Le buzz « plantes médicinales » n’en finit pas !

Par · 10 mai 2011

plantes-petitionJe vous ai déjà parlé à plusieurs reprises (dans Nuwa), de ce message alarmant annonce depuis quelque mois l’interdiction imminente de l’usage des plantes médicinale en Europe. Info ou intox ? Je vous propose de relire l’article rédigé fin mars à ce sujet, dont le propos reste actuel. Je n’ai pas été la seule à faire ce type d’investigation : Le Monde ou Le Point ont publié des articles documentés similaires. Et pourtant, le buzz continue, et une nouvelle pétition, lancée par Avaaz, réunit en ce moment un nombre massif de signatures désapprouvant la Directive entrée en vigueur.

De mon côté, j’ai moi aussi poursuivi mes investigations, dont je vous livre ici le résultat assez complet. A vous de juger, à la lecture de ces données. (Si vous avez le courage de lire tout jusqu’au bout, car je vous préviens, c’est long!) Pour alléger tout ça, voici l’illu que tout ce rififi a inspirée à notre chère Cäät !


L’ appel à pétition qui circule depuis des mois sur le internet et fait couler depuis beaucoup d’encre, rédigéà grands renforts de raccourcis et de désinformations multiples, n’a pas manqué d’émouvoir un très grand nombre de personnes… Et pourtant, ceux qui ont pris la peine de tenter de recouper les informations ont été surpris : chez les herboristes, comme dans les labos de phytothérapie, l’ambiance n’est pas à la panique, que du contraire… Pour cause, ceux qui sont en première ligne de la vente de ces préparations à base de plantes connaissent bien la législation, et celle qui fait l’objet de ce buzz en 2011 ne date pas, contrairement aux apparences, de la dernière pluie. « Lorsque j’ai suivi ma formation d’herboriste en 2006, cette directive européenne nous était déjà enseignée, explique Maïté D’Hoir, de l‘Herboristerie Moderne. Je l’ai intégrée dès le début, et la fin de son délai de mise en application qui vient d’intervenir ne changera rien à mes pratiques. »

La Directive n° 2004/24/CE, publiée en 2004, laissait en effet un délai de plus 7 ans aux vendeurs de plantes médicinales européens pour se mettre en ordre par rapport à son texte, qui n’interdit nullement l’usage des plantes médicinales, mais la vente de celles-ci en tant que médicament, si elles n’ont pas obtenu d’autorisation de mise sur le marché en bonne et due forme… Bien que cette directive prévoie une procédure simplifiée pour plantes dont l’usage médicinal est démontré depuis au moins 30 ans dont 15 ans au sein de l’Union européenne, comme pour tout médicament, le coût de la procédure afin d’obtenir une autorisation de mise sur le marché est extrêmement important. Un tel dossier d’enregistrement, avec la batterie de tests cliniques nécessaires, peut coûter plusieurs dizaines de milliers d’euros. Ce qui fait craindre à certains que disparaissent certains remèdes traditionnels, est surtout une menace pour les plus petites entreprises. Si, alors que la date buttoir du 30 avril 2011 est dépassée, le secteur de l’herboristerie et de la phytothérapie ne tremble toujours pas en Belgique, c’est qu’il ne se sent pas concerné par cette directive : la plupart des préparations à base de plantes n’y sont pas vendues sous le statut de médicament, mais sous celui de complément alimentaire. « La Belgique a été pionnière en cette matière », souligne Michel Horn, directeur du laboratoire de phytothérapie Ortis et vice-président de Naredi, la fédération belge du commerce et de l’industrie des compléments alimentaires, produits naturels, de réforme et de diététique : « en 1997, pour la première fois au monde, un arrêté royal a reconnu que les formes prédosées contenant des plantes appartenant à une liste de plantes autorisées pouvaient désormais appartenir à la catégorie des plantes alimentaires. Aujourd’hui, quelques 17000 produits ont ainsi été notifiés auprès du SPF santé publique. » En 2002, l’Europe s’est inspirée de cet arrêté royal pour publier la directive 2002/46 concernant les compléments alimentaires.

En clair, aujourd’hui, toute plante qui n’aurait pas obtenu d’autorisation de mise sur le marché en tant que plantes médicinale pourra continuer à être disponible en tant que complément alimentaire. Pour le consommateur, cela ne change pas grand chose, donc, car tout est une question de nuance : la plante ainsi délivrée ne pourra pas être accompagnée d’indications thérapeutiques. Cela ne veut pas dire que le produit est livré sans aucune allégation ni notice d’utilisation : on ne peut faire allusion à des termes évoquant une « guérison » mais on peut parler d’ « effets physiologiques influençant le bon fonctionnement de l’organisme ». Ainsi, dans la sphère intestinale, un produit à base de fruits et de fibres vendu comme complément alimentaire ne peut mentionner qu’il « traite la constipation », mais peut indiquer qu’il « favorise un transit intestinal régulier ». Le statut de complément alimentaire n’est pas pour autant une jungle dans laquelle le consommateur pourrait craindre d’être trompé ou mis en danger : comme toute denrée alimentaire, les plantes reconnues comme telles doivent être conformes à des règles d’étiquetage, répondre à des exigences de qualité et de traçabilité, et justifier des allégations dont elles sont accompagnées.

Mais alors, qui donc sont les détracteurs de la nouvelle directive européenne ? « Certains producteurs qui parvenaient encore à mettre sur le marché des produits phyto farfelus comme médicaments, estime Reza Opdebeeck, assistant de la députée européenne Isabelle Durant. Jusque là, on trouvait sur le marché toutes sortes de remèdes dont certains qui prétendaient faire des miracles. » La députée Anne Delvaux, quant à elle, rappelle que l’objectif de cette directive est « d’assurer aux Européens un ensemble de garanties en terme d’efficacité et de sécurité ». On peut se souvenir par exemple du scandale que firent, dans les années 1990, les cas d’insuffisance rénale sévère constatés chez un certain nombre de femmes qui avaient consommé des gélules à base de plantes chinoises…

Michel Horn, revient de façon intéressante sur le contexte historique de la directive 2004/24 : jusque dans les années 1970, il n’existait pas de statut pour les remèdes traditionnels à base de plantes. Dans les années 1970, l’Allemagne a créé une réglementation qui leur permettait de prendre le statut de « médicament en vente libre ». Conséquence : tous les produits disponibles sur le marché devenaient des médicaments, sans preuve de leur efficacité et de leur innocuité. En Allemagne, mais aussi en Angleterre, où la situation était fort semblable, on trouvait environ 80 000 produits différents sur le marché. Cette loi donnait néanmoins une échéance très lointaine pour faire enregistrer les médicaments avec homologation à la clef, il s’agissait du 31/01/2000. Après 2000, énormément de produits ont ainsi dû être retirés du marché car ils n’avaient pas été homologués. Cela a occasionné une levée de boucliers chez les fabricants PME. Sous la pression de ces opérateurs, la commission européenne a confié à un groupe de travail de créer un cadre qui permette aux produits présents sur le marché depuis plus de 30 ans d’être enregistrés selon une procédure simplifiée.

Si la loi est conçue pour protéger les consommateurs, on peut toutefois regretter son opacité : à l’image de nombreuses autres directives européennes, bien qu’elle soit consultable sur internet, elle est difficilement compréhensible par tous, tant son jargon rend la lecture de ses implications compliquée. Le mouvement de grogne contre cette directive peut à ce titre être interprété comme une tentative de déstabilisation des institutions émanant de groupes d’eurosceptiques. D’autres ont vu dans ces pétitions une façon habile de récupérer des adresses mail à des fins de marketing. Néanmoins, même les professionnels de la phytothérapie qui tiennent à se démarquer de l’appel à pétition l’admettent : le risque que l’usage des plantes médicinales soit confronté à des dérives administratives existe. Le problème, reprend Michel Horn, c’est que dans certains pays, des procédures ont été mises en place qui sont très loin de l’esprit qui a prévalu à la création de cette directive… Le système peut s’avérer de cette façon extrêmement contraignant. Enregistrer un produit à base de plantes comme complément alimentaire est loin d’être gratuit, même pour des plantes dont l’usage ancestral est connu. Les remèdes à base de plantes issus de cultures extra-européennes risquent de devenir difficiles à se procurer. « Et certaines plantes, autorisées comme compléments alimentaires ailleurs en Europe ne le sont pas nécessairement en Belgique, constate Maïté D’Hoir : c’est le cas du tussilage par exemple, admis en France mais pas chez nous. » La situation des plantes médicinales, si elle n’est pas aussi noire que le dénoncent certains, n’est donc pas rose pour autant. Quelques éminences vertes ont d’ailleurs exprimé leur opinion éclairée, critique, mais sage et modérée, en ce sens, tels François Couplan, qui dans sa lettre d’information n° 2 rédigée, en mars 2011 s’exprime à ce sujet en ces termes : nous devons faire preuve de vigilance, mais (…) je ne crois pas qu’il soit bon de diaboliser les «  méchants-qui-ont-tort-et-veulent-écraser-les-gentils-qui-ont-raison ». (…) Il ne s’agit pas de baisser les bras en prétextant « De toute façon, je ne peux rien faire contre les multinationales… », mais pas non plus de partir en croisade contre ces dernières . Parce que je ne pense pas que ce soit la manière la plus efficace d’agir. Parce que je suis persuadé que nous sommes tous co-responsables de cet état de fait par le soutien, plus ou moins conscientisé, que nous apportons au système qui crée cette situation.

Autre avis éclairant et nuancéque celui de Thierry Souccar, co-auteur du best-seller « Santé, Mensonges et Propagande » (Editions du Seuil), cité par le Collectif pour la protection de la santé naturelle : Jusqu’ici, en matière de libertés thérapeutiques, l’Europe a joué un rôle positif ; elle a servi de rempart contre les débordements d’administrations nationales qui sont, comme en France, souvent hostiles aux médecines complémentaires. Par exemple, l’utilisation dans les compléments alimentaires des plantes médicinales inscrites à la Pharmacopée était bien plus limitée en France que dans la majorité des autres états membres de l’Union Européenne. Or, grâce à l’Europe, depuis 2008 un décret a fait passer de 34 à 148 les plantes qui ne relèvent plus du monopole de distribution pharmaceutique. C’est insuffisant, mais c’est mieux. Par ailleurs, le cadre juridique mis en place au niveau européen a permis à des fabricants et des thérapeutes de gagner des procès face à l’administration française, et la France a aussi été condamnée à de maintes reprises par la Cour européenne de justice pour abus de droit et non respect des règles européennes, de libre circulation par exemple. A nous tous de faire en sorte que l’Europe reste cet espace de liberté et surtout qu’elle l’élargisse. (…)

Thierry Souccar explique également un fait dont j’ai pu prendre conscience en me penchant sur le cas de l’ortie, que d’aucun rapprochaient avec insistance la situation des plantes médicinales, entrevoyant que la nouvelle directive mènerait à des dérives telles que celles connues en France dans la guerre de l’ortie. J’ai interrogé Bernard Bertrand, fervent défenseur du purin d’ortie, à ce sujet, et celui-ci a admis alors que dans le cas de l’ortie, ce n’était pas tant les directives européennes qui avaient créé un problème qu’un loi spécifique française. Sans compter que cette guerre connait en ce moment un rebondissement (ultime ? Peut-être pas, mais c’est une autre histoire!), Thierry Souccar va dans le même sens en estimant que les principaux freins concernant les plantes médicinales viennent de l’ administration nationale française(…) traditionnellement hostile aux compléments alimentaires, hostile à la libération des plantes qui relevaient ou relèvent du monopole pharmaceutique, hostile à la naturopathie, à la médecine chinoise etc. La réglementation prise au niveau européen oblige la France à desserrer son étau, mais l’Europe est encore très perméable aux exigences des Etats-nations. Et c’est là en effet que réside encore un danger : Certains de ces états qui ont une vision extrêmement restrictive des médecines naturelles exercent une influence sur la règlementation

Quoi qu’il en soit, ce bourdonnement médiatique aura eu le mérite d’éveiller l’attention des politiques sur l’intérêt que portent les citoyens à leur liberté thérapeutique. On peut espérer que ce soit l’occasion de faire en sorte que la phythothérapie ne soit plus considérée comme une obscure alternative à la médecine classique, mais comme un moyen complémentaire de se soigner, permettant de constituer une palette de soins mieux adaptée à la gravité des symptômes, et à chaque situation individuelle… A quand les cours de phyto dispensés aux futurs médecins ? S’ils ne sont pas encore d’actualité, certains docteurs allopathes ont décidé de compléter eux-même leurs compétences dans ce domaine. Les patients/consommateurs peuvent eux aussi soutenir l’usage des plantes médicinales. En s’informant d’abord sur celles-ci, leurs utilisation, et pourquoi pas, en en cultivant quelques-unes eux-mêmes : une façon efficace de consolider un patrimoine culturel et utilitaire !

Commentaires1 Comment

  1. Morvan dit :

    Bonjour,
    Je ne souhaite pas faire un commentaire mais juste poser une question.
    Si j’ai bien compris la consoude (symphytum officnale) ne fait pas partie des plantes autorisées.
    Il existe pourtant actuellement sur le net des dizaines de produits fabriqués à base de consoude et qui semblent d’ailleurs très efficaces.
    Pouvez-vous me dire si ces produits sont autorisés ou s’ils sont « illégaux »
    Merci
    Morvan

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