BA-ba des huilles essentielles

Par · 18 jan 2013

Retour sur les huiles essentielles, un produit naturel très en vogue depuis quelques années. Elles ont défrayé la chronique ces derniers temps avec quelques reportages dénonçants leurs dangers. Fin 2012, l’agence fédérale des Médicament a imposé le retrait du marché de suppositoires aux huiles essentielles pour bébé. Alors, vraiment dangereuses, ces huiles essentielles ?Je vous propose de revenir sur cette actualité précise, concernant les suppositoires aux huiles essentielles. En fait, cela fait plusieurs mois déjà que l’Agence Fédérale des Médicaments (AFMPS) était occupée à évaluer les effets de suppositoires pour enfants à base d’huiles essentielles, soupçonnés d’avoir occasionné dans certains cas des convulsions à des nourrissons. En fait, ce type d’évaluation se fait sur base de la documentation (dont par exemple les résultats de test cliniques ou de labo) fournis par le fabricant. Or, l’AFMPS estime qu’il n’y a pour ces suppositoires pas assez de documentation disponible concernant ces préparations pour les enfants de moins de 30 mois. C’est ce qui a justifié la décision de la Commission pour les médicaments à base de plantes à usage humain d’appliquer les principes de précaution et de temporairement (pour 7 mois) ne plus autoriser la mise sur le marché de ces suppositoires.

 

La question que se posent depuis de nombreux parents, c’est de savoir si ces suppositoires sont vraiment dangereux. Si on en a déjà administré à son enfant sans qu’il montre de symptômes de réaction, et qu’on en a encore chez soi, peut-on encore les utiliser ?

En fait, il faut savoir que l’AFMPS n’a interdit que la mise sur le marché de nouveaux stocks de ces produits. Les suppositoires qui étaient en stock en pharmacie ou chez les particuliers peuvent continuer à être vendus et utilisés, à condition dit l’AFMPS, que la vente soit réalisée par les pharmaciens et selon les éventuelles prescriptions. Cette nuance est importante : elle montre qu’il ne s’agit pas d’un danger avéré mais d’une mesure de précaution en attendant un avis officiel.

Il n’empêche que c’est troublant, en ce moment, on voit autant de reportages qui vantent les vertus des huiles essentielles que de reportages qui en dénoncent les dangers… A qui accorder son crédit ?

A ceux qui font la part des choses en ne parlant pas que des risques ou que des bénéfices. Comme pour tout, et en particulier comme pour les médicaments, il s’agit d’une balance bénéfice-risque à établir… Le fait est que pour certains usages comme ces suppositoires, on manque de documentation. Mais il ne faut pas diaboliser pour autant l’ensemble des usages des huiles essentielles, qui sont par ailleurs un moyen très intéressant de se soigner, d’assainir son environnement ou de se procurer du bien-être sans recourir à des produits de synthèse qui ont de vrais désagréments dont on ne parle pas toujours, en terme pollution et de toxicité. Pour ne citer qu’un exemple : de nombreux parfums d’intérieur sont des toxiques avérés pour la santé, et ils sont toujours en vente libre. Les produits ménagers contiennent souvent des allergènes, et ils sont eux aussi toujours en vente libre. En ce qui concerne les huiles essentielles, ce qui compte, et ça, tout aromathérapeute sérieux vous le dira, c’est de ne pas jouer à l’apprenti sorcier, de ne pas improviser, de se renseigner sérieusement, de connaître ses propres antécédents familiaux, son état de santé global…Et de ne pas utiliser n’importe quelle huile essentielle pour n’importe quel usage.

Comment et où se renseigner ?

Chez un aromathérapeute sérieux ou dans un des livres qu’ils écrivent. Personnellement, j’ai deux ouvrages à vous recommander : « Je ne sais pas utiliser les huiles essentielles » de Danièle Festy (qui à la base est pharmacienne), et « Adoptez la slow cosmétique » de Julien Kaibeck, pour des usages plus spécifiques en terme d’hygiène et de beauté, tous deux édités chez Leduc S. Editions. Dans son livre et sur son site web, Danièle Festy répond à de nombreuses questions spécifiques et donne les bases d’une aromathérapie sans danger. A la question de savoir si les HE peuvent être dangereuses, Daniele Festy répond qu’il faut les considérer comme des médicaments, avec leurs avantages, inconvénients, restrictions.

Quelles sont les principes de base d’un usage adapté des huiles essentielles ?

Le principe absolu, c’est que toutes les he ne s’utilisent pas de la même façon : certaines s’avalent, d’autres non, certaines s’appliquent sur la peau, d’autre pas. Certaines ne conviennent pas aux femmes enceintes et bébés, ou aux personnes épileptiques. Pour bien comprendre tout cela, il faut savoir que chaque huile essentielle contient différentes quantités de molécules qui lui confèrent ses propriétés : parmi ces molécules, il y en a de plusieurs types, des phénols, alcools, aldéhydes aromatiques, aldéhydes terpéniques, cétones, esters, éthers oxydes terpéniques, terpènes. Chacune de ces famille des qualités mais peut aussi produire des effets secondaires. Les phénols par exemple (giroflier, thym à thymol, origan compact,sarriette, cannelle issue des feuilles) sont de puissants antibactériens mais doivent être réservés aux adultes, sans jamais dépasser la dose. Ils sont dermocaustiques. Les aldéhydes aromatiques (cannelle issue de l’écorce) sont anti-infectieux mais dermocaustiques, allergisants et toxiques à haute dose. C’est ce qui explique par exemple que l’huile essentielle de cannelle ne doit pas être diffusée… ou alors à raison de façon très prudente : Danièle Festy conseille de ne pas dépasser une goutte pour 20 gouttes d’une synergie de 3 ou 4 autres HE. Les cétones de menthe poivrée, romarin à verbénone, thuya, sauge officinale, eucalyptus à cryptone sont antivirales, mucolytiques, brûle graisse, désclérosantes mais neurotoxiques, stupéfiantes et abortives à haute dose. Enfin les terpènes (qui sont incriminés dans les fameux suppositoires) contenus dans les HE de pin, sapin, cyprès, genévrier et tous agrumes sont super tonifiants et assainissants de l’air ambiant mais risquent de provoquer des irritations cutanées… Les HE d’agrumes sont par ailleurs photosensibilisantes :il ne faut pas s’exposer au soleil si on les a appliquées dans les heures qui précèdent…

On parle souvent du fait qu’il faut éviter l’usage des HE pour les bébés et les femmes enceintes et allaitantes. C’est catégorique ?

De nouveau, c’est un conseil donné de façon un peu catégorique par précaution, mais en fait, certaines HE peuvent être utilisées. On conseille tout de même en général d’éviter leur usage durant les 3 premiers mois de grossesse et les 3 premiers mois après la naissance de l’enfant. Mais comme me le confiait Julien Kaibeck, par exemple, l’usage d’un diffuseur par une femme enceinte ne constitue aucun risque à condition de diffuser des huiles essentielles à l’innocuité totale, comme le ravintsara, la lavande ou l’orange par exemple. Danièle Festy quant à elle propose des soins pour les bébés à partir de 3 mois à conditions de respecter les précautions d’usage, c’est à dire de ne jamais faire ingérer une HE à un bébé, de ne recourir qu’à l’administration que par voix cutanée et par diffusion, et de n’utiliser que le HE de bois de ho, saro, ravintsara, lavande vraie, camomille noble…

Est-ce qu’il y a d’autres profils à risque par rapport aux huiles essentielles ?

Les personnes épileptiques, on l’a dit, mais aussi les personnes allergiques, doivent être particulièrement prudentes. Il vaut mieux demander conseil à son médecin di on est sous un traitement quel qui soit. Et de manière générale, même pour une HE réputée non allergisante, on peut faire un petit test en posant un goutte d’HE dans le creux du coude, pour vérifier que l’on n’est pas allergique à cette huile, avant de l’utiliser. J’en profite pour rappeler d’autres principes de base : on conseille de ne jamais appliquer une HE pure sur la peau mais de la diluer dans une huile végétale. De la même façon, il faut savoir qu’une HE n’est pas soluble dans l’eau. Pour en mettre dans un bain sans danger, il faut la mêler à une base lavante (à trouver en pharmacie ou en droguerie bio) qui va faciliter sa dispersion dans l’eau et ainsi éviter les risques de brûlures et d’irritation.

On parle beaucoup depuis quelques temps de la cuisine aux huiles essentielles. Qu’est-ce qu’il faut en penser ?

Cela peut être intéressant pour remplacer des arômes chimiques. Il faut toutefois de nouveau bien se renseigner et respecter les précautions d’usage et en particulier ne pas oublier que ces huile ingérées doivent être tenues en compte dans la dose maximale d’huiles essentielles à ne pas dépasser pour une consommation journalière : on considère qu’il ne faut pas dépasser, en tout, 6 gouttes d’HE par jour par voie orale, et 8 à 10 gouttes d’HE diluées en usage externe. De plus, il est conseillé de ne pas prolonger l’ingestion plus de 4 ou 5 jours d’affilée. Comme en tout, c’est la modération qui compte. J’ajouterai que si vous diffusez des HE, là aussi, il ne faut pas excéder quelques minutes par jour : on conseille par exemple une demi-heure le matin et une autre l’après-midi. Ce ne dispense pas d’aérer l pièce. Sachez pour terminer qu’il faut aussi accorder de l’importance au choix d’huiles essentielles certifiées. Evitez de les acheter sr les marchés, et préférez les huiles contrôlées et porteuses de labels comme les labels HECT ou HEBBD, garants de leur qualité…

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