des mesures qui s’impose, après des avertissements. Le commerce équitable tente en effet de s’attaquer à la cause du problème, la pauvreté extrême qui touche une grande partie des producteurs de cacao. 70% du chocolat mondial provient en effet de mini-plantations africaines. Le cacao est produit en grande majorité par des paysans modestes. Près de 90% des exploitations dans le monde couvrent moins de 5 hectares. Certains pays producteurs transforment la presque totalité de leur récolte sur place (Brésil, Malaisie). Ce qui n’est pas le cas en Afrique de l’Ouest, où le travail des paysans s’arrête le plus souvent au séchage. Il leur est par ailleurs impossible de stocker les fèves à cause du climat, et sont dès lors soumis aux aléas des cours mondiaux…

Cette situation est loin d’être anecdotique : la récolte du cacao (3,5 millions de tonnes annuelles) mobilise 14 millions de personnes dans la cinquantaine de pays tropicaux où il est produit, en Afrique de l’Ouest, en Asie (Indonésie, Malaisie…), en Amérique (Brésil, Colombie, Venezuela, Equateur, République Dominicaine…). Les trois principaux producteurs sont la Côte d’Ivoire (39%), le Ghana  (21%) et l’Indonésie (13%).

Face à ces chiffres, la filière équitable du cacao est dérisoire, avec ses 0,1% du marché mondial. Mais plusieurs acteurs affirment que la demande des consommateurs augmente. Pour preuve, il n’est plus aussi difficile qu’autrefois de trouver du chocolat équitable, jusque dans les grandes surfaces.

Et le chocolat bio ? Il représente près de 0,5% du marché. Selon Euromonitor International, le chiffre d’affaires du cacao bio est passé de 171 millions de dollars en 2002 à 304 millions en 2005. Il montre des avantages pour l’environnement bien sûr, mais aussi pour le niveau de vie des producteurs de cacao : en effet, le cacao bio permet de meilleures rétributions, et est exempt de pesticides, ce qui est un plus pour la santé des travailleurs.

Cependant, le terme bio s’il garantit une provenance, n’est pas nécessairement un gage de qualité : sur ce point, cela reste une question de cacao et de beurre de cacao. Le chocolat idéal est un chocolat noir au beurre de cacao, bio et équitable…

 

Et ce produit existe ! C’est donc un réflexe à acquérir… Néanmoins, même équitable, le chocolat reste un produit dont les ingrédients sont importés de loin. A priori, on pourrait dire qu’il n’y a pas de solution concernant ce problème : le cacao ne pousse pas dans nos pays, il vient donc obligatoirement d’Afrique de l’Ouest, d’Asie et d’Amérique… Néanmoins, certains producteurs de chocolat ont une véritable démarche durable par rapport au chocolat. C’est notamment le cas de l’entreprise belge Dolfin. Non contente d’avoir rendu son usine neutre en carbone suite à un audit CO2 réalisé par CO2logic, l’entreprise a lancé une gamme de chocolat bio et fairtrade nommée Tohi… Elle en a fait calculer son bilan CO2 en 2010 : depuis la plantation des ingrédients jusqu’à la distribution des chocolats, en passant par le transport, le stockage et la transformation,  chaque tablette de 70 grammes émet 111 grammes de gaz à effet de serre, soit 158,5 grammes pour 100 grammes de chocolat. Alors que 41% de cet impact est attribué à la production des matières premières, 31% à la production chez Dolfin, et 28% au transport, Jean-Jacques de Gruben, le patron de Dolfin réfléchit déjà aux mesures qui permettront d’alléger ces émissions carbone… La démarche durable de cette entreprise est reprise dans le livre « Beyond the Hype, sustainable success stories » édité par l’asbl REcentre. Ce livre est distribué aux entreprises et pouvoirs publics afin de les sensibiliser à la thématique du développement durable en leur fournissant des exemples réussis de projets durables en provenance de l’Eurégio.   

Centre de connaissance et de promotion du design durable dans l’Eurégio Meuse-Rhin, REcentre met son réseau et son savoir-faire à la disposition des entreprises, des créateurs et des écoles.
REcentre initie par ailleurs ses propres projets à vocation sociale afin d’attirer l’attention sur le design durable. Pour REcentre, l’Eurégio Meuse-Rhin doit devenir une région modèle à l’intersection entre l’écologie, l’économie et le social.
REcentre est un projet Interreg IVa, supporté par Wallonie Design (Liège, B), Z33/ Design Platform Limburg (Hasselt, B) et NAiM/Bureau Europa (Maastricht, NL)

Pour revenir à Dolfin et conclure, on pourrait attribuer à la démarche de cette entreprise cette réflexion de François de La Rochefoucauld. « Aimez le chocolat à fond, sans complexes ni fausse honte, car rappelez-vous : « Sans un grain de folie, il n’est point d’homme raisonnable »…

Commentaires2 Comments

  1. mutuelle dit :

    Voici un très bon article, cependant comment s’en passer, le chocolat est si bon :)

  2. vert citron dit :

    et en france il y’a le tres connu alter eco….dont je raffole du chocolat!

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