Boire son café sans faire boire la tasse à la planète…

Par · 1 oct 2010

 

Madame Nature lit dans le marc de café

Madame Nature lit dans le marc de café

Qu’on la préfère noir ou au lait, arabica ou robusta, la petite tasse de café a un impact important sur l’environnement et la biodiversité des pays producteurs… La façon dont on prépare cette boisson influe aussi sur son empreinte écologique. Cette semaine, dans Nuwa (La Première, podcast ici), nous avons évoqué cette question: comment prendre son café sans faire boire la tasse à la planète?

 

 

On raconte que le caféier est originaire d’Éthiopie, dans la province de Kaffa :la légende dit que ce serait un berger d’Abyssinie qui aurait remarqué l’effet tonifiant de cet arbuste sur les chèvres qui en avaient consommé. Le breuvage a connu ensuite un succès fulgurant en Arabie, où il est appelé K’hawah, ce qui signifie revigorant. Il devient aussi rapidement une boisson prisée par les Européens dès son introduction sur le continent par des marchands vénitiens aux alentours de 1600…

Au départ, le café est plutôt considéré comme un médicament. En 1583, Leonhard Rauwolf, un médecin allemand de retour d’un voyage de dix ans au Moyen-Orient, décrit le breuvage comme « une boisson aussi noire que l’encre, utile contre de nombreux maux, en particulier les maux d’estomac. » Et depuis lors, on n’a pas cessé de découvrir les effets positifs du café sur la santé. Il reste encore des questions à investiguer par la science à son propos, mais on sait aujourd’hui par exemple, que le café n’est pas associé au risque de maladies cardiovasculaires ou à l’hypertension, contrairement à certaines idées reçues. Et même qu’au contraire, ses composants, la caféine mais aussi l’eau, le potassium et les antioxydants, lui donnent de nombreuses vertus : sa composition nutritionnelle semble en effet avoir des effets positifs sur l’humeur, la maladie de Parkinson, la maladie d’Alzheimer ou le diabète de type 2. On peut en tout cas considérer comme tout à fait acceptable une consommation de 4 à 5 tasses de café par jour (600 à 750 ml) soit ce que consomme le Belge actuellement.

 

Grand buveur de caoua, le Belge consomme en moyenne 5,23 kg de café torréfié par an. Il boit donc sa part des 12000 tasses du breuvage noir avalées chaque seconde sur terre ! Deuxième boisson la plus consommée après l’eau, le café est aussi la seconde production mondiale, après le pétrole. Mais alors que les pays occidentaux représentent les deux tiers du marché mondial,  les deux tiers du café mondial viennent d’Amérique Latine (dont près d’un tiers du Brésil), un quart d’Afrique et le reste est produit en Asie. Au total, le café concerne environ 70 pays du Sud et essentiellement de petits producteurs, dont l’exploitation fait moins de dix hectares et qui fournissent 70% du marché mondial.

On nous a déjà beaucoup répété que c’est là que le bât blesse : ce marché n’est pas toujours équitable… Chaque année, plus de 33 millions de sacs de café sont importés dans les pays de l’Union Européenne… et la plupart du temps, il s’agit de café vert, non torréfié… Des grains qui sont surnommés or vert, une appellation qui cache une triste réalité :fragilisés par la loi du marché, ce sont de petits paysans qui fournissent la matière première et peinent à vivre, tandis que quelques entreprises internationales se chargent de la transformation et empochent les profits. Le café est côté en bourse comme de nombreuses matières premières, et soumis à des spéculations qui rendent parfois sont goût très amer pour les vingt-cinq millions de producteurs, pour lesquels la culture du café est la principale source de revenu. A cela s’ajoutent des conditions de travail peu enviables : à titre d’exemple, dans les plantations au Guatemala, les ouvriers gagnent 1,15 euro par jour alors que le gouvernement local estime qu’il faut 10 euros pour faire vivre une famille. Les femmes reçoivent  la moitié de ce que l’on donne aux hommes, et la liberté syndicale n’existe pas…

C’est ce qui a fait du café un des premiers symboles du commerce équitable…Le marché du café a en effet été le précurseur du commerce équitable et de ses efforts pour rémunérer les petits cultivateurs au juste prix, avec la création il y a près de vingt ans du label Max Havelaar. Si le label connaît un certain succès, il ne représente pourtant encore qu’1,74% de part du marché mondial du café. Il y a encore de la marge pour sa progression… Le commerce équitable n’est pas uniquement une façon d’offrir une meilleur rémunération aux travailleurs du secteur du café : c’est aussi un levier pour diminuer l’impact environnemental de cette production. Dans la plupart des plantations, les ouvriers agricoles voient leur santé affectée par les produits phytosanitaires appliqués sans matériel de protection adéquat. Les pesticides et les engrais réduisent le nombre d’insectes ou de plantes qui contribuaient autrefois à la richesse des sols. Or, les cahiers des charges des cafés socialement responsables comprennent des éléments relatifs, par exemple, à la non-utilisation de produits toxiques lors de la culture. Ce qui explique par exemple que 30% du café labellisé Max Havelaar soit certifié biologique.

Mais acheter du café équitable ne suffit pas pour alléger l’empreinte écologique de notre espresso. Certaines entreprises qui se sont engagées dans cette voie en sont d’ailleurs conscientes. C’est le cas notamment de l’entreprise belge Café Liégeois. Non content de lancer sa propre gamme de café Fairtrade, ce torréfacteur a poussé sa démarche plus loin et fait réaliser un premier bilan carbone sur son exercice 2008. L’analyse tenait compte de l’impact des achats de café chez les producteurs, aussi bien que de la consommation chez les clients… De façon surprenante, elle a révélé que la partie qui pèse le plus dans ce bilan carbone est le fonctionnement des machines à café et distributeurs automatiques. Dans l’Horeca, ce sont de grosses machines énergivores qui fonctionnent 24h/24. L’entreprise travaille aujourd’hui sur la conception de systèmes qui permettront de réduire cet impact.  (Je vous promets pour bientôt une série sur des entreprises wallonnes engagées dans le développement durable, où vous découvrirez tout de la démarche de Café Liégeois, ça vaut la peine).

Les géants du café prennent conscience de cet impact eux aussi. Je pense particulièrement à une grande marque au succès de laquelle Georges Clooney n’est pas étranger… Ce sont les consommateurs qui ont poussé Nespresso dans cette voie… Si la machine et ses dosettes en aluminium ont connu un succès important ces dernières années, elles ont aussi été montrées du doigt par certains pour la pollution qu’elles engendrent. Nespresso a évalué que les émissions totales de CO2 générées par ses opérations se montent à 82 grammes de CO2 par tasse, et a donc décidé à réduire son empreinte carbone de 20% par tasse d’ici 2013. Au cours de l’analyse de cycle de vie de ses produits, la marque a appris pour une machine laissée allumée pendant 12 heures, la consommation d’énergie est de 140Wh par jour, ce qui équivaut à 30kg de CO2 par an. La multinationale parle d’introduire de nouvelles technologies sur ses machines, qui devraient permettre des économies d’énergie de 40 % environ…

What else ? Qu’en est-il des dosettes en aluminium ? Attaqué sur ce point en particulier, Nespresso s’est engagé à déployer des filières de récupération des capsules dans les principaux pays européens, permettant de récupérer et de recycler 75% des capsules usagées d’ici 2013. Des points de collecte sont en place en Belgique. Vérification faite sur le site, il sont nombreux et accessibles…Et on peut noter aussi que Fost Plus accepte la présence des capsules dans les sacs bleus, à condition qu’elles ne contiennent plus de résidus de café (il existe un petit outil pour ça). On a déjà parlé dans Nuwa du recyclage de l’aluminium, qui permet d’économiser 95% d’énergie par rapport à l’extraction à partir de minerai de bauxite… Si la marque annonce que ses capsules sont constituées de 80% d’aluminium recyclé, elle doit faire face à un concurrent qui propose une alternative aux allures plus vertes. En France, au printemps dernier, le groupe de distribution Casino a lancé des capsules de café compatibles avec les célèbres machines à café mais à base d’amidon et biodégradables en six mois.

Ces nouvelles capsules ne sont pourtant pas la solution idéale: biodégradables mais elles restent à jamais des dosettes individuelles. Or, selon l’ADEME, agence de l’environnement française, 250 gr de café en dosettes génère 10 fois plus d’emballages qu’un paquet de café en vrac du même poids. (Voir aussi ce document publié en novembre 2008 par l’Observatoire Bruxellois de la Consommation Durable) Et cet impact se marque sur les portefeuilles, avec un surcoût de 20 à 50%. Donc, si elles arrivent sur le marché belge, elles seront un plus pour les consommateurs qui ont déjà cette machine. Mais pour ceux qui ne souhaitent pas céder à la tentation, ou qui cherchent des solutions vraiment plus écologiques, on ne peut que conseiller un retour au café en vrac et à la bonne vieille cafetière à piston ou à la cafetière italienne… On peut aussi sur une cafetière classique utiliser un filtre à nettoyer. A noter qu’il est possible aussi de remplacer les dosettes en papier par un Ecopad, une dosette permanente, dont on récupère le marc… pour le mettre sur son compost!

Le marc de café est en effet un engrais organique naturel, riche en éléments nutritifs, en potassium et en azote. Il éloigne de plus les pucerons, les vers et les limaces… On peut d’ailleurs placer un bol de marc devant les portes ou les fenêtres pour éloigner les insectes ! Et puis le marc de café a aussi d’autres utilités sympas : on peut en verser de petites quantités dans l’évier chaque semaine pour nettoyer les canalisations et les déboucher. Il serait aussi très efficace contre la graisse, en petite quantité pour nettoyer la vaisselle par exemple. Il absorbe les mauvaises odeurs dans le frigo, et peut même rejoindre votre salle de bain :  le marc de café peut être mélangé au gel douche pour effectuer un gommage de la peau qui aura des effets décongestionants et drainants, grâce à la caféine. Bref, ce serait dommage de s’en passer ! Je vous ressers une petite tasse ?

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