Chercher la petite bête sans se prendre la tête… Ou la lutte anti-poux!

Par · 17 sept 2010

photo carrée pouxAvec la rentrée des classes, sonne souvent aussi la rentrée des poux… Les pharmacies regorgent de produits pour lutter contre ce parasite… Entre remèdes de grands-mères et molécules neurotoxiques, que choisir ? Ce vendredi, dans Nuwa, on reprenait du poil de la bête en recourant aux solutions anti-poux les plus efficaces mais aussi les moins nocives pour la santé, et pour l’environnement. En ce début d’année scolaire, nombre de parents ont déjà reçu un petit mot leur annonçant la présence de poux dans l’école, et leur demandant de redoubler de vigilance… Pediculus humanus capitis de son petit nom, le pou de tête est un minuscule insecte qui fait beaucoup parler de lui, et provoque toujours un certain émoi dès qu’on évoque son nom. Tenez, depuis que j’ai commencé mes recherches sur ce sujet, je n’ai pas arrêté de me gratter la tête ! Est-ce que cette terreur autour d’une si petite bête est justifiée ? Le pou est un ectoparasite hématophage :  ce qui signifie que c’est un parasite qui se nourrit du sang de son hôte. Pour ce faire, il s’accroche à son hôte, perce la peau et aspire ensuite le sang par des tubes creux, et ce jusqu’à sept fois par jour. En soi, la piqûre de pou est bénigne… Elle est sans douleur, mais en piquant, le pou injecte une salive anticoagulante qui peut provoquer des démangeaisons. Le grattage qui s’ensuit peut produire des lésions… et ces plaies peuvent ensuite s’infecter. De plus, si on a encore peur du pou aujourd’hui, c’est que son cousin pediculus humanus corporis, le pou de la peau, est un vecteur du typhus… Si le pou de la peau ne réapparait que lors des périodes de trouble historiques durant lesquelles l’hygiène laisse à désirer, il n’en va pas de même pour le pou de la tête, son cousin, qui^pâtit donc de la mauvaise réputation de son cousin! Le pou de la tête n’est pas signe d’un manque d’hygiène.  On sait aujourd’hui que cette idée reçue est tout à fait fausse. Le poux ne s’installe pas plus sur les têtes sales que dans les cheveux propres. Par contre, il y a vraiment des « têtes à poux »… Et oui : le pou n’est pas politiquement correct, il affiche des préférences discriminatoires ! Des études canadiennes ont révélé que le pou s’installe plus souvent sur les têtes des enfants que celles des adultes, sur celles des femmes que des hommes, et sur celles des blancs plutôt que des noirs ! Voilà qui explique pourquoi il y a plus de papas pas à poux que de papas à poux, et sans doute plus aussi de papous papas pas à poux que de papous papas à poux. Plus sérieusement, il y a une raison derrière tout cela : ce qui guide le pou, l’attire, c’est le diamètre et la forme du cheveu, qu’il choisit en fonction de son adaptation à ses deux pinces préhensiles. Le pou femelle préfère pondre ses œufs sur des cheveux dont la coupe transversale est bien ronde. Il évite souvent les cheveux crépus dont la coupe est ovale. Les infestations de poux sont donc beaucoup moins fréquentes chez les personnes qui ont la peau noire. Enfin, s’il a des préférences surtout pour les écoliers, c’est davantage lié à sa mobilité: le pou ne saute pas, et profite donc de la plus grande promiscuité entre jeunes têtes pour passer d’une tête à l’autre… Bien, maintenant que les présentations sont faites, en quoi s’agit-il d’un sujet environnemental ? Ce sont les traitement anti-poux, ou pédiculicides, en langage savant, qui peuvent avoir un impact sur notre santé, et sur l’environnement… Je me suis rendue cette semaine en pharmacie, et j’y ai découvert un véritable arsenal de produits disponibles sans ordonnance, dont la composition n’est pourtant pas toujours anodine… L’un d’entre eux, au look très bon enfant, contient en plus d’insecticides du kérosène! J’ai voulu me pencher sur chacun de ces produits et analyser leur efficacité ainsi que leur impact sur la santé et l’environnement. Pour tuer des poux, n’est-il pas tout de même logique d’utiliser un insecticide ? Pendant longtemps, l’ épouillage manuel ou à l’aide de peignes est resté le seul moyen de lutte contre les poux… Les premiers insecticides contre les poux sont apparus entre 1920 et 1930. Il s’agissait de produits à base de pyrèthre, une plante voisine des chrysanthèmes. La découverte des effets du DDT, en 1940, a ouvert la voie à une nouvelle génération d’insecticides. Des organochlorés, puis des organophosphorés et enfin des carbamates ont été ajoutés aux produits anti-poux. Les pyréthrinoïdes se sont ajoutés à la liste depuis. Aujourd’hui, la plupart des pédiculicides chimiques tuent les poux adultes comme les larves en s’attaquant à leur système nerveux. Ce sont ce qu’on appelle des neurotoxiques… Avec le recul, on s’est aperçu que certains d’entre eux pouvaient avoir des effets très néfastes sur la santé, et en particulier celle de enfants. C’est ainsi que le Lindane, un produit longtemps utilisé dans la lutte contre les poux, a été retiré du marché. Il n’est plus admis aujourd’hui que sur prescription médicale, pour lutter contre la gale… On s’est rendu compte en effet que chez le petit enfant, sa résorption cutanée pouvait donner lieu à de graves troubles neurologiques, comme des convulsions. D’autres produits restent aujourd’hui permis, comme la perméthrine et le malathion, mais ils demandent toujours un usage prudent : ils ne sont pas conseillés pour les petits enfants, les femmes enceintes et allaitantes… En ce qui concerne le Malathion, c’est presque 8% de la dose utilisée qui est absorbée par la peau. Or, chez l’homme, le malathion serait transformé en malaoxon, qui est toxique….Il ne présente pas de danger en quantité infime. Ceci dit, un professeur de toxicologie (Hantsion, UCL) me confirmait hier qu’il s’agissait potentiellement d’un produit dangereux, qui s’il est avalé, peut provoquer des convulsions, voire le coma… Et comme il est plus toxique que la perméthrine, il est recommandé de ne l’utiliser qu’en cas de résistance à la perméthrine… Cependant, il y a plusieurs bémols à l’ utilisation de la perméthrine : bien que son absorption par la peau soit inférieure à 2%, que l’on sache que sa dégradation dans l’organisme est rapide et que sa toxicité soit considérée comme faible pour l’homme, on ne connaît pas encore les effets cumulés de l’exposition à de tels produits neurotoxiques. Or, on en a déjà parlé : les sources sont de plus en plus nombreuses dans notre environnement ! Au-delà de ça, le malathion comme la perméthrine  peuvent, de façon plus courante, entraîner des irritations cutanées. De plus, les poux sont devenus résistants à ce type de produits… Depuis le milieu  des années 1990, des chercheurs d’ Israël, de France, des USA et de Grande-Bretagne ont observé un nouveau phénomène : la résistance des poux aux dérivés du pyrèthre et au malathion. On s’est donc mis à chercher  de nouveaux moyens de lutte contre les poux ! On a découvert des pédiculicides à action physique : ce sont des substances qui  recouvrent les poux et leurs orifices respiratoires d’un film imperméable qui les asphyxie et les dessèche. Plus de résistance possible pour la petite bête… et pas de toxicité ! En tout cas, pas de toxicité immédiate. Un de ces produits est le diméticone (ou diméthicone), un dérivé du silicone dont plusieurs études ont mis en lumière l’efficacité. En général très bien toléré par la peau, le silicone est néanmoins peu biodégradable… Il pose donc un problème en terme environnemental. Quand on tient enfin un moyen de lutte efficace et non toxique pour l’homme, regarder à l’environnement, cela peut aux yeux de certainsêtre une façon de couper les cheveux en 4… Ce serait le cas s’il n’existait pas d’autres alternatives. Aujourd’hui, des études ont démontré que l’huile de coco, plus fine que d’autres huiles végétales, était elle aussi efficace pour colmater les orifices respiratoires des poux. L’hexane et l’octane, les acides gras qu’elle contient, auraient en outre un effet létal sur les insectes. Certains produits en vente en officine associent aussi cette huile à des huiles essentielles. S’il est vrai que l’efficacité des huiles essentielles demanderait encore des études afin d’être démontrée clairement, il semble que de nombreuse personnes en aient une expérience positive… Il existe plusieurs recettes à faire soi-même, à base d’huile essentielle de lavandin notamment, et de tee trea. A utiliser néanmoins toujours avec prudence, car elles ne sont pas inoffensives, et doivent d’ailleurs être évitées chez les bébés, petits enfants, et femmes enceintes et allaitantes… On peut consulter aussi à ce sujet l’excellent livre « Ma bible des huiles essentielles », signé par la pharmacienne Danièle Festy, aux Editions Leduc S. Mais que penser enfin des remèdes de grand-mères, comme le vinaigre, ou tout simplement l’utilisation du peigne ? Il n’existe pas d’études pour démontrer l’efficacité du vinaigre dans la lutte anti-poux. Il faut néanmoins garder à l’œil que les études sont souvent financées par les groupes pharmaceutiques qui vendent les produits : on peut parler de pou aux œufs d’or, et à ce titre, les moyens de lutte naturels et non commerciaux n’intéressent pas trop les labos ! Le vinaigre est un astringent, qui facilite le peignage des cheveux. Or, on sait aujourd’hui que l’utilisation du peigne à poux est conseillée, que l’on utilise un autre produit ou pas ! Dans une étude randomisée en simple aveugle et contrôlée avec quatre séances de peignage à trois jours d’intervalle, on a pu observer que le taux de guérison avec traitement mécanique au peigne était de 57%, tandis que le groupe traité au malathion avait un taux de réussite de  17% et celui traité à la perméthrine affichait 10% seulement de réussite. Ces mauvais résultats s’expliquent par la fréquence de la résistance aux pédiculicides chimiques en Grande-Bretagne, pays où l’étude fut réalisée. Mais ils démontrent tout de même l’efficacité du peignage… qui est certes tout un art, et qui demande de la patience et de la discipline aux parents comme aux enfants qui cherchent la petite bête ! Que retenir en conclusion, pour une lutte anti-poux sans prise de tête ? Les pédiculicides physiques sont une bonne alternative pour les jeunes enfants ainsi que pour les femmes enceintes et allaitantes… Ils sont aussi un recours intéressant dans tous les autres cas, car ils permettent de réserver les insecticides à des cas exceptionnels, ce qui évite d’accroître la résistance des poux à ces neurotoxiques. A ce sujet, en conclusion, tuons surtout une autre idée reçue sur les poux : l’efficacité des répulsifs n’est pas démontrée, et au contraire, leur usage est considéré comme inutile voir contre productif par les experts. Au mieux, ils seraient inopérants, au pire, ils renforceraient la résistance des poux. De même, l’utilisation des shampoings et lotions anti-poux  en traitement préventif est tout à fait déconseillée : ce type d’usage est inefficace et  représente un véritable risque de toxicité, à partir du moment où les produits sont utilisés de façon régulière et excessive. Il est conseillé de ne traiter que les têtes où la présence des poux est avérée ! On l’aura compris, il faut d’abord se chercher des poux avant de les éliminer ! Pour ceux qui voudraient en savoir plus, je leur conseille la lecture de cet excellent article sur les traitements et résistances des poux de tête. Bonne chasse!-)

Commentaires2 Comments

  1. ROEMEN dit :

    quelle dose faut il pour rincer des habits à la perméthrine et une moustiquaire
    et combien de temps faut il que cela trempe?
    MERCI

  2. Isabelle dit :

    Bonjour Roemen,

    si vous avez bien lu l’article, il déconseille plutôt l’usage de la perméthrine. Je vous propose de laver les habits et le moustiquaire à 60°C. Si ces textiles ne résistent pas à cette t°, vous pouvez les enfermer pendant quatre jours dans un sac plastique car le pou ne survit pas aussi longtemps sans nourriture (le sang humain…). Vous pouvez aussi mettre ce sac durant 24 h au congélateur…Bon courage!

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