Bicarbonate mon amour…

Par · 15 oct 2010

Dans l’ armoire aux « essentiels de la maison écolo », juste à côté du vinaigre, il y a le bicarbonate de soude. On lui connaît des utilisations médicales, on l’utilise en cuisine mais aussi pour faire le ménage… Voici les dessous de cette poudre blanche, et quelques-unes de ses applications testées et approuvées ! 

bicarbonateCette petite poudre blanche c’est le bicarbonate, de son vrai nom bicarbonate de sodium, qui est aussi appelé sel de Vichy, bicarbonate de soude ou encore hydrogénocarbonate de sodium, à ne surtout pas confondre avec carbonate de soude et encore moins avec la soude.

Sa formule NAHCO3 le différencie du carbonate (NA2CO3).On pourrait encore évoquer son nom latin, Natrii hydrogenocarbonas, et son code alimentaire, lorsqu’il est dans la composition d’un aliment vendu dans le commerce , le E500 (ii). Mais ce qui nous intéresse quand on parle de bicarbonate, ce sont ses vertus dans une multitude de domaines : il a acquis réputation de super-produit, utilisé tant comme agent nettoyant, que comme additif alimentaire, excipient pharmaceutique et même remède de santé… On le dit écologique, au point de le confondre parfois avec un produit 100% naturel. Le bicarbonate est pourtant aujourd’hui un produit industriel.

La légende veut qu’il soit connu et utilisé depuis la Haute Antiquité, notamment par les Egyptiens. En fait, la substance qu’ils utilisaient, notamment pour embaumer les morts, mais aussi pour bien d’autres usages, était du carbonate de sodium, aussi appelé natron. Le bicarbonate ne sera inventé que bien plus tard. Le bicarbonate quant à lui, si on peut l’appeler  produit de grand-mère, est un produit de jeune grand-mère, puisque sa commercialisation sous sa forme plus actuelle ne remonte qu’au XIXe siècle…Le carbonate de sodium, connu depuis l’Antiquité, donc, a été redécouvert du point de vue scientifique par le chimiste français Nicolas Leblanc en 1789. Et ce n’est qu’en 1846 que deux boulangers de New York, John Dwight et Austin Church ont inventé un processus de raffinement du carbonate de sodium en bicarbonate de sodium. Mais c’est un belge qui en fera un vrai produit industriel : en 1861, Ernest Solvay fait breveter une méthode économique de son invention pour fabriquer du carbonate de soude trop rare à l’état naturel à partir de sel (plus précisément du chlorure de sodium) et de calcaire : c’est le procédé Solvay. Et c’est à partir de ce carbonate qu’est produit le bicarbonate, en faisant tremper en laboratoire du CO2 dans un mélange de NaCl (chlorure de sodium) et de NH4 (ammoniaque) tout en secouant continuellement jusqu’à ce qu’un précipité blanchâtre apparaisse et devienne de plus en plus dense.

On entend souvent dire que le bicarbonate est un produit très écologique… C’est vrai, mais de là à estimer que son empreinte écologique est nulle, il y a un pas, que beaucoup franchissent trop facilement. La plupart des sites et des livres sur le bicarbonate  se contentent d’expliquer ses multiples usages et de mettre en valeur sa biodégradabilité, sans s’attacher à l’ensemble de son cycle de vie et à ces questions : d’où vient le bicarbonate et comment le fabrique-t-on ? Heureusement, l’entreprise Solvay cultive une certaine transparence par rapport à ces données. Elle m’a transmis un document très clair qui explique l’impact environnemental du bicarbonate aux différentes étapes de son cycle de vie… D’abord, la fabrication : aujourd’hui, on obtient donc du bicarbonate de soude au départ de calcaire et de sel. L’extraction des deux matières n’est pas sans impact environnemental, évidemment. L’exploitation d’une carrière calcaire s’accompagne d’impacts comme le bruit, les poussières, les vibrations et des modifications du paysage. Les sondages de sel créent des cavités souterraines. Point positif, l’étape de fabrication du bicarbonate à partir de carbonate de sodium est un puits à CO2 : il permet de réduite les émissions de CO2 d’une installation de production de carbonate… Mais il ne s’agit que d’une étape parmi d’autres à l’intérieur du procédé de fabrication du bicarbonate, et cet ensemble est lui extrêmement énergivore et coûteux : au cours de cette fabrication, on émet beaucoup de CO2, on consomme beaucoup d’énergie fossile et beaucoup d’eau, et on produit des émissions de poussières, d’oxydes d’azote (NOx) et d’oxydes de soufre (SOx) dans l’air, ainsi que des rejets solides, de chlorure, et de métaux lourds dans l’eau…

Tout cela confirme une fois de plus que tout produit de consommation a une empreinte écologique… Une grosse partie de la production mondiale émane du groupe Solvay, qui fait tourner 7 usines en Europe et une aux USA. Le groupe reconnaît lui-même les différents impacts environnementaux de cette activité. Plusieurs mesures sont mises en place pour les minimiser : les zones exploitées sont remblayées et reboisées, le calcaire est essentiellement transporté par train, bateau, téléphérique, bande porteuse  ou par camion, souvent dans ce cas sur de faibles distances car les carrières et usines sont éloignées de quelques dizaines de kilomètres au maximum. L’ensemble des usines sont certifiées suivant la certification environnementale ISO 14001, et des programmes de recherche sont en cours pour valoriser les rejets solides et améliorer les performances environnementales du processus de production.

Mais finalement,  d’où vient cette réputation verte du bicarbonate ? De la non toxicité du produit pour l’homme et l’environnement, et surtout de sa biodégradabilité… Il ne persiste pas dans l’environnement, ni dans les sols par exemple, et se dissout entièrement dans l’eau. Et puis, cerise sur le gâteau, le bicarbonate permet de lutter contre d’autres formes de pollution… Il est utilisé dans un procédé de neutralisation des fumées acides dans les centrales d’incinération de déchets, les centrales de chauffe, les verreries, les cimenteries, etc…. Les résidus d’épuration des fumées au bicarbonate de sodium sont peu volumineux et souvent recyclables. Les sels sodiques par exemple sont récupérés puis envoyés en soudière où ils entrent dans le cycle des matières premières pour la production de carbonate de sodium.  La boucle est bouclée !

Au même titre que des produits naturels peuvent être dangereux, certaines plantes contiennent des poisons mortels, le bicarbonate est un produit industriel relativement inoffensif et très utile. Impossible de citer ici toutes ses utilités. Je vous conseille à ce sujet 2 lectures : une brochure éditée par Solvay et disponible sur internet, et un petit livre, « Le Bicarbonate malin » de Michel Droulhiole aux édition Leduc S. Le premier a l’avantage de donner l’explication de chaque phénomène auquel participe le bicarbonate, ce qui ne lui enlève pas son côté magique mais renforce la crédibilité de son action. Le deuxième est sympathique, mais contient quelques erreurs (on lit que Solvay est Français !)… On trouve toutefois dans les deux ouvrages une belle panoplie d’utilisations possibles du bicarbonate : il favorise l’élimination des phytosanitaires et des impuretés des fruits et légumes, il nettoie les surfaces sans les rayer, blanchit le linge, il absorbe les odeurs désagréables, il ravive les couleurs des tapis et moquettes, c’est un agent levant utile dans les pâtes à gâteau, il attendrit les légumes, abaisse la température d’ébullition de l’eau et donc permet de diminuer le temps de cuisson…

Comment agit-il comme désodorisant ? Le bicarbonate est ce qu’on appelle une substance tampon : elle maintient son propre ph même après l’ajout de quantités modé­rées d’acides ou de bases fortes. C’est ce qui explique que le bicarbonate aide à réduire les odeurs, en neutralisant les substances acides produites par les bactéries. Et c’est pour la même raison que le bicarbonate peut être utile aussi en matière d’hygiène buccale : les résidus alimentaires qui se déposent entre les dents, en se dégradant, libèrent des acides qui attaquent l’émail et qui fa­vorisent l’apparition des caries. En qua­lité de substance tampon, le bicarbonate neutralise ces acides. En bain de bouche, il ra­fraîchit aussi l’haleine en éliminant les odeurs désagréables qui ont des origines acides (ail, oignon) ou fortement basiques (poisson). Il peut être utilisé sur la brosse à dent aussi, en petite quantité, pour blanchir les dents, grâce à son effet légèrement abrasif.

On l’utilise aussi comme remède anti-acide, après des repas difficiles à digérer. Au niveau de la santé, le bicarbonate de sodium est essentiellement un anti-acide, qui se révèle plus particulièrement utile face à un excès d’acide dans l’estomac ou à l’excès d’acide lactique produit par l’activité musculaire intense. En pharmacie, le bicarbonate est souvent utilisé pour générer de l’effervescence, ce qui rend le produit actif du médicament moins agressif pour l’estomac, du fait de sa répartition homogène au sein du liquide, et qui rend aussi plus rapide son action.

On l’utilise aussi en cuisine, par exemple dans la sauce tomate, pour corriger son acidité. Mais son usage culinaire le plus connu est la pâtisserie. Attention toutefois à ne pas confondre baking powder et baking soda. Le baking powder  est une levure chimique composée à base de bicarbonate de soude, d’un acide en poudre et de fécule de maïs. Le baking soda est du bicarbonate de soude pur, à partir duquel on peut faire de la levure soi-même en y ajoutant un autre produit à tendance acide, par exemple du lait, du vi­naigre, du jus de citron : le bicarbonate réagit alors en libérant du dioxyde de carbone (CO2) sous forme gazeuse. Le même phénomène se produit lorsque le Bicarbonate Solvay® est porté à des tem­pératures supérieures à 70°C. Le gaz qui se dégage est piégé par le gluten, la protéine élastique de la farine de blé, augmente le volume de la pâte et rend les gâteaux et les biscuits plus moelleux, pour ensuite s’évacuer naturellement. Voilà qui explique qu’on l’utilise comme agent levant !

Où le trouve-t-on? Il en existe de 3 types. Le bicarbonate technique, qui est moins raffiné, et ne convient pas aux usages pour l’Homme, qu’ils soient externes ou internes. Attention, on trouve de ce produit sur internet. On en trouve en pharmacie, d’excellente qualité, mais il est plus cher que celui qui se trouve dans votre supermarchés et qui convient parfaitement : le bicarbonate alimentaire, en vente au rayon épices ou pâtisseries des supermarchés coûte 4 à 5 euros du kilo. Attention à ne pas en acheter trop à la fois, et à le conserver dans le noir, au sec et dans son emballage d’origine ou dans un plastique alimentaire opaque. Une prise d’humidité lui fait perdre ses propriétés. Il peut néanmoins se conserver des années au sec. Pour tester sa qualité, il suffit de faire tomber une goutte de vinaigre sur une petite pincée de bicarbonate : si ça mousse, c’est que le bicarbonate est encore actif.  C’est un petit truc à utiliser aussi si vous voulez impressionner vos enfants en vous transformant en sorcière pour Halloween !

 

En savoir plus:


Commentaires12 Comments

  1. Nicolas dit :

    Bonjour, et félicitations pour cet excellent reportage, un des meilleurs et des plus sérieux qu’il m’ait été donné d’entendre sur le bicarbonate. Je serais heureux de participer à l’information sur le bicarbonate en vous invitant sur le blog que nous avons créé à ce sujet, que nous avons essayé de rendre ludique et divertissant tout en restant sérieux sur ce que nous avançons :

    http://www.monbicarbonate.fr

    Bonne visite !
    Nicolas

  2. Isabelle dit :

    Je vous remercie pour votre appréciation Nicolas, j’avais en effet croisé votre site… J’ai ajouté votre lien dans mon texte. Bonne continuation!

  3. sandrine dit :

    bonjour
    J’ai été très contente d’avoir des infos de fond sur le bicar (fabrication, en quoi est-il écologique ou pas, …). Ca répondait précisément à de nomnbreuses questions que je me posais.
    Merci

  4. Aurore dit :

    Merci beaucoup pour cet article fort complet! Il m’a vraiment apprit beaucoup de choses que je voulais savoir! Le bicarbonate j’en déduis qu’il est écologique et en même temps pas. Mais en fait, ce qui lui manque c’est un côté local, une production de proximité. Je lis que c’est breveté. C’est à dire que si l’on en fabrique on ne peut pas le comercialiser? Ou que l’on doit payer des droits d’auteurs, quelque chose comme çà? Plus cool encore se serait de pouvoir en fabriquer chez soi comme une tarte à la pomme! Et peut-être de recycler des résidus de la maison qui sont du sel, du calcaire, du CO2… ?

  5. martine dethier dit :

    bonjour, J’en ai fait l’expérience de déposer du bicarbonate dans les endroits stratégiques de la maison ,je n’en reviens pas ,c’est magique, plus d’odeurs dérangeantes .A faire savoir à tous ces consommateurs de bougies ou autre « sent bon ».
    Bravo pour votre participation à l’émission « Sans chichis ».Vous êtes parfaite.
    Bonnes fêtes de fin d’année.

  6. IgOr dit :

    Bonjour,

    Je tiens juste à réagir suite à la lecture de votre article,ainsi que sur le commentaire de Nicolas administrateur de http://www.monbicarbonate.fr

    En effet, vous annoncez dans votre article : « pour blanchir les dents, grâce à son effet légèrement abrasif. »
    Alors là je m’insurge ! Nicolas dans son article « Bicarbonate et dents blanches : abrasif ou pas abrasif sur l’émail ? » daté du 7 septembre 2010 affirme que le bicarbonate n’est pas AGRESSIF pour l’émail des dents mais, pourquoi pas, abrasif comme pourrait l’être la brosse à dent.
    Bref,Nicolas pourquoi n’avez vous pas réagit à cette partie de l’article ? qui soit dit en passant pour le reste est très complet et très intéressant ! même plus complet que l’article de wikipedia ! ;-)

    En fait, ce que je trouve dérangeant ce sont les fausses interprétations du mot « abrasif » comme l’explique très bien Nicolas dans sont article « Bicarbonate et dents blanches : abrasif ou pas abrasif sur l’émail ? ».
    Le bicarbonate a un pouvoir agressif limité sur l’émail des dents.De plus il est préconisé un usage périodique et non pas en remplacement du dentifrice.
    A cela je rajouterai que le bicarbonate se dissout dans l’eau d’où le caractère agressif très limité sur l’émail des dents !!!!

    A bon entendeur

  7. Isabelle dit :

    Bonjour Igor,
    je prends bonne note de votre remarque mais je pense qu’il n’y a pas lieu de vous insurger. Il me semble dire exactement la même chose que vous puisque je parle de son caractère LEGEREMENT abrasif. Je n’ai d’ailleurs mis nulle part le mot AGRESSIF. Par contre, il est vrai qu’il est intéressant de soulever que l’action du bicarbonate est autant moléculaire que mécanique. L’article que vous citez est très intéressant pour l’explication qu’il donne à ce sujet.
    Je vous remercie pour votre intérêt.
    Naturellement vôtre,
    Isabelle

  8. IgOr dit :

    Bonjour Isabelle,

    Certes l’expression « je m’insurge » est un poil forte mais en fait je trouvais quelle collait à l’air du temps…. la crise, la tunisie… ;-(

    Sérieusement, loin de moi l’idée de m’insurger mais je trouvais juste limite contradictoire les arguments avancés par Nicolas sur son website sans faire une petite remise au clair sur l’utilisation du terme abrasif.

    En tout cas je le répète votre article est très complet, j’imagine la somme du travail de vos recherches.

    Bonne continuation

    IgOr

  9. Isabelle dit :

    Pas de soucis, Igor… Figurez-vous qu’en Belgique, on est en passe de s’insurger vraiment contre la lenteur des politiques à former un gouvernement…
    Merci pour votre contribution au blog!

  10. Bonjour Isabelle,
    Excellent article ! Je découvre votre blog grâce à Samuel de bicarbonatedesoude.fr. A lire et à relire, tout est instructif ! Bravo !

  11. Clara dit :

    Merci pour cet article très complet, dommage qu’il ne soit pas accessible à tout le monde… c’est tout de même un bon compromis entre discours trop scientifique et une conversation sans profondeur.

    Merci.

  12. Catherine dit :

    Bonjour Sophie

    et merci pour cet article très utile. En effet, il est important de savoir par quel procédé on obtient du bicarbonate de soude. Maintenant, que je le sais, je me dis : un grand mal pour un très grand bien. Qu’en pensez-vous ?
    Car depuis que je l’utilise, je l’ai définitivement adopté.
    Ceci dit, le bicarbonate de soude est-il dans le programme scolaire. Si ce n’est pas le cas, les profs feraient bien de revoir leur programme.

    Cordialement,

Ajouter un commentaire

*